Histoire de fantômes chinois

Constamment en quête de nouveaux défis, Tsui Hark, producteur et co-réalisateur du film, tente ici de relancer un genre plus que moribond à Hong Kong, le dessin animé. Pour garantir ses chances de succès, il réutilise la trame éprouvée d’un de ses films éponyme, universelle bien que possédant une identité chinoise très marquée. Il décide également de travailler avec les japonais sur l’animation traditionnelle 2D des personnages et, audacieux, choisit d’y inclure la 3D via les images de synthèse. Fidèle à sa réputation d’avant-gardiste (pour l’époque, nous sommes en 1997), il délivre encore une fois, avec la complicité d’Andrew Chen, une oeuvre atypique, magique et visuellement étonnante.

Ning est un jeune collecteur d’impôts qui parcourt, accompagné de son chien, une Chine légendaire pleine de magie, de mythes et de fantômes. Perdu au milieu des esprits, il fait la rencontre de la belle mais ambiguë Qian, dont il tombe amoureux. Pourra-t-il déjouer les pièges que lui tendent démons, sorciers et chasseurs de spectres pour vivre cet amour maudit avec un être de l’au-delà ?

L’interaction entre humains et fantômes tire ses racines très profondément dans la culture et la mythologie chinoises. Tsui Hark en joue évidemment dans son scénario pour donner au film une identité forte, nécessaire à la séduction d’un large public à Hong Kong. Des pans entiers de l’histoire proviennent d’ailleurs d’anciennes légendes ou de contes populaires. La représentation des fantômes, par exemple, est indéniablement orientale. Le monde des esprits est coloré, agité, ses habitants ne sont pas affreux mais différents, lorsqu’ils n’apparaissent pas, conformément à un mythe mandchou, sous des traits féminins. A l’opposé, les chasseurs sont des hommes, issus eux aussi des récits mythologiques. Le moine taoïste, aux pouvoirs extraordinaires, tire sa force de la plus ancienne religion chinoise dont les garants ont été rapidement déifiés. Le guerrier, ou Xia, et son mentor sont eux aussi des archétypes de la littérature populaire chinoise. Enfin, les allégories amusantes, telles le train et la porte de la réincarnation (transport en commun pour esprits égarés), ou encore les marteaux du souvenir (qui effacent la mémoire des disparus en instance de résurrection), sont le reflet d’une pensée chinoise tendre et imagée.

Ce même train rappelle pourtant le chat-bus de Mon voisin Totoro, ou le chien volant de L’histoire sans fin. On s’aperçoit ainsi que le film multiplie également les références universelles et les appels du pied vers un public plus vaste. C’est la force du cinéma de Hong Kong et de celui de Tsui Hark en particulier. Sur une base identitaire forte, il brode une histoire banalement manichéenne, assez entraînante et aux influences suffisamment larges pour intéresser tout spectateur. Les genres du film de fantômes et de l’histoire d’amour tragique (traités également dans un même film, Beetlejuice, par Tim Burton), bien que repris ici à la mode chinoise, ne sont-ils pas foncièrement universels ? Le scénariste se permet même de parodier la maison Disney, symbole fort d’une mondialisation qui n’épargne pas la Chine. Les intermèdes musicaux, la référence - via une frontière aquatique - au miroir d’Alice et le détournement mortel du baiser de La Belle Aux Bois Dormants sont autant d’éléments qui participent au fort degré d’humour du film, un ingrédient indispensable aux productions hongkongaises. Le design des personnages, caricaturaux et hauts en couleurs, renforce la comédie, qu’il emprunte au manga japonais genre Dragon Ball. Parfois jusqu’à l’excès (l’histoire reprend 8 des 12 thèmes identifiés de l’opéra chinois [1]) et sans oublier le traditionnel kitsch, le film respecte scrupuleusement tous les codes du cinéma de l’ancienne colonie britannique.

Histoire de fantômes chinois ose cependant une importante innovation. Il est certainement le premier dessin animé à assumer aussi clairement le mélange 2D/3D et à user extensivement de l’image de synthèse. Et ça fonctionne ! Si la qualité des rendus est un peu inégale, loin des niveaux atteints aujourd’hui (et, il faut l’avouer, de Toy Story pourtant sorti deux ans auparavant), l’intégration des 2 couches est particulièrement réussie. Là où l’animation traditionnelle apporte déjà une liberté supplémentaire au cinéaste en brisant les frontières du réalisme, l’imagerie de synthèse offre des possibilités quasi illimitées pour un tel film fantastique. Les arrières plans bénéficient de jeux de lumière et de reflets d’optique magnifiques et les couleurs enchanteresses donnent aux décors poésie et beauté surréaliste. Tsui Hark se permet, comme à son habitude, des mouvements de caméra audacieux. Mais plans tournoyants, morphings, utilisations du grand angle et travellings aériens prennent, grâce à l’ordinateur, des dimensions épiques. A l’image de la poursuite entre machines volantes dans les veines d’un canyon (voir Star Wars, Independance Day,...), Histoire de fantômes chinois est tourné comme un film, sous l’influence frénétique de Hark.

Ce dernier a réellement trouvé ici le terrain de jeu et d’expérimentation idéal. Se sentant à l’étroit, le réalisateur décide de s’affranchir de la pellicule et de revisiter, grâce à l’animation, un de ses classiques d’aventure fantastique. Le résultat est à la hauteur : bien lui en a pris !

David Decloux | 1er.03.2003 | Hong Kong, Animation

Histoire de fantômes chinois est disponible en zone 2 chez Sony Music au format respecté (contrairement à ce qu’indique la jaquette). Bien que non anamorphique, l’image est correcte (quelques défauts et des couleurs qui bavent à l’occasion) et la bande son (cantonaise stéréo) est tonitruante. Une piste française (stéréo) est également proposée ainsi que des sous-titres français. Une galerie d’images, une biographie et un interview (intéressant quoique poussif) de Tsui Hark complètent cette édition.

Le film est aussi disponible en DVD zone 1 NTSC aux US, ainsi qu’en DVD HK. Le VCD HK est quant à lui épuisé depuis longtemps déjà.

[1A la fin du XIVème siècle, un dramaturge chinois distinguait, en se basant sur les personnages principaux, 12 thèmes propres à l’opéra : divinités et immortels / ermites et taoïstes / dignitaires de la cour / vassaux et fonctionnaires fidèles / piété filiale et rectitude / flatteurs et félons / orphelins et exilés / bandits / histoires d’amour / tragédie de la séparation / coquettes et courtisanes / démons et fantômes.

aka Siu Sin Chinese Ghost Story Animation - A Chinese Ghost Story : The Tsui Hark Animation | Hong Kong | 1997 | Un film de Andrew Chen (Chan Jun Man) et Tsui Hark | Avec les voix de Jan Lam Hoi Fung, Vivian Lai Shui Yan, Tsui Hark, Eric Kot Man Fai, Wong Yuk Man, James Wong Jim, Anita Yuen Wing-Yee, Charlie Yeung Choi-Nei, Kelly Chan Wai Lam (Kelly Chen)
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