Iden & Tity

"How does it feel to be on your own ?" -Bob Dylan

Au milieu des années 80, le Japon connaît un engouement populaire pour ses groupes de rock ; ce band boom sera malheureusement la porte ouverte à des dérives artistiques autodestructrices... Catapultés sur le devant de la scène grâce à un hit inopiné -Akuma to doraibu- Nakajima et son groupe Speed Way, cherchent à ne pas « se perdre » dans cette notoriété soudaine... mais rapidement, écrasés pas un système surpuissant qui les empêche d’aller là où ils veulent musicalement parlant, l’avenir du groupe semble compromis. Les altercations quotidiennes entre Johnny son chanteur, et Nakajima, leader-songwriter-guitariste qui ne veut pas se compromettre, sont de plus en plus fréquentes ; tandis que l’un a une image du rock très "sex, loud and leather", l’autre cherche à y intégrer une réelle sensibilité artistique. De plus en plus mal perçus par leur maison de disque, les Speed Way précédés par le franc parlé de Nakajima se retrouvent face à des portes closes...

Tomorowo Taguchi... si vous êtes familier du cinéma nippon du milieu des années 80 à nos jours, ce nom doit avoir une certaine résonance dans vos esprits ; acteur ultra-prolifique dans pas moins de cent quarante-quatre films recensés à ce jour, de Zokubutsu Zukan (1982) à Mask de 41 (2004), il est une figure emblématique et incontournable du 7ème Art japonais. Artiste multi-facettes, oeuvrant aussi bien dans la musique (Bachikaburi) que dans le théâtre expérimental ou le dessin, Taguchi passe donc derrière la caméra avec Iden & Tity, adaptation du manga éponyme de Jun Miura, son compagnon de route depuis l’université, scénarisée par l’auteur le plus "in" du moment, l’éclectique Kankurô Kudô, acteur, musicien, écrivain, responsable des scripts de Ping Pong, Go, Kisarazu Cat’s Eye, et autre Ikebukuro West Gate Park...

...comment rester soi ? c’est la question que pose Iden & Tity à travers le destin d’un petit groupe de rock indépendant perdu au beau milieu d’une époque bénie... et dévastatrice. Quelle identité pour ces musiciens que l’on considère comme étant en dehors de la norme, donc de la société ? Nakajima est en proie à des peurs concrètes, qui lui sont renvoyées par le regard des autres, le regard de ceux qui ne croient pas en lui, ou tout du moins, ne lui montrent pas, parents, amis, "fans"... Enfermé dans ce monde qui n’est pas le sien, contraint à la création instantanée d’un hit ("fais une chanson bonne pour les karaoke !"), il se replie sur lui-même et trouve sur son chemin un guide... Ce guide, qu’il prend pour Bob Dylan -mais peut-être l’est-il vraiment..., ressemble à un ami imaginaire ; un être que lui seul est capable (a envie ?) de voir, qui lui donnera de précieux conseils de manière sporadique mais toujours au bon moment. Ange gardien, ami fantasmé, "Dylan" va le conforter dans ses choix artistiques, et dans son désir d’indépendance vis-à-vis du système, ce désir profond de rester vrai, ou plutôt de rester lui-même, sans compromission possible...

Petit à petit, Nakajima va se rendre compte que "Dylan" n’est pas le seul à croire en ses choix ; sa petite amie (qui est sa source d’inspiration principale), les autres membres du groupe, ses parents -même si son père n’ose l’avouer par fierté- vont lui témoigner leur respect vis-à-vis de sa conception de la vie...

..."on ne peut pas avoir d’identité dans un pays qui n’en a pas"... au-delà du fait de poser la question de ce que représente le désir de ne pas se compromettre en gardant son intégrité, Iden & Tity pose un regard assez désenchanté sur l’empire du soleil levant (en l’occurrence, ce regard est valable à peu près dans le Monde entier) , à travers sa société du spectacle et ses dérives commerciales castrant toute créativité... Le film s’ouvre sur des témoignages de personnalités de la scène musicale nippone, de Jun Miura à Michirô Endo -des mythiques Stalin- en passant par Mayutan, Panta, ou le très glam Rolly (cf. Jisatsu Circle), qui donnent une impression de lassitude par rapport à leur pays et plus particulièrement sur cette période des 80’s qui vit la mort de nombreux groupes nés dans les années soixante-dix. Ce regard, porté sans la moindre illusion quant au devenir de la scène musicale japonaise, teinte le film de Taguchi d’un certain pessimisme que l’on a bien du mal à se sortir de l’esprit... et même si ses héros ne peuvent que nous émouvoir, leur combat contre des moulins à vent semble vain, aussi noble soit-il... Nakajima est un vrai héros ; seul contre tous, il se révolte face à un public qui n’est pas acquis ; un an après leur carton dans les hit-parades du pays, les Speed Way sont les invités d’une drôle d’émission en direct qui a pour vocation de faire découvrir au jeune public les groupe d’ "antan"... profitant de cette tribune ouverte inopinée, (Taguchi à travers) Nakajima improvise une "chanson" virulente où il déverse tout ce qu’il pense des pseudos rockers qui sont en tête des charts, traitant son auditoire d’abrutis et d’hypocrites...

...emmené par un Kazunobu Mineta (ex-guitariste/chanteur de Going Steady) tout bonnement impressionnant dans le rôle de Nakajima, Iden & Tity possède sans aucun doute le casting le plus in de la planète ; des Speed Way, où l’on retrouve l’excellent acteur de kabuki Shidou Nakamura (Ping Pong), Nao Ômori (Vibrator) et Magy (de Jovi Jova), à la troublante Kumiko Asô (Stereo Furure), sans compter des guests aussi nombreux et talentueux que l’immense Kan Mikami, le toujours très hype Tadanobu Asano, l’inénarrable Ren Ôsugi, Pierre Taki (ex-Denki Groove), Kôji Ishikawa, et j’en passe... ah non, j’oubliais une mention toute particulière pour Yôji Tanaka en Mick Jagger : sans commentaire !

La bande-son du film fait la part belle au rock sans fioriture des Speed Way (les comédiens ont enregistré eux-mêmes les chansons du film), une musique spontanée et authentique. Quant au "reste", ce n’est ni plus ni moins que l’œuvre du génial Yoshihide Otomo -"génial", car les superlatifs me manquent pour décrire l’un des plus grands musiciens de tous les temps !.

Emouvant, drôle et teinté d’une mélancolie certaine, Iden & Tity prouve avant tout que l’important est de vivre ses rêves, ou tout du moins de tout faire pour y parvenir sans se perdre en route... Taguchi montre ici son amour inconsidéré pour la musique et pour des êtres habités par leur passion dans un premier film beau et touchant, destiné à tous ceux qui ont soif de vivre leur rêves... Keep on rockin’, Tomorowo !

Kuro | 26.09.2004 | Japon

DVD (Japon) | Tohokushinsha Film Corporation | NTSC - Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Un pressage sans le moindre défaut qui fait ressortir à merveille le grain de la pellicule. | Son : Une stéréo PCM digne du meilleur CD. | Suppléments : Un 2ème disque qui contient 114 minutes de trailers, spots TV, un excellent making of, des interviews, et un morceau de choix qui consiste en un concert des Speed Way au Shibuya-Ax !

Ce DVD contient des sous-titres anglais optionnels !

Existe également en édition limitée, dans un box qui contient un t-shirt, un sac, les partitions des Speed Way ainsi qu’un badge... wahou !!!

Site Officiel : http://www.iden-tity.com

aka Aiden & Titi | Japon | 2003 | Un film de Tomorowo Taguchi | D’après le manga de Jun Miura | Avec Kazunobu Mineta, Kumiko Asô, Shidou Nakamura, Nao Ômori, Magy, Shirou Kishibe, Kinya Kotani, Razu Burezâ, Kami Hiraiwa, Asako Kobayashi, Yûjin Nomura, Ren Murakami, Takejou Aki, Yutaka Natsuki, Kan Mikami, Sansei Shiomi, Ren Ôsugi, Pierre Taki, Yôji Tanaka, Ryûshi Mizukami, Nobuo Ôkubo, Shinya Tamai, Shougo Nakayama, Tadanobu Asano, Jun Murakami, Shinji Wajima, Kenichi Suzuki, Masuhiro Gotou, Jin Wakutari, Tomoaki Shinagawa, Akihiro “Acky” Sasaki, Kataru, Atsushi, Shûhei Kii, Haruka Nishimoto, Ryôko Matsui, Ken Ueda, Jun Miura, Shin Kurosawa, Michirô Endô, Panta, Kôji Ishikawa, Naoko Takeyama, Mayutan, Rolly...
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