Ikiteru Uchi ga Hana Nano yo, Shindara Soremade yo Tô Sengen

Une femme en quête de vie(s)...

Barbara, danseuse/stripteaseuse itinérante, rentre chez elle à Nagoya après une longue absence. Elle habite au dessus du bar Nami no ue, dans un quartier dont les habitants viennent principalement d’Okinawa. Dès son retour, Barbara est confrontée à des problèmes qui lui échappent ; son frère et deux de ses amis ont pris un de leurs professeurs en otage afin de lui extorquer de l’argent pour pouvoir partir en voyage scolaire... Miyazato, l’homme qui partage la vie de Barbara est là, mais pas Aiko, sa meilleure amie, qui devait pourtant l’attendre. Miyazato, yakuza et ouvrier journalier dans une centrale nucléaire, apprend à Barbara que Aiko fût contrainte de se prostituer pour les ouvriers de la centrale, et qu’il l’aida à s’échapper de cet enfer... Aiko est depuis repartie pour Mihama [1] (centre du Japon). Sans même réfléchir un seul instant, Barbara décide de partir retrouver son amie.

Aiko est retournée à Mihama pour retrouver celui qu’elle aime, Yasuji, mais il serait mort dans un accident... En fait, Yasuji a été irradié par accident alors qu’il travaillait dans la centrale. Traqué, il est dissimulé par sa bien aimée qui fait croire à sa mort, allant jusqu’à le cacher avec une réserve d’oxygène dans une tombe ! Seule avec Barbara, elle exhume l’ enterré vivant avant de l’épouser au beau milieu du cimetière. Mais leur bonheur ne dure pas. Yasuji et Aiko sont assassinés. Barbara rencontre alors Maria, une jeune philippine également contrainte de se prostituer. Barbara l’emmène avec elle à Nagoya, mais les yakuza les poursuivent...

...avec son titre à rallonge et somme toute assez énigmatique, Ikiteru Uchi ga Hana Nano yo, Shindara Soremade yo Tô Sengen, qui signifie en gros « déclaration : ce que l’on vit est magnifique, lorsque l’on meurt tout est fini », se cache le dix-septième long-métrage réalisé par Azuma Morisaki (Kuroki Tarô no Ai to Bôken), produit sous l’égide de la mythique ATG -Art Theatre Guild- en 1985. Au-delà du simple road-movie, il nous dépeint le parcours d’une femme à travers les épreuves d’une vie mouvementée...

Une icône. Barbara est une icône malgré elle. Elle représente à elle seule la Femme dans toute sa splendeur ; une femme libre comme l’air qui a simplement choisi son style de vie aussi mal perçu soit-il, dans une société ouvertement misogyne. Au-delà du destin d’une femme, Ikiteru... nous entraîne dans le voyage entrepris par son héroïne, voyage aux allures de virée poétique, un voyage introspectif et géographique, une tranche de vie qui, aussi éprouvante soit-elle, ne sera finalement qu’une étape de plus dans la tumultueuse existence de cette jeune femme en quête d’humanité... une recherche d’amour et de bonheur purement altruiste ; Barbara ne trouve son bien-être que dans celui de ceux qu’elle aime.

Ikiteru... est un film étrange. Un film différent, assurément... mais différent en quoi ? L’atmosphère qui s’en dégage, entre onirisme et réalisme, passant d’un personnage à un autre sans réellement s’attarder sur l’un d’entre eux... La mise en scène hautement métaphorique d’Azuma Morisaki confère une sorte de surréalisme à un film et à des personnages pourtant ancrés dans une réalité évidente, effrayante, attirante...mais la violence qui les entoure et l’ombre de la mort qui plane au-dessus d’eux, les rend rêveurs ; ces personnages irréels côtoient une dure réalité qui rendrait fou n’importe qui... leurs repères sont perturbés, eux qui n’ont rien demandé à personne, se retrouvent mêlés à d’étranges complots qui impliquent politique, pouvoir, corruption, prostitution, meurtre... de la bluette nous contant les péripéties d’une danseuse, au pamphlet dénonçant le pouvoir en place face à ses responsabilités il n’y a qu’un pas, que franchit allègrement Morisaki.

...il paraît évident que confier le rôle a une autre actrice que Mitsuko Baishô (Crazy Family) n’était pas envisageable ; belle, sublime, magnifique, les adjectifs pour qualifier la comédienne nippone ne semblent pouvoir tarir tant sa beauté n’a d’égal que son charisme. Mitsuko est Barbara, et Barbara est Mitsuko, une femme désireuse de vivre pleinement sa vie et de profiter chaque instant des êtres qu’elle aime, et de l’instant présent. Fable humaine et populaire (la musique composée par l’inénarrable Ryûdô Uzaki, mêle d’ailleurs allègrement les genres musicaux les plus populaires du Japon, du enka à la pop) qui transporte le spectateur dans la tranche de vie d’une femme altruiste qui croque son destin à pleines dents, sans se soucier du lendemain. A l’image de son héroïne, une femme « normale » et exceptionnelle à la fois, Ikiteru... s’impose comme un « grand petit film »... indispensable.

Kuro | 21.09.2004 | Japon

Existe en VHS (NTSC) chez Tôei Video au Japon.

[1Un accident s’est produit le 9 août dernier dans la centrale nucléaire de Mihama ; accident qui fit cinq morts parmi les employés...

aka Nuclear Gypsies | Japon | 1985 | Un film de Azuma Morisaki | Avec Mitsuko Baishô, Yoshio Harada, Mitsuru Hirata, Shigeru Izumiya, Tatsuo Umemiya, Yoshie Uehara, Takahiro Kataishi, Toshie Kobayashi, Tonpei Hidari, Nenji Kobayashi, Taiji Tonoyama, Kôju Ran
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