I Not Stupid

La cité état est plus célèbre pour la sévérité de ses lois que par son cinéma, cinéma qui se veut en outre à cette occasion critique. I Not Stupid, réalisé par Jack Neo, est en outre un des grands succès commercials singapouriens de ces dernières années. Son retentissement a même été tel, que le gouvernement singapourien a envisagé des changements dans le système éducatif.

Au coeur du film se trouvent trois élèves d’école primaire : Kok Pin, Boon Hok et Terry, dont les performances scolaires les relèguent déjà à l’arrière ban de la société. Heureusement, comme certains d’entre-vous je l’espère, ces garnements rencontreront sur leur chemin une institutrice qui croira en eux...

En effet, si en France l’impitoyable sélection scolaire est effectuée par les mathématiques, à Singapour il faut ajouter l’anglais, mais la comparaison s’arrête là. Au pays de Molière, le cancre a parfois une certaine aura ; à Singapour, il est victime d’un véritable ostracisme. Non seulement de la part des autres élèves, mais également de la société. Quant à la pression que ces mauvais élèves subissent de la part de leurs familles... Le réalisateur donne le ton dès l’ouverture du film, les premières images montrant en effet l’école de nos trois héros au travers de fils de fer barbelés.

Le réalisateur critique cette sélection uniforme qui ne prend pas en compte les autres qualités de ces jeunes, qui ne leur permet pas de développer leur identité finalement.

L’ambition de Jack Neo est plus vaste que celle d’une critique du système scolaire de la cité-état. Au travers de ces enfants, qui appartiennent à des milieux différents, et de leurs familles, il nous livre une vision de la société de Singapour et plus particulièrement de sa majorité chinoise. Une vision qui à la lumière du succès remporté a touché une corde sensible.

Si le système scolaire ne permet pas aux élèves de valoriser et développer leur identité, le système économique de Singapour, tel que décrit dans le film au travers du fonctionnement de l’agence de publicité, ne semble pas devoir laisser suffisamment d’espace pour que puisse se développer une identité singapourienne.

Les créatifs récriminent ainsi de se voir brider dans leur usage du singlish. Création pourtant typiquement singapourienne s’il en est. Par ailleurs, quant une idée est
présentée par un expatrié, elle est forcément meilleure que celle avancée par un local...

La relation que le gouvernement de Singapour entretient avec ses concitoyens est illustrée par la relation entre Terry et sa mère. Une mère trop protectrice, qui est finalement castratrice.

I Not Stupid, comédie familiale, touche sa limite dans la dernière partie. Celle-ci s’égare malheureusement dans une digression pleine de pathos. En outre, le caractère policé de Singapour semble reprendre le dessus.

Isolé à la pointe de la Malaisie, à majorité chinoise, mais melting pot de plusieurs nationalités, Singapour reste toujours à la recherche de son identité.

(A Gervaise...)

I Not Stupid, diffusé en avril dernier dans le cadre des premières Rencontres du cinéma asiatique de Paris, est notamment disponible en DVD HK.

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