Hitokiri Ginji

Takeshi Miyasaka retrouve Riki Takeuchi, avec qui il avait travaillé sur la série des Kaeru-chan qui compte trois opus, pour un film qui mêle habilement violence et un brin de réflexion politique.

1953. Ginji Sonezaki (Riki Takeuchi), vétéran de la seconde guerre mondiale et patriote convaincu, massacre une vingtaine de personnes sur son lieu de travail pour des raisons inexpliquées.

2003. Ginji Sonezaki (Isao Natsuyagi) vient de purger 50 années de prison et est libéré. Il n’a cependant nulle part où aller et surtout, certaines personnes ne semblent pas particulièrement ravies de sa sortie de prison.

Hitokiri Ginji jongle pendant toute sa durée avec la dualité des époques, des personnages et des acteurs. D’une part le jeune Ginji, interprété donc par Riki Takeuchi, et le même Ginji cinquante ans plus tard, interprété cette fois par Isao Natsuyagi (Hunter in the Dark, Hotaru, De l’Eau Tiède sous un Pont Rouge...). L’histoire alterne entre ces deux personnages et ces deux époques au point que parfois elles se confondent, se mélangent littéralement.

Pour le Ginji de 2003, il s’agit surtout d’oublier le passé et de vivre les quelques années qui lui restent le plus tranquillement possible. Pourtant, le passé ne peut être enterré aussi facilement (il se fait expulser de sa chambre après avoir céder à un accès de violence en se remémorant le passé) et il revient vite faire irruption dans sa vie, sous la forme de diverses personnes. D’abord son chef de peloton pendant la guerre, aujourd’hui riche politicien et qui ne semble pas blanc comme neige dans les actes qui l’ont conduit en prison. Ensuite un jeune sans-abri coréen émigré au Japon, qui rappelle les souvenirs de la guerre et le rôle du Japon en Asie à cette époque. Enfin, le passé intervient sous la forme d’une jeune journaliste qui essaie de comprendre mieux l’incident de 1953. Ginji est donc dans l’incapacité de fuir son passé (on essaie même de le tuer) et d’une certaine manière, ses responsabilités.

Pour le Ginji de 1953, les choses sont quelque peu différentes. Par l’intermédiaire de flash-backs, son histoire nous est dévoilée peu à peu. Une histoire de trahisons qui commence par le sentiment de honte lié à la défaite annoncée par l’empereur. Ginji a alors tenté de se suicider selon le rite du traditionnel seppuku mais son ami a été incapable de lui trancher la tête au moment crucial (Ginji tentera à nouveau de se suicider peu avant d’apprendre sa libération de prison). Il y a ensuite la trahison de ses anciens camarades qui, en nostalgiques du Japon conquérant et puissant, deviennent des terroristes et désirent le retour de cette époque. Si en fait Ginji ne désire pas autre chose, il se refuse cependant à ce que des innocents en payent le prix, d’autant qu’il a des doutes sur la sincérité des protagonistes (son ancien chef est désormais le patron de l’entreprise dans laquelle il travaille). Son opposition à ces plans, ainsi que le meurtre de son meilleur ami, le conduiront en prison lorsqu’il cédera à une rage meurtrière. Cinquante ans plus tard, Ginji a bien changé mais il doit une nouvelle fois s’opposer à la trahison et à la corruption.

L’aspect le plus convaincant de Hitokiri Ginji reste la façon dont deux époques d’un même individu s’entremêlent. Le passé se matérialise sous forme de fantômes bien réels qui sont autant le désir de Ginji de voir certains événements se dérouler que de véritables événements. La confusion est maintenue par les incessantes similitudes entre le présent et le passé. Les scènes les plus violentes sont soit des flash-backs soit des scènes qui voient Riki Takeuchi remplacer physiquement Isao Natsuyagi. Le contraste entre les deux personnages est saisissant, il faut dire que cinquante années de prison sont passées par là. Ginji jeune est impulsif et idéaliste. Ginji âgé est un autre homme, qui ne désire que la paix et apparaît comme un homme intègre dont toute la vie a été un énorme gâchis. Les deux acteurs se complètent parfaitement et les deux facettes du même homme sont tout à fait crédibles, même si l’on peut regretter la propension de Riki Takeuchi à surjouer systématiquement.

Néanmoins, Takeshi Miyasaka sait amener avec subtilité les scènes les plus violentes, tout en évitant un ton trop caricatural lors des passages plus politiques. Sans entrer dans une réflexion véritablement très profonde sur l’attitude du Japon pendant la guerre ou sur la corruption, il oppose intelligemment les valeurs trahies au profit et à la soif de pouvoir. Des thèmes, voire un traitement, parfois proches de ceux que l’on peut trouver dans le Kamikaze Taxi de Masato Harada.

En gardant à l’esprit que Hitokiri Ginji est une production straight-to-video et qu’elle doit donc sacrifier un minimum à l’action, il reste un film à la subtilité étonnante qui prouve définitivement que l’on peut mêler cinéma de genre (et surtout V-cinéma) avec un cinéma plus sérieux. Cette dualité entre en résonance avec la dualité des personnages/acteurs, chacun des deux Ginji semblant représenter un cinéma. Après la série des Kaoru-chan qui s’émancipait sur la fin des contraintes parfois pesante d’un style inspiré des manga, il semblerait bien que Takeshi Miyasaka ait acquis ces dernières années une certaine maturité.

Zeni | 9.08.2003 | Japon

Hitoriki Ginji est disponible au Japon uniquement, à la location depuis le 11 juillet, et à la vente en DVD depuis le 25 juillet.

Site officiel : http://www.kss-movie.com/hitokiri/

Japon | 2003 | Un film de Takeshi Miyasaka | Avec Riki Takeuchi, Isao Natsuyagi
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