Herman Yau

Qui aurait pu croire que la personne responsable de certains des CAT III les plus aberrants de Hong Kong serait en fait un réalisateur adorable ? Une petite visite sur www.hermanyau.com, et, juste comme ça, je laisse un mail à Herman pour le féliciter de son travail de chef op’ sur Time and Tide - chose que je ne fais normalement jamais. Et Herman de me répondre, avec une gentillesse et un intérêt rare ! Quelques temps après, nous décidons de lancer SDA et lui soumettons l’idée d’une interview par mail, histoire de vous faire découvrir les deux dernières réalisations de cet auteur pour le moins hétéroclite.

Et Herman a accepté.

Nous lui avons donc envoyé un certain nombre de questions (d’où une certaine redondance parfois) auxquelles il a pris le temps de répondre très sérieusement. Voici donc la première interview française de Herman Yau, en exclusivité sur SDA. Un grand merci pour un grand monsieur, et bonne rencontre à tous !

Sancho : Comme beaucoup de réalisateurs à Hong-Kong, vous vous êtes essayé à une grande variété de genres au cours de votre carrière. Les deux derniers films que vous avez réalisés, From the Queen to the Chief Executive et Master Q 2001, résument assez bien cette diversité. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces deux films ?

Herman Yau : Il y a un certain nombre de gens qui ont déclaré, après avoir vu From the Queen to the Chief Executive, que c’est le premier film "Made in Hong Kong" à aborder le sujet des droits de l’homme, et plus particulièrement ceux des délinquants.

Sincèrement, que ce soit en abordant le projet ou même aujourd’hui, je n’ai jamais pensé m’attarder sérieusement sur ce sujet. Ce sur quoi je me suis attardé, ce sont plutôt les questions suivantes : pourquoi existe-t-il une minorité de la population que la majorité ignore, consciemment ou non ? Comment quelque chose de positif peut-il devenir négatif ? Pourquoi est-ce que la gentillesse de la "détention au Bon Plaisir de Sa Majesté" devrait elle prendre un caractère cruel, voire inhumain ? Notre société est particulièrement ridicule et remplie d’hypocrites. Cependant, le film ne s’attarde pas seulement sur les jeunes délinquants "détenus au Bon Plaisir de la Majesté" : il parle aussi de personnes prêtes à se sacrifier afin d’aider leurs prochains.

Après avoir terminé mes études, j’ai passé la plus grande partie de mon temps à réaliser des films "commerciaux", alors que certains de mes amis passaient le leur à essayer d’aider les autres en traitant des côtés plus sombres de notre société et de nôtre pays. Je n’oublierai jamais le fait que, pendant que j’étais en train de tourner un tel film à Macau, un ami à moi était en train de faire un reportage en direct sur le 4 juin 1989 à Beijing. Ca ne me dérange pas de réaliser des films commerciaux, mais je crois qu’il faut aussi faire des films qui reflètent la réalité de notre génération et de l’époque dans laquelle nous vivons.

Il m’a fallu deux ans pour trouver des financements pour ce film. En dépit du fait que ce soit un film à petit budget, je pense que mon équipe et moi avons fait quelque chose de "grand". Il faut savoir que, encore aujourd’hui, il y a des jeunes délinquants qui sont incarcérés indéfiniment.

En ce qui concerne Master Q 2001, c’est le tout premier film chinois qui intègre des personnages entièrement générés en images de synthèse dans de l’action "live". Je pense pouvoir affirmer que, avant ce film, l’industrie cinématographique hong-kongaise n’avait jamais été confrontée à une tel volume d’effets spéciaux. J’estime avoir de la chance d’avoir pu réaliser ce film. D’un autre côté, il me paraît important de faire un film pour les enfants à Hong Kong aujourd’hui, car j’ai toujours trouvé que notre industrie ignorait ce public en ne réalisant que très rarement des films qui leur sont destinés.

Master Q 2001, que vous avez aussi écrit (comme Taxi Hunter et Best of the Best) représente un pas significatif pour le cinéma de Hong Kong : c’est en effet le premier film HK dans lequel le personnage principal est généré en images de synthèse et réintégré au milieu de l’action "live". Comment avez-vous approché ce nouveau mode de réalisation ? A-t-il été difficile pour vous de faire jouer des acteurs numériques ? Comment avez-vous travaillé avec l’équipe de production pour gérer les problèmes inhérents à un tel projet ?

Comme nous n’avions pas assez d’expérience pour réaliser un film comme Master Q 2001, il a fallu que je me documente de façon extensive sur la façon de réaliser et de filmer des plans à effets spéciaux. J’ai lu beaucoup de magazines et de livres sur le sujet, et j’ai aussi regardé bon nombre de "making of" de films à effets spéciaux. Ensuite, j’ai développé une méthodologie de travail avec l’équipe chargée des effets. Au cours de ce processus, j’ai pris beaucoup de décisions sur une grande quantité d’aspects créatifs, et j’ai parfois joué le rôle de "garant qualité" sur certains des effets. En parallèle, Tsui Hark (qui a produit le film) nous donnait son opinion et des conseils. Pour dire vrai, je pense avoir appris beaucoup de choses au cours de la production de ce film.

Un film "tous publics" ne constitue pas vraiment ce que les fans occidentaux de films HK attendent de vous. En France, tout comme aux USA probablement, vos films les plus connus sont deux films de Catégorie III, The Untold Story et Ebola Syndrome. Ce sont, comme la plupart des CAT III, des films qui nous surprennent énormément. Vous savez sûrement qu’on ne peut pas réaliser de tels films chez nous...

Est-ce que la CAT III constitue un genre qui vous attire particulièrement ? Comment en vient-on à pousser l’excès aussi loin dans un film comme Ebola Syndrome, et pourquoi pensez-vous que c’est un genre aussi populaire à Hong Kong ?
Qu’est-ce que ça fait de travailler avec Anthony Wong, qui semble vraiment capable de tout et n’importe quoi à l’écran ?

Je trouve justement intéressant qu’une personne ayant réalisé The Untold Story et Ebola Syndrome fasse un film tous publics, voire pour enfants, comme Master Q 2001. Certains diront sûrement que je me moque de ma propre image en agissant de la sorte.

Sincèrement, j’aime réaliser des films de CAT III, j’y prends beaucoup de plaisir. Je ne sais pas vraiment pourquoi je me sens obligé d’aller aussi loin avec un film comme Ebola Syndrome. Peut-être que je pense tout simplement que c’est la seule façon dont certaines scènes, voire l’intégralité du film, devrait être abordées. Je crois que ça ne fait que quelques années que le genre est devenu populaire à Hong Kong. Disons que ça a commencé à peu près deux ans après le succès de The Untold Story - car Untold Story a vraiment bien marché au box-office à l’époque.

Anthony Wong est un bon ami à moi, et cela fait 18 ans que l’on se connaît. Il jouait déjà dans mes courts-métrages quand j’étais étudiant en cinéma. Anthony est un acteur extrèmement doué et j’aime beaucoup travailler avec lui.

Time & Tide de Tsui Hark sortira en septembre sur les écrans français. C’est un film d’action fascinant sur lequel vous avez occupé le poste de chef-opérateur. La plupart des gens ignorent que c’est un rôle que vous avez joué sur une douzaine de films, et dans lequel vous êtes plutôt bon ! Avez-vous déjà joué les deux rôles (réalisateur et chef opérateur) sur un de vos films ? Vous sentez vous plus attiré par l’un ou par l’autre ? Enfin, bien sûr, comment se passe une collaboration avec Tsui Hark ?

Pour toutes mes réalisations, c’est effectivement un autre chef opérateur qui est crédité au générique. Bien sûr, au cours d’un tournage, je communique mes envies au chef opérateur assez facilement, puisque nous partageons le même langage. Parfois, je m’occupe moi même de l’éclairage de certaines scènes, ou je prends même la caméra en main. La plupart du temps, je travaille avec deux chef opérateurs, Joe Chan et Puccinni Yu Kwok Ping. Yu m’assiste toujours quand je joue le rôle de chef opérateur dans un film qui n’est pas le mien.

J’aime les deux métiers, le mieux étant de pouvoir alterner les deux - la plupart du temps, bien sûr, je ne choisis pas vraiment.

Tsui Hark est le réalisateur le plus acharné que j’aie jamais rencontré. Il a un sens visuel extrêmement puissant. Travailler avec lui est une chose à la fois éprouvante et intéressante.

Pourriez-vous nous parler de vos futurs projets, si vous en avez ?

J’ai déjà terminé un nouveau film (une histoire de fantômes), celui-ci sortira au mois de septembre.

Je commence mon nouveau projet la semaine prochaine. C’est plus ou moins un drame avec Andy Hui et Loretta Lee. En parallèle, je travaille sur le scénario de deux autres films : le premier tourne autour d’un "bad guy" célèbre de notre époque, le second n’est autre que la suite de Master Q.

Akatomy | 8.06.2001 | Hong Kong, Rencontres

Propos receuillis et traduits de l’anglais par Akatomy.

"Ca ne me dérange pas de réaliser des films commerciaux, mais je crois qu’il faut aussi faire des films qui reflètent la réalité de notre génération et de l’époque dans laquelle nous vivons."
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
Donor
Kekexili, la patrouille sauvage
The Era of Vampires
8000 Miles
Campaign 2
Tange Sazen - Hyakuman Ryô no Tsubo
Africa addio
Nuits d’ivresse printanière
Terowongan Casablanca
The Lady Professional
Kim Seong-Su | Ju Jin-Mo
The Master of Ballantrae
Utopia
Flic
Stormriders
Chasseurs de Dragons
Door III
Legend of the Sacred Stone
Yusuf Razykov
The Vanished
Takashi Nishimura
Address Unknown
My Hero
Vivre dans la peur