Home Sweet Home

The odd one lives.

Avant de se décider à mettre en scène le combat d’une humanité désespérée contre elle-même, Soi Cheang fut un moment, le plus grand espoir HK en matière de cinéma horrifique, comme en témoignent encore aujourd’hui Horror Hotline... Big Head Monster, et surtout New Blood. Juste avant d’effectuer son virage nihiliste, le réalisateur explorait en 2005 une facette limitrophe de son cinéma avec Home Sweet Home, rémanence de sa période horrifique autant que prémisse à sa nouvelle vague brutale. Un film quelque peu oublié et pour cause : cet sombre histoire de maternité contrariée, que l’on pourrait croire membre de l’inépuisable vague J-horror, est, en dépit de ses qualités évidentes, une œuvre à la limite de l’inconcevable – et ce sans la moindre effusion graphique.

May, son mari Ray et leurs fils Chi Lo sont à la recherche d’un appartement. Comme il s’agit de leur accession à la propriété, le couple prend son temps pour trouver la perle rare : un appartement spacieux dans un complexe impressionnant, que leur fils approuve sans hésiter. Pourtant, sitôt ont-ils commencé leur aménagement que leur quotidien se ternit. Coincé dans l’ascenseur en tentant de ramasser un mystérieux yo-yo, Chi Lo échappe à la surveillance de sa mère. Lors de la course maternelle qui s’en suit, May aperçoit une figure vaguement humaine dans les conduits de l’immeuble. Chi Lo, lui, pose ses yeux sur ceux d’un être effrayant, sous la cage d’ascenseur... Peu enclin au contact humain, May accepte tout de même à contre cœur la première invitation de ses voisins, à l’occasion de l’anniversaire d’une petite fille. C’est alors qu’il joue avec les autres enfants, que Chi Lo est tiré par dessus le balcon de la terrasse, précipité vers une mort certaine des dizaines d’étages plus bas. Et, pourtant, le corps de l’enfant est introuvable... May et Ray se rendent compte que leur enfant est toujours dans l’immeuble. Lorsqu’ils le retrouvent, baillonné derrière une grille de ventilation, Ray se fait agresser par une femme difforme qui lui reprend Chi Lo. Son mari sur le carreau, son fils une fois de plus disparu, May commence à perdre contact avec la réalité, obsédée par les zones inaccessibles de la résidence...

Lorsque Home Sweet Home lance son générique sur une apparition subliminale, on s’attend à assister à un énième film de fantôme dans la mouvance de Ring et autre Dark Water. Pendant un temps d’ailleurs – tant que le mystère plane autour de la disparition de Chi Lo -, Soi Cheang joue le jeu d’un fantastique plat et racoleur, fait de peurs mécaniques et autres mouvements de caméra manipulateurs. Il convient d’ailleurs de remarquer que dans cet engrenage de peurs fabriquées, le réalisateur échoue là où il avait préalablement réussi dans ces œuvres précédentes. Les cadrages sont moins travaillées, l’éclairage sans dimension, et, du coup, la crainte absente. C’est alors qu’on s’avoue, un peu précipitamment, déçu, que Soi Cheang joue la carte de l’explicite. Rien de fantastique derrière l’enlèvement de Chi Lo ; c’est une ancienne squatteuse, délogée par le gouvernement au moment de la construction du complexe immobilier, qui s’est appropriée l’enfant. Le film se transforme alors en course poursuite claustrophobe entre May et la dénommée Yan Hong, terrifiante Karena Lam. Si les visuels sont dérangeants – Yan Hong qui gravit les intérieurs de l’immeuble avec l’enfant, terrifié, attaché sur son ventre – c’est le combat que se livrent les deux femmes – les deux mères, en réalité – qui suscite l’effroi.

Car ce qui est en jeu dans Home Sweet Home, c’est l’affection de Chi Lo. La santé mentale de l’enfant est prise d’assaut par le sentiment de peur, à même de détruire son identité autant que le lien maternel. L’enjeu du film se résume dans la réponse que May fait à son fils, lorsque, terrorisé à l’issue de son premier égarement dans l’immeuble, il lui demande si elle l’abandonnerait. « Non, jamais. Et ce même si toi tu m’abandonnais. » Chi lo est la victime inévitable d’un conflit d’affirmation, les deux femmes du film tentant de se définir, de rester saines, au travers de son affection. Méritée, dans le cas de May, ou provoquée par l’effondrement de ses défenses psychologiques, dans le cas de Yan Hong.

Le résultat, bien que moins travaillé sur le plan visuel que New Blood ou les derniers films barbares de Soi Cheang – Dog Bite Dog et Shamo – frôle l’indigeste. Alors que le film passe régulièrement à la limite du ridicule, c’est le malaise qui l’emporte au final, avec cette sensation que, en jouant à ce point sur l’équilibre fragile de l’enfance, le réalisateur va trop loin. Ne vous y trompez pas, Home Sweet Home est un très bon film. Mais sa blessure est durable, et sa vision laisse un très désagréable arrière goût, incroyablement malsain. Peut-être est-ce pour cette raison, que le film semble s’être effacé au sein de la filmographie de ce nouvel incontournable du cinéma HK.

Akatomy | 20.09.2008 | Hong Kong

Home Sweet Home est disponible en VCD HK, sous-titré anglais. Le pressage est malheureusement raté, tant au niveau de la compression que du format non respecté.

aka Gwai Muk – The Monster | Hong Kong | 2005 | Un film de Soi Cheang Pou-Soi | Avec Karena Lam Ka-Yan, Shu Qi, Alex Fong Chung-Sun, Tam Chun-Ho, Lam Suet, Li Peng, Matthew Chow Hoi-Kwong
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