Heisei Tanuki Gassen Pompoko

Etre ou ne pas être un raton, telle est la question !!

Ce qui frappe dès la séquence d’ouverture de Pompoko, c’est la manière dont Takahata humanise ses personnages. Je m’explique. Quand les héros d’un long métrage d’animation sont des animaux, deux optiques s’offrent aux designers : soit ils tentent de s’approcher le plus possible d’une morphologie réaliste (le making-of du Roi Lion nous laissant voir 15 dessinateurs en train de faire des croquis d’un lion en chair et en os, histoire d’être le plus proche possible), soit ils versent allégrement dans un design plus cartoon, plus "chef d’œuvre". Dans le cas présent, on peut dire que Takahata renverse tous les codes du genre en mêlant allégrement les deux et en y ajoutant même un troisième design, tout en arrondis. De ce fait, les personnages deviennent beaucoup plus sympathiques et attachants. Mais il y a un autre niveau au réalisme façon Isao.

En effet, la présence, entre les pattes de tous les ratons mâles, d’une paire de testicules va définitivement rendre humains les membres des communautés animales belligérantes. Finalement pour résumer, morphologiquement le design des personnages est très éloigné de la réalité, mais l’ajout testiculaire et son emploi tout au long du film vont justement rendre les ratons réalistes, d’un certain point de vue en tout cas.

Mais revenons à cette scène d’ouverture. Deux clans opposés de ratons se battent : les Tama et les Taka. Les féroces bêtes se transforment en guerriers japonais et montent sur leurs deux pattes arrières pour mettre la pâté au camp adverse. Au passage on a le droit de voir un raton Zatoichi tuer un raton qui meurt au ralenti, tout en revêtant une armure de l’Armée Impériale ; on a même droit à un raton Musaishi, il me semble. Quel folklore tout de même !!

La voix du narrateur (une voix très mâle, très "mecs en camions", façon Truck-Yarou) se fait entendre, le titre apparaît (deux secondes à peine) sur la fresque de rigueur pour toute œuvre sortant des planches à dessins du Studio Ghibli... le feu de l’action... et deux heures de films sur la vie et les couilles (de là à dire qu’il existe un lien de cause à effet, il n’y a qu’un pas à franchir).

L’habitat naturel des ratons est donc mis en grand danger ; leur seule défense devant tant de travaux est le pouvoir de se transformer en tout et n’importe quoi, même en humain. Peut être cette transformation représente-t-elle en fait le pouvoir que tout être a de changer sa perception de la vie, car après tout l’adaptabilité est une vertu humaine. Pour parfaire et apprendre à se servir de ce pouvoir, les chefs de tribus font appel à trois maîtres dans l’art de la transformation.

"Si on se débarrasse définitivement des humains, on pourra dire adieu aux hamburgers, aux chips, aux doughnuts, plus de poulet frit, ni de dinde et surtout fini le tempura !!" - Gonta, guerrier et gastronome.

Les mois passent et les tentatives d’apeurer la population citadine restent vaines (pourtant l’emploi de certains attributs masculins n’a plus de secret pour eux). Les mois deviennent des années, la forêt qui protégeait les tanukis n’est plus qu’un amas de quelques arbres ; le baby boom récent envenime la situation. Les vieux sages (dont les bologs peuvent se transformer en nappe de pique-nique) sont à court de solutions et après la mort de l’un deux, il faut attendre la visite d’un humain pour qu’une échappatoire soit trouvée...

Pompoko est un film sur la Nature. Pompoko est un film sur L’Homme qui prend le pas sur cette nature, sans s’occuper de l’écosystème environnant. Le propre de l’Homme restant quoiqu’il arrive la destruction de son habitat et de tout ce qui l’entoure à vrai dire - et cela Takahata le sait -, Pompoko frappe de plein fouet la fierté humaine. Le peuple tanukien gronde et la Révolution est proche.

Bien que l’Homme soit l’ennemi des tanukis, ces derniers les imitent en tout point. Ils font la fête en buvant et en jouant de la musique ; ils possèdent des contraintes financières (1000 Yens par animal) comme les hommes. Ils sont identiques en tout point. L’un est proche de la Nature, l’autre, inconsciemment est humain, tout simplement. L’un influe de manière magique sur l’environnement et l’autre de façon tragique.

Bien sûr tout ceci n’est que fiction, mais l’histoire est là pour le confirmer : quand la Nature se déchaîne, rien, non rien ne peut l’arrêter. Et quand un jour prochain la Planète jettera au sol les hommes, alors une clameur formidable s’élèvera de la terre, et tous les êtres humains sauront qui est le maître. [1]

Pompoko est aussi un savant mélange de plusieurs fortes personnalités. Shokichi et Okiyo notamment, deux tanukis qui oseront les premiers se fondre dans la population des villes. Gonta, le Paul Kersey (architecte de renom incarné à l’écran par Charles Bronson) de la tribu, ne recule devant rien pour stopper l’avancée humaine. Il ira jusqu’à prendre la tête d’un commando suicide. Et puis il y a les maîtres aux testicules si puissantes. Testicule-nappe, testicule-pont, testicule-crapaud, testicule-dirigeable, testicule-parachute, testicule-gourdin... tout y est !!

"Raton, Raton, nous buvons du saké et nous nous transformons. Nous gagnerons la guerre, Victoire, Victoire." - Plusieurs ratons émêchés.

Le morceau de choix du film est sans nul doute cette formidable procession de la peur dans les rues de la ville. Petit rappel de barême Rémi, les tanukis, sous la houlette des trois vieux maîtres ratons, ont décidé de frapper un grand coup en tentant d’effrayer la population d’humains. Monstres et fantômes en tous genres sont de la fête, par le biais des incroyables transformations de nos animaux à quatre pattes préférés. Une fois encore quelques clins d’œil, pêle-mêle, on aperçoit Kiki sur son balai, notre Totoro national et d’autres petites choses que je vous laisse découvrir. Pour conclure cette parade, il y a cette phrase criante de vérité de la part d’un enfant : "C’est déjà fini ??". Peut être cet enfant a-t-il raison : c’est fini, cette époque est révolue.

D’autres séquences mémorables parsèment le film. Ce conseil de Guerre qui se termine par une dégustation de Big Mac. Ces beuveries d’Ewoks à base de saké, au lendemain des victoires psychiques sur les habitants, laissent place aux soirées plateaux télés, qui elles cèdent leur tour aux entraînements militaires et aux transformations les plus fantasques. Mais il y a aussi tout ces clins d’œil fabuleux, comme le fait de boire des Energy Drinks pour rester sous la forme d’humains ; ou encore les jeunes tanukis femelles qui n’ont pas d’autre moyen pour rapporter les 1000 Yens que de devenir des Bar Girls.

Ce qu’il y a de magnifique dans ces guerres de ratons, ce sont les métaphores qu’emploit Takahata. On pense bien sûr au gros plan d’une feuille d’arbre grignotée par des mini pelleteuses, en suivant les nervures de la feuille ; autrement dit l’homme prenant le pas sur la nature en redessinant les reliefs, tronquant des montagnes, creusant des fleuves artificiels bétonnés, réduisant le territoire des animaux pour rentabiliser les surfaces habitables au maximum, et provoquant ainsi la suffocation de tout un peuple de ratons, et pire que ça la destruction de toute vie naturelle. Dans ma jeunesse, il m’arrivait souvent de pratiquer le même jeu, en saisissant une feuille et en l’épluchant de cette façon. A l’époque je ne savais pas que mes doigts avaient le même pouvoir destructeur que des pelleteuses.

Finalement la solution est toute simple. Ne vaut-il mieux pas vivre dans la paix et la compassion ? Il vaut mieux la paix que la guerre !! De nos jours l’Homme piège la Nature en ignorant qu’il se piège lui-même. Un jour ou l’autre, il y aura retour de bâton, car en vérité la Nature possède une force incroyable, une volonté de reprendre le dessus incommensurable ; une Nature préventive qui est l’un des dogmes que défend Ghibli depuis le début.

Pompoko est un film de malade. Pompoko c’est 116 minutes, c’est le bonheur, c’est la vie, c’est Ghibli !!

Takeuchi | 15.08.2003 | Japon, Animation

DVD japonais (zone 2) édité par Ghibli.
Comme de coutume c’est une double édition de très belle qualité qui nous est offerte.
1er DVD : le film en surround et sous-titré en anglais, français, et japonais.
2éme DVD : bande-annonce avec des extraits de tous les Ghibli, bande annonce du film avec les ratons, bande annonce du prochain Ghibli à sortir en DVD ; storyboard comparatif avec le film.

[1Apocalypse selon Saint-Takeuchi, chapitre I, verset 4.

aka The Racoon Wars - Pompoko | Japon | 1994 | Un film écrit et realisé par Isao Takahata | Développé par le Studio Ghibli | Musique de Chang Chang Typhoon | Costumes de Donald Cardwell et décors de Willy Hart | Avec les immenses voix de Shinsho Kokantei (narrateur), Makoto Nonomura, Yoriko Ishida, Norihei Miki, Nijiko Kiyokawa, Shigeru Isumiya, Gannosuke Ashiya, Takeyiro Murata, Kobuhei Ayashiya, Akira Fukusawa, Beicho Katsura, Bunchi Katsura, Kosan Yanagiya
The Bodyguard
Antiporno
Dernier train pour Busan
Hôtel Singapura
Les Garçons de Fengkuei
Green Green Grass of Home
Play
Kill
Yôkai hyaku monogatari
Jukkai no Mosukîto
One Day Fetish
Poseidon
Hansel & Gretel
The Irresistible Piggies
Touch of Zen
Holy Virgin vs. the Evil Dead
The Machine Girl
La Caja 507
Blood
Lee Yoon-Ki
Crocodile
Popee
Donnie Darko
The Legend of Gingko
I Am Your Birthday Cake
Hidenori Okada
[REC] 2
The Bamboo House of Dolls
Mother of Tears
Born to Kill