I don’t want to sleep alone

C’est beau une ville la nuit.

Le spectateur habitué aux précédentes réalisations de Tsai Ming-liang ne se sentira pas seul dans I don’t want to sleep alone, les idiosyncrasies du réalisateur taiwanais lui tiendront une nouvelle fois compagnie. Pourtant, le réalisateur taiwanais a changé et ses personnages font preuve de tendresse les uns envers les autres. Le retour dans sa mère patrie, la Malaisie, pour tourner ce film explique peut-être cela.

I don’t want to sleep alone raconte l’histoire d’un matelas [1], de ceux qui y dorment et y font l’amour, charnellement ou platoniquement. Rossé par des voyous, Hsiao-kang, le personnage central joué par le toujours aussi mutique Lee Khan-sheng, est abandonné inconscient dans la rue. Des travailleurs immigrés le ramassent après avoir fait de même pour un matelas abandonné. Dans leur squat, Rawang va materner un Hsiao-kang secoué : le panser, le laver, le faire manger... Sa situation se rapproche de celle du fils de la propriétaire d’un snack, qui est plongé dans un état catatonique. Les deux hommes partagent également une ressemblance physique. De son logement sous les combles, une jeune femme, Chyi peut observer ce qui se trame dans la chambre du malade, à qui elle sert d’infirmière quand elle ne travaille pas au snack. Rawang, Chyi et sa patronne vont chercher à s’attirer les faveurs de Hsiao-kang.

Le réalisateur taiwanais confirme sa place de grand poète urbain du cinéma. Tsai Ming-liang nous hypnotise avec ses plans séquences nocturnes splendidement cadrés. Il sublime des lieux pour le moins prosaïques : squat, rue de bas quartier, immeubles en construction... où vivent ses personnages. Tsai Ming-liang a braqué sa caméra sur les classes les plus défavorisées, victimes de la crise asiatique de la fin des années 1990 provoquée par un développement économique sauvage. Il nous livre son film le plus explicitement politique.

I don’t want to sleep alone s’ouvre ainsi sur Hsiao-kang lorgnant un plat qu’un chef est en train de préparer. Les personnages de Tsai sont des solitaires en manque, ici de nourritures terrestres, mais plus généralement d’amour. Abandonnés des dieux et de leurs semblables, comme le sont les immeubles jamais terminés ou en déshérences qui servent de décors au film.

Principale bonne surprise du film, Tsai Ming-liang pallie au défaut, qui après La Rivière, m’avait éloigné un temps de son cinéma, une trop grande sécheresse qui venait s’ajouter à un style exigeant. Dans I don’t want to sleep alone, le désir à fleur de peau suinte à travers l’écran, pour parfois exploser dans une étreinte furtive. Passage désormais obligé, Tsai nous offre une splendide scène de masturbation, Hsiao-kang faisant jouir la patronne du snack dans une demi-pénombre. Mais plus important, il laisse aussi la voie à l’expression physique de véritables sentiments, même si rien n’est jamais simple chez le réalisateur taiwanais. La pluie de The Hole a été remplacée par la fumée provenant d’incendies géants en Indonésie, qui plongent Kuala Lumpur dans une atmosphère de fin du monde. Hsiao-kang et la barmaid/infirmière éprouvent bien des difficultés à faire l’amour, embarassés par un masque de protection. La société contemporaine n’a pas perdu, loin de là, son caractère aliénant, mais un espoir subsiste.

Présenté lors de la 9ème édition du Festival asiatique du film de Deauville, I don’t want to sleep alone est prévu sur nos écrans pour le 6 juin 2007.

[1Ce matelas fait référence à celui qui servit de pièce à conviction dans le procés d’Anwar Ibrahim, vice-Premier ministre et ministre des Finance de la Malaisie, qui faisait de l’ombre à l’inamovible Premier ministre, Mahathir Mohamad. Celui-ci aurait monté une cabale, Anwar Ibrahim s’est ainsi vu accuser de corruption et d’actes de sodomie, pratique fermement prohibée par l’Islam, pour être finalement condamné à 6 ans de prison.

aka Hei yan quan | Taiwan | 2006 | Un film de Tsai Ming-liang | Avec Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Norman Atun, Pearlly Chua
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