I.D.

Un homme dans la foule.

Charu a le privilège d’habiter en collocation avec des amies dans le centre de Bombay, la capitale économique de l’Inde. Sa vie est sur le point de prendre son envol : elle doit passer un entretien d’embauche avec une filiale de la multinationale informatique indienne Infosys. À la veille de ce rendez-vous, sa vie de privilégiée est bouleversée par la syncope d’un travailleur journalier venu repeindre un mur dans l’appartement. Dans l’impossibilité de le ranimer, elle l’emmène en taxi à l’hôpital où il décèdera. Malgré le peu d’éléments à sa disposition pour retrouver sa famille - le marchand de sueur qui a embauché ce peintre et le téléphone mobile de la victime - Charu se lance à sa recherche dans la mégalopole indienne.

Évacuons rapidement ce qui a un peu gâché mon plaisir : la décision du réalisateur de maintenir artificiellement son film sous tension pendant toute sa durée, me forçant ainsi la main. Même si on peut comprendre son souhait de placer le spectateur dans la même situation psychologique que son personnage.

La recherche de Charu, qui la conduit des quartiers chics aux taudis les plus sordides de la banlieue de la ville, sert de prétexte pour montrer comment, même si les différentes classes se côtoient, elles restent étrangères l’une à l’autre. Charu est la seule à vouloir réellement trouver la famille du décédé. Tous - ses amis aisés et son père - lui recommandent de ne pas s’en occuper. Sous entendu, la mort d’un journalier ne pèse pas lourd dans la balance en regard des ennuis qu’elle pourrait en récolter.

Après avoir épuisé les pistes les plus évidentes pour retrouver la trace de la famille, elle est contrainte de sortir de sa zone de confort du centre de Bombay pour aller au contact. Son iPhone, symbole de son appartenance à la classe aisée, mais aussi nec plus ultra de la technologie, ne lui est que d’une aide toute relative dans sa recherche. Il ne lui sert qu’à montrer la photo du cadavre prise à la morgue. Dans I.D., il semble y avoir deux sortes de gens : ceux aisés qui possèdent un iPhone et les autres, possesseurs d’un Nokia.

Si l’homme sans nom a un visage, ce n’est qu’un parmi une multitude. Lors des tentatives de Charu pour retrouver des personnes qui le connaîtraient dans les lieux de la ville où les journaliers vendent leur force de travail, nombreux sont ceux qui croient à tort le reconnaître. Il est interchangeable car Kamal K.M raconte l’histoire de ces milliers d’anonymes quittant leur région natale pour venir gagner leur vie dans la trépidante capitale de l’Etat du Maharashtra. La plongée très réaliste qu’il nous offre dans les différents quartiers de la cité est l’un des points forts de ce premier film.

Et si l’iPhone de Charu ne rejoint pas les poubelles de l’Histoire chères à Trotsky, il s’enfonce, sans espoir d’être récupéré, dans la fange qu’est devenue une rivière bordant le bidonville. Gadget technologique de nanti qui a démontré son inutilité. Signe de son échec (et déchéance technologique), Charu se retrouve en possession du Nokia très bas de gamme du journalier, qui ne lui sert à rien non plus.

I.D. a été présenté lors de l’édition 2012 du Festival des 3 Continents (Nantes), en compétition officielle.

aka ID | Inde | 2012 | Un film de Kamal K.M | Avec Geetanjali Thapa, Murari Kumar, Shashi Sharma, Bachan Pachera, Anita Mahajan
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