House of 1000 corpses

Alors déjà, le titre. Je sais pas pour vous, mais moi, ce titre il me renvoie direct une certaine imagerie, il m’évoque (l’italique est important) méchamment un certain âge du fantastique, du genre celui où des bonimenteurs hilares à la William Castle vous vendaient leurs concepts forains idiots (style 10Volts - czzzzt - dans la fesse au moment où l’on doit avoir peur) pour pouvoir vous amener dans la salle obscure. Je dis ça parce que Castle a réalisé un House on Haunted Hill et que Rob Zombie, dans ses groupes, a toujours usé et abusé des références aux films d’horreur ou de SF de la première moitié du siècle (White Zombie, ça vous rappelle rien d’ailleurs ?). Il me semble dès lors que lorsqu’on s’apprête à se taper House of 1000 Corpses, on pense savoir assez exactement à quoi s’attendre : un délire rétro à l’ambiance surranée, un brin kitsch mais un peu trash quand même parce que Rob il fait quand même pas de la musique de mauviettes. On pense nostalgie et on n’a pas tort. Par contre, on se plante un peu sur tout le reste.

Pas de beaucoup, vous me direz. De vingt ans, juste. Le film de Zombie est un cri d’amour (et pas forcément guttural comme on aurait pu le croire) au cinéma d’horreur des années 70, le plus bel étalage référentiel jamais vu sur un écran. Une sorte de Kill Bill de l’épouvante. Whaou, crieront les fans. Ils auront tort, le film est raté. Attention, je ne dis pas qu’il est mauvais, je dis qu’il est raté et je sens qu’il va falloir que je m’explique. Le temps de vous raconter les grandes lignes et je le fais.

Grandes lignes : les 70’s. Quatre adolescents partis sur la route recenser les endroits les plus weird du territoire américain (genre foires aux freaks et musées d’aliens) s’arrêtent dans un petit village pour faire le plein. La station-service, tenue par un clown que nous savons un brin dangereux (il a buté sans sourciller les deux apprentis gangsters qui voulaient lui tirer sa caisse) abrite elle-même un musée de monstres miniature. Alléchés par cette découverte, les teens se laissent alors tenter par un tour de train-fantôme animé par le clown lui-même, un train fantôme exhibant certains des plus sadiques tueurs en série du pays. Parmi eux, le Docteur Satan, un chirurgien fou qui avait la fâcheuse manie d’atrocement mutiler ses patients, persuadé de créer par là une nouvelle race de surhommes. Et voilà donc pas que ce fameux docteur opérait dans le coin. Il a même été pendu à l’un des arbres du village. Excité par cet objet de fantasme, l’un des ados veut voir l’arbre à tout prix et ses amis sont donc contraints de le suivre. Manque de bol, sur la route ils prendront une auto-stoppeuse qui les ménera tout droit dans sa maison de famille, mais une famille un peu bizarre, un peu psychopathe.

Vous conviendrez qu’à ce niveau de l’histoire, ça a pas l’air gagné pour eux.

Comme passerelle entre deux époques, comme une invitation à le suivre de son délire 50’s à son délire 70’s, Rob Zombie a donc créé le Docteur Satan. C’est lui, le savant fou hérité des séries Z obsessionellement rediffusées par la TV U.S. qui nous amène dans cette maison-ersatz de la famille Tronçonneuse. Parce-qu’à partir de cet instant, Zombie va nous montrer comment il connaît bien ses classiques, ceux qu’il a dû voir en grand, au cinéma, lorsqu’il était minot. Et son film de se transformer lui aussi en train fantôme, c’est-à-dire fragmenté, fun, superficiel, effrayant, mal-foutu et totalement inoffensif au final. Zombie va faire se succéder, s’entrecroiser différents tableaux, différents mouvements, exactement comme lorsqu’on passe d’une pièce à l’autre dans le tchou-tchou de l’horreur... Pièce 1 : Texas Chainsaw Massacre ; pièce 2 : The Hills Have Eyes ; pièce 3 : Sam Peckinpah ; pièce 4 : Dario Argento ; pièce 5 : Antonio Margheriti ; pièce 6 : Lucio Fulci... C’est rigolo, trop évident des fois, presque magique d’autres... Car Rob Zombie n’est pas dénué de talent.

Il y a même de très bonnes choses dans son film. Une séquence de vrai flip (et c’est un type à priori blasé qui vous le dit), une scène de pure trouille où l’espace d’un instant la brutalité se fait physiquement palpable, où la violence montrée fait peur. Cette scène, c’est celle de l’assaut des quatre jeunes dans leur bagnole par leurs hôtes psychotiques et c’est presque un exploit qu’à partir d’une situation mille fois revue l’on puisse encore nous faire ressentir ce qu’est la panique du banal entièrement déchiré par l’horreur. Il y a aussi une maîtrise incontestable du contrepoint ironique. Dans la scène de la découverte de la maison par les flics et le père d’une des ados, Zombie nous gratifie d’un des plus bel hommage à la démence redneck qu’on ait pu voir à ce jour. La folie absolue de la situation, déjà dilatée par un traitement intégral au ralenti (merci Bonnie and Clyde, merci Bring Me the Head of Alfredo Garcia) venant renforcer l’horreur et le grotesque, est simultanément désamorcée/appuyée par le standard Country presque comique que l’on entend. Et nous pourrions presque adopter la posture confortable de l’amateur de violence cool si nous n’étions pas vite ramenés au réel par une idée toute con mais incontestablement géniale : une suspension absolument infernale du temps à la fin de la séquence, le vilain braquant un flic au sol alors que la caméra ne cesse de monter et que la musique s’arrête... Le temps n’a plus de sens, l’espace devient abstrait, nos repères, nos attentes, nos convictions par rapport à l’horreur sont intégralement foulés aux pieds... Le coup de feu part, la tête du flic éclate... C’est comme ça, le mal. On n’est plus rien, on ne sait plus rien quand on se retrouve en face de lui. Et c’est pas rien qu’un film puisse en esquisser la substance. Hormis ces deux excellents moments, le film distille par petites touches d’autres plaisirs beaucoup moins conséquents. C’est la superbe photographie gothique d’un meurtre dans un cimetière, c’est le grain brûlé par le soleil d’un paysage texan... évocateurs comme peu de réalisateurs sont parvenus à le faire de toute une imagerie fétichisée d’un cinéma de genre puissamment ancré dans une époque et dans l’imaginaire collectif.

Alors pourquoi ce film est-il raté ? Hein, pourquoi ? Et bien parce que, probablement titillé par l’envie de compiler tout ce qu’il aime dans ce cinéma, Zombie n’a pas réalisé que certains de ses mouvements sont ontologiquement antagonistes. Et qu’il est impossible de rendre pertinent le croisement du naturalisme brutal du Texas Chainsaw Massacre (tout carnavalesque qu’il soit) avec le baroque craspec de l’horreur à l’italienne. Je ne dis pas que le naturalisme ne peut prétendre toucher l’onirique, voire le fantastique (Maupassant nous a prouvé le contraire en littérature et Wolf Creek en est un récent exemple cinématographique). Je dis que si fantastique il crée, ce ne peut être qu’un fantastique métaphysique, orienté vers l’homme maintenant perdu dans un monde où le réel trop distordu par l’horreur s’est dévêtu de ses oripeaux quotidiens pour basculer vers l’étrangeté. C’est, à mon sens, ce que signifient les plans ultra larges de la highway où vient s’échouer l’héroïne de Wolf Creek : l’absurdité, l’incongruité de notre présence au monde et de la perception que nous en avons une fois que nos repères ont été battus en brêche. En voulant opérer un glissement de l’horreur crue vers un versant trop figurativement fantastique, Rob Zombie se plante grave et annihile toute chance de salut pour son film. Il sera fun et rien d’autre. Et il sera même un peu pourri des fois.

On a reproché au film son côté clipesque (beaucoup de flash-backs/flash-forwards en 16mm ou DV venant parasiter l’intrigue elle-même). C’est ne pas penser à la pertinence de ces incrustations dans leur nature-même. Alors que le 16mm est logique (penser à tous les films des 70’s tournés avec cette pellicule), que viennent foutre des images numériques à une époque où elle n’existaient pas ? Le systématisme avec lequel Zombie les emploie nique toute l’horreur qu’il voudrait sans doute qu’elles représentent (genre ça fait encore plus « vrai »...). C’est, à mon avis, dans la nature même de ces images que réside la clé du film : à vouloir trop marier le réel et l’imaginaire, Zombie n’a réussi qu’à enfanter un catalogue de vignettes, leur otant par là-même tout potentiel terrifiant. Il a repris la recette appliquée dans ses chansons pour en faire un film et ça ne marche pas. On peut déjà le voir au début du film lorsque Ed Gein cotoie le Docteur Satan : la confrontation de deux mythologies distinctes (l’une réelle, l’autre fantasmée) gêne et a du mal à faire naître la croyance pour le monde dans lequel Zombie voudrait nous faire entrer. En étant méchant, on pourrait même dire qu’en annulant ainsi l’horreur réelle de faits avérés, House of 1000 Corpses est un film dangereusement inconscient, un trip de branleur absolument incapable de réfléchir aux conséquences de ses choix esthétiques et narratifs. Mais je ne suis pas méchant et le film vire tellement au n’importe quoi (à la fin, y a plus qu’à battre en retraite parce que l’homme-langouste est quand même au-delà de l’analyse) qu’il en redevient sympathique. Et plus qu’un branleur inconscient, il est possible que Zombie soit en fait un véritable critique post-moderne venant nous rappeler à quel point tout à tendance à se confondre pour nous aussi, les images de l’horreur ingurgitées depuis notre enfance nourrissant jour après jour notre imaginaire tout en effaçant la réalité de ce qui se cache vraiment derrière. En ce sens, ce parti-pris d’un mélange d’images substantiellement disparates, voire anachroniques, apparaît plus intelligent que celui d’un Jim VanBebber pour son hommage 70’s à la Manson’s Family. Et ce qui pourrait être pris pour un blocage régressif (le temps s’est arrête il y a vingt ans) serait en fait un moyen détourné pour parler plus librement du monde actuel. Ce que le fantastique a souvent permis de faire par son essence même. Malheureusement, le film est trop éclaté dans sa forme pour que cela soit véritablement évident et l’esbrouffe reprend constamment le dessus, à l’image de ces triple split-screens rappelant un autre prestidigitateur pelliculaire inspiré, Brian dePalma.

Pour finir plus prosaïquement, le film est raté également parce que le méchant lui-même est raté. J’ai rarement vu un psychopathe aussi peu inquiétant que cet Otis ridicule dans ses diatribes hallucinées. C’est sans doute pour nous faire comprendre qu’il est fou que Zombie l’a fait aussi con. Ben c’est réussi, il est vraiment débile au-delà de tout et c’est pas son maquillage blafard foireux et ses cheveux blancs qui le rattrappent. Heureusement pour l’équilibre de l’histoire, l’héroïne est encore moins attachante que lui. D’ailleurs à la fin elle y passe et c’est bien fait pour sa gueule, c’est pas moi qui m’en plaindrai. Mais pour savoir à quel niveau se place Zombie (commentateur avisé du délitement de sa société venant convoquer les figures réelles et imaginaires du mal qu’elle a accouché pour nous le faire voir, un peu à la manière d’un Marylin Manson, ou simple B-artisan un peu doué et sensiblement crétin) il faudra se mater The Devil’s Rejects, son second film. Et si l’on en croit la critique faite dans ces pages, il semble heureusement que ce soit la première solution qui l’emporte.

René Gateau | 19.10.2006 | Hors-Asie
USA | 2003 | Un film de Rob Zombie | Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels, Jennifer Jostyn, Rainn Wilson, Walton Goggins, Tom Towles, Matthew McGrory, Robert Allen Mukes, Dennis Fimple
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