House of the Dead

Il y a eu Resident Evil, il y aura Silent Hill, Alone in the Dark et probablement Project Zero ; l’excellent Nocturne a malheureusement été ignoré dans cette vague d’adaptations de jeux vidéos et pourtant certains titres horrifiques sont, de façon improbable, passés à la moulinette du portage sur grand écran. Comme House of the Dead par exemple.

Pas besoin de vous faire un dessin je pense ; la principale difficulté à laquelle est confronté ce type de projet est la perte de l’interactivité, source de l’implication du joueur dans l’univers vidéoludique. Pour certains jeux, le formatage sur pellicule permet de conserver intacte une ambiance, de restituer un point de vue, de décliner protagonistes et autres ennemis si ce n’est charismatiques, au moins emblématiques. Mais qu’en est-il lorsque cette transition s’opère à partir d’un jeu de tir, d’origine optimisé pour l’utilisation d’un "light gun" ? Quand par conséquent il n’y a rien à d’autre à retranscrire qu’une frénésie de la gâchette, dont le héros est bien souvent invisible puisque c’est vous ? On pourrait bien sûr imaginer un happening délirant, portage de Captain Power sur un écran cathodique géant face auquel des centaines de spectateurs brandiraient leurs armes-vaisseaux interactives. Mais nous, contrairement à Uwe Boll, sommes des êtres raisonnables.

Dans l’espoir de livrer une introduction à la trilogie de Sega [1], Uwe Boll situe l’action de son film sur une île au large de la Floride, sur laquelle se déroule une rave party d’ailleurs sponsorisée par le développeur/éditeur lui-même. Une floppée d’adolescents décérébrés - d’ailleurs présentés comme tels par le narrateur du film ! - loupent la navette censée les amener sur l’île de toutes les débauches. La chair à zombie annoncée (toujours par un narrateur décidemment peu avide de suspense) se paye les services d’un contrebandier local, le capitaine Kirk (Jürgen Prochnow), pour ne pas rater la fête. Comment pourraient-ils savoir que, sur "l’île de la mort" au nom peu évocateur, sévissent zombies et autres créatures aux tissus réanimés ?

En l’espace d’un quart d’heure, House of the Dead vous propose de faire la connaissance de ses caricaturaux protagonistes, descendus en flèche en voix-off ("She’s only eye candy" et autres "He’s got the looks, but not much between the ears"), d’anticiper leur mort, de dénuder de nombreuses et généreuses poitrines, de faire violemment vomir l’un de nos "héros" sur sa petite amie bimbo, d’admirer un ventre déchiré à mains nues... on serait tenté de dire qu’Uwe Boll grille ainsi toute ses cartouches, même si ce faisant, il s’attire la sympathie de tout fan de films d’horreurs qui se respecte. Et bien non. Ou encore si. Car en réalité, House of the Dead est un cas difficile à traiter.

Certes le gimmick consistant à utiliser des séquences du jeu-vidéo en guise de transitions peut paraître aussi laid qu’insupportable. Les dialogues sont lamentables, le scénario digne d’une production Europa Corp, et la maison du titre n’est qu’une petite bâtisse délabrée. Le gore est hautement synthétique et l’on se demande pourquoi Jürgen a accepté d’affronter une horde de morts-vivants particulièrement véloces.

Mais bon voilà. La réalisation est excellente, dynamique sans être frénétique. Le second degré est un parti pris pleinement assumé ; les acteurs d’ailleurs en sont une parfaite représentation, et notamment mesdemoiselles Alicia (Ona Grauer) et Liberty (Kira Clavell), tour à tour demeurées, décoratives, et redoutables combattantes. La parenté avec le jeu d’origine est respectée, avec la déclinaison de certaines de ses figures imposées que ce soit dans le bestiaire d’ennemis, la représentation de la mort d’un participant, ou même l’entrée en scène d’un nouveau joueur lorsque le précédent est à court de munitions. Les effets spéciaux sont utilisés en grande pompe, le bullet time trouvant bon nombre de déclinaisons surréalistes au cours de l’excellente bataille rangée qui constitue le cœur du film, ou de l’affrontement final au sabre. Les têtes éclatent à foison, les demoiselles posent et s’exposent allégrement, les références et private-jokes sont innombrables ("Here’s the U-boat captain" à propos de Prochnow par exemple), la musique est éreintante et c’est agréable. On rigole, il y a à boire et à manger, et bon nombre de plaisirs coupables à consommer. Il y a même des zombies aquatiques (un hommage à Lucio Fulci ?), qui se font descendre sous l’eau à la Saving Private Ryan. Un vrai délire de seconde zone, quoi, comme on n’en avait plus vu en salles depuis The Convent.

House of the Dead est donc une espèce de rave party horrifique : répréhensible mais parfaitement jouissive. La comparaison avec The Convent n’est pas fortuite : Uwe Boll (qui termine actuellement Alone in the Dark avec Christian Slater, en attendant d’adapter Blood Rayne) s’impose ici comme une espèce de Mike Mendez rigolard et profiteur, ostensiblement contemporain, plus orienté Digital que Débrouille, et Jürgen Prochnow n’est autre que son Adrienne Barbeau d’un jour. House of the Dead est con, bourrin, répétitif et sur-stylisé, mais réellement divertissant. Alors qu’il soit universellement reconnu comme bon ou mauvais finalement, peu importe, non ? Tant qu’il y aura des zombies et autant de plaisir...

Akatomy | 28.01.2004 | Hors-Asie

House of the Dead est disponible en DVD zone 1, et devrait sortir sur les écrans français dans le courant de l’année 2004. Je parie sur une sortie en juin ou en juillet, accompagnée de critiques désastreuses. Mais dans quelques années, nous en reparlerons !

[1(hors-arcade) Premier opus sur Sega Saturn et PC, second opus sur Dreamcast et PC, troisième opus exclusivement sur Xbox.

USA | 2003 | Un film de Uwe Boll | Avec Jonathan Cherry, Tyron Leitso, Clint Howard, Ona Grauer, Ellie Cornell, Will Sanderson, Enuka Okuma, Kira Clavell, Sonya Salomaa, Jürgen Prochnow, David Palffy, Erica Durance
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