Holiday

Pourquoi tant de haine ?

Après la décevante libre adaptation de la vie de Choi Bae-dal (Fighter in The Wind, 2004), le réalisateur Yang Yun-ho s’appuie de nouveau sur l’histoire contemporaine de son pays en revisitant un fait divers controversé : l’échappée belle de six criminels en octobre 1988 et leur cavale pendant neuf jours, qui se termina par la prise en otage d’une famille, en direct devant les médias du pays, au cours de laquelle le criminel Ji Kang-hun en profitât pour dénoncer l’injustice du système pénal Coréen. Si l’on pouvait certes s’attendre à une version romancée par le réalisateur du tour de force et flamboyant Libera Me (2000), rien ne nous prédisposait pourtant à une telle démonstration de brutalité et de caricature manichéenne, sur fond louable de critique sociale.

Alors que les habitant d’un quartier bidonville de la périphérie de Séoul sont sur le point d’être expulsés, pour faire place à la reconstruction d’un Séoul nettoyé en passe d’accueillir les jeux olympiques de 1988, ses habitants font face aux milices chargées de les expulser manu militari, emmenées par le menaçant Ahn-seok (Choi Min-su). Sous les provocations des deux camps, l’affrontement ne tarde pas à dégénérer malgré Ji Kang-hun (Lee Seong-jae) qui tente de s’interposer, voyant son jeune frère handicapé prendre l’un des officiels en otage. Ahn-seok l’abat froidement sous couvert de la loi, et déchaîne la rage de Ji Kang-hun arrêté et condamné à purger sept années de prison à cause des nouvelles dispositions pénales en vigueur contre les récidivistes. Retrouvant sur sa route Ahn-seok, devenu depuis sous-directeur de la prison, il décide alors de se venger. Échouant, il se retrouve torturé et humilié par ce dernier. Incapable de supporter ses conditions de détention inhumaine, il décide alors de tenter une évasion avec l’aide de ses complices de cellule.

Tout comme Silmido (2003), qui s’appuyait sur des faits réels et controversés - les opérations de l’unité 684 - pour apporter une relecture en forme de brûlot de son histoire contemporaine, Holiday, qui se concentre sur les motivations de ses six criminels, pointe un doigt accusateur sur la justice pénale de son pays, en revisitant une figure trouble de son passé, à une époque charnière de l’évolution démocratique du pays, en passe de sortir d’années de dictatures. Le contexte social ancré dans les quartiers pauvres de la périphérie de Séoul - à travers de superbes panoramiques montrant au loin l’immensité des tours de béton depuis les hauteurs des taudis - nous rappelle qu’à l’aube des Jeux Olympiques, la Corée qui a certes bénéficié d’une spectaculaire croissance économique sous l’impulsion de l’ère Park, puis du colonel putschiste Chun Doo-hwan [1], n’en a pas pour autant réglé ses flagrantes inégalités sociales, source d’une misère toujours palpable. Les Jeux Olympiques, dont le réalisateur nous glisse quelques images d’archives en prologue, s’avèrent ainsi une occasion unique d’obtenir une reconnaissance internationale ; le pays redoublant alors d’efforts en lançant ses grands travaux, prélude à des vagues d’expulsions sans précédent sur lesquelles prend appui le début du récit.

L’autre élément qui sous-tend la démonstration du cinéaste, qui livre un véritable réquisitoire contre l’injustice, est la loi permettant de prolonger une peine de prison légale au-delà de trois ans pour les récidivistes [2], en maintenant les criminels en prison pendant une période prolongée visant à les aider à acquérir un métier manuel et les aider dans leur réinsertion, sous l’hypocrite couverture d’une préservation de la paix sociale. Son application arbitraire étant ici pointée du doigt à la faveur de quelques rappels historiques brièvement distillés, dont les affaires de corruption qui frappaient l’entourage de l’ex-président Chun Doo-hwan, et dont les peines semblaient disproportionnées au regard de celles prononcées pour des petits larcins commis par les compagnons de cellule de Kang-hun.

Si le réalisateur insiste sur ce contexte particulier qui amplifie le propos dramatique de l’oeuvre, il démontre bien moins de finesse et de pertinence qu’Im Sang-Soo et l’ironie géniale de The President’s Last Bang (2005). Au contraire, il semble englué dans le paradoxe que les blockbuster Coréens à base de relecture historique peinent à surmonter : concilier les contraintes du divertissement et celles d’une exigence critique et sociale scrupuleuse.

Holiday n’évite malheureusement pas ces écueils, démontrant clairement le manque de mesure d’un auteur, préfèrant enchaîner les scènes d’action à un rythme soutenu. La construction tripartite et classique du film n’est pourtant pas inintéressante, confrontant tout d’abord ces marginaux au milieu carcéral, puis à la société au cours de leur évasion, avant d’opérer une résolution frontale face au pouvoir intransigeant au cours de la prise d’otages. Même si le cinéaste prend ouvertement parti en faveur de son anti-héros, répondant ainsi aux inclinaisons naturelles du public, et faisant preuve d’une grande compassion pour ces petits criminels sans envergure, il n’offre guère mieux qu’une caricature simpliste propre à faire de Kang-hun un martyr réhabilité à grand renfort d’apitoiements larmoyants. Les libertés prises par la fiction nous offrent alors quelques clichés récurrents du cinéma commercial de Chungmuro, du jeune frère tué et moteur de vengeance, à la pathétique scène d’adieu entre Dae-chul (Lee Eol) et Kang-hun, sans oublier la plaintive confession publique du héros, pourtant touchant de vérité et brillament interprété par Lee Seong-jae. Le cinéaste a bel et bien décidé de jouer la corde sensible à outrance, injectant une dose immodérée d’humanisme dans le coeur de ces petits malfrats, dont les péripéties obtiennent un capital sympathie immédiat auprès du spectateur.

Mais ce qui pèse le plus lourdement sur la crédibilité du film c’est le manichéisme avec lequel Yang Yun-ho traite l’affrontement, objet de tous les rebondissements scénaristiques, entre Ahn-seok et Kang-hun. La perversion et la brutalité du premier n’a d’égale que la détermination suicidaire du second à vouloir pousser son cri d’injustice face au monde, créant au cours du récit un affrontement caricatural et unilatéral discréditant tout propos réflexif à l’oeuvre. Même si l’on peut comprendre les intentions de l’auteur en faisant du personnage de Ahn-seok, caution d’immoralité, le symbole de la dictature militaire en place.

Si Lee Seong-jae, qui semble avoir fait un stage de musculation intensif, joue parfaitement la dualité sensible du héros partagé entre son jusqu’au-boutisme dans sa dénonciation du système et sa volonté de préserver ses compagnons d’échappée d’un destin tragique ; Ahn-seok, en gardien de prison tortionnaire fait davantage figure de bad guy échappé d’une production Van Damme. Ses mimiques surjouées plombant quelque peu le réalisme de l’ensemble.

Holiday bénéficie pourtant d’une réalisation soignée, sans grande originalité dans sa narrativité linéaire mais à l’efficacité certaine, marque désormais courante des blockbuster nationaux. Faisant figure de drame criminel à grand spectacle, il partage curieusement plus d’un point commun avec le polar hard boiled Running Wild (2006) sorti concomitamment. Symptôme d’une jeunesse en révolte, ils questionnent tous deux la justice sociale de leur pays, sans illusions, adoptant une violence excessive qui pourra rebuter une partie du public, mais mettant froidement le spectateur face à la réalité d’une justice corrompue. Outre l’élaboration d’une vengeance prenant son point de départ dans le meurtre d’un jeune frère, ces deux récits emblématiques d’une contestation sociale portent le masque d’un nihilisme héroïque peu coutumier dans le cinéma mainstream. Hasard scénaristique ou trame récurrente d’une jeunesse en proie au no future social ? L’avenir nous le dira.

Trop didactique et immodérément pathétique pour être crédible, Holiday impressionne davantage par sa violence sèche que par la portée de sa réflexion humaniste, caricaturale et simpliste. Il n’en reste pas moins une tentative de faire passer un message radical, au travers d’un drame formaté aux contraintes de l’entertainement.

Dimitri Ianni | 11.05.2006 | Corée du Sud

Site officiel du film (en Coréen) www.holiday2006.co.kr.
Holiday est disponible en DVD coréen chez KD Media, zone 3 et sous-titres anglais disponibles.

[1Président d’août 1980 à février 1988 à la faveur d’un putsch militaire, il est notamment responsable du massacre de Kwangju en mai 1980.

[2Loi promulguée en 1980 sous l’autorité du président Chun Doo-hwan, et abolie en septembre 2005 alors que le film était en cours de production.

aka Holli-dei | Corée du Sud | 2006 | Un film de Yang Yun-ho | Avec Lee Seong-jae, Choi Min-soo, Jang Se-jin, Lee Eol, Jo An, Yeo Hyeon-soo, Kim Jin-hyeok
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