Hell’s Ground

Un groupe de jeunes élabore un mensonge maladroit - aucune de leur version ne concorde - pour se rendre loin d’Islamabad, au concert de leur groupe de rock préféré. A l’extérieur de la ville pourtant, le mal rôde ; dans l’eau polluée qui transforme les ruraux en zombies, primo, mais aussi, deuzio, dans la forêt de Hell’s Ground, où un rejeton travesti en femme à l’aide d’une burqa s’amuse à dépecer le quidam pour revendre la délicieuse viande humaine à ses congénères. Alors qu’OJ, cousin pakistanais d’Orlando Bloom, se transforme progressivement en mort-vivant après avoir été mordu par l’un des malades, notre petit groupe se perd de raccourci en raccourci jusqu’à ce que leur Scooby-van, en rade d’essence, les abandonne à proximité de la résidence de la fameuse boucherie humaine. [1]

La trentième édition du Festival des 3 Continents, qui a vu son équipe redéfinie pour l’occasion, s’est dotée, pour la première fois, d’une sélection à faire hurler l’intelligentsia old-school : "A l’heure du genre". [2] Classique HK - PTU - y côtoie la nouvelle coqueluche coréenne - The Chaser - et autres Shutter et Doppelgänger. Ainsi que, en fin de liste, le plus bisseux du lot : le premier film de zombies pakistanais - or so we’re told. Car Hell’s Ground n’est pas un film de zombies.

Ou alors peut-être que c’en est un aussi, entre autres ; d’une certaine façon son réalisateur, Omar Khan, a certainement voulu tâter du non-mort avant de s’orienter vers le paki-survival à la critique light, tout ça pour satisfaire son amour de Tobe Hooper. A moins qu’il ait seulement eu un stock de faux intestins à écouler... On s’en fout en fait parce que, tout de même, il convient de ne pas donner trop d’importance à ce premier film d’horreur pakistanais, sa seule véritable qualité étant sa singularité. Acteurs volontairement ridicules qui jouent la caricature d’une jeunesse orientée défonce, écriture en roue libre, mise en scène sans contraintes... Hell’s Ground fait ce qu’il veut, et pas seulement de ses cheveux. Khan ne s’embarrasse même pas de liants narratifs, leur préférant trois-quatre cartons dessinés pour se simplifier la vie. C’est un peu gore, c’est assez bête, parfois un peu mou, mais oui, c’est toujours enthousiaste. Et puis c’est quand même Stephen Thrower [3] qui signe la musique.

Si l’on reste jusqu’au bout du métrage - enfin moi en tout cas, parce qu’il y en a quand même pas mal qui ont quitté la projection en cours de route - c’est parce qu’Omar nous transmet une bonne partie de sa bonne humeur, du plaisir qu’il met en scène à piller Massacre à la tronçonneuse, du bonheur qu’il a à filmer son incarnation de la critique religieuse - "Baby" et sa burqa - traquer les ados condamnés, sa masse d’arme tournoyant tant bien que mal au-dessus de sa tête avant de trouver crâne à réduire en pâté pour chien. Et même l’insolence de son omission - il est où OJ ? il est où notre film de zombies ? -, volontairement grosse comme un furoncle purulent au milieu du visage, fait plaisir à voir, puisqu’Omar va toujours là où on l’attend. C’est déjà pas mal, puisque le réalisateur transforme ainsi la déception en satisfaction.

Il convient de souligner, enfin, que les forêts du Pakistan sont incroyablement propices à la mise en scène du survival : à chaque plan sa source de lumière aveuglante, la lune servant certainement de spot docile et bienvenu pour créer des contrastes, des points de fuite et autres ambiances terrifiantes, repositionnée à la vitesse d’un satellite de surveillance dans Ennemi d’Etat. Personnellement pour conclure, je tire mon chapeau à celui qui a choisi le nom de la boîte de prod, Bubonic Films. Avec mon Juju il y a bien longtemps maintenant, on avait voulu nommer notre "studio graphique" Ebola Studio, mais on n’avait pas osé, nous.

Diffusé dans le cadre de la sélection genre de la 30ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), Hell’s Ground est disponible en DVD US chez Mondo Macabro.

[1Le titre original du film signifie d’ailleurs "abattoir".

[2Pour la première fois c’est eux qui le disent, car il y a quelques années déjà, une sélection bis permettait de voir et revoir, à des heures tardives, Wild Zero et autres Art of the Devil, tout de même.

[3Auteur, entre autres, du merveilleux ouvrage Beyond Terror : The Films of Lucio Fulci paru il y a quelques années chez Fab Press. Cf. Wikipedia.

aka Zibahkhana | Pakistan | 2007 | Un film de Omar Khan | Avec Ashfaq Bhatti, Sultan Billa, Osman Khalid Butt , Rubya Chaudhry, Rooshanie Ejaz, Najma Malik, Salim Meraj, Rehan, Kunwar Ali Roshan
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