Intimate Confessions of a Chinese Courtesan

Au programme sang, neige et vengeance.

La neige tombe à gros flocons sur la ville. Elle entre par le toit d’une demeure pour recouvrir un corps ensanglanté. Les servants découvrent le cadavre de leur maître et certifient au jeune policier Ji, que la dernière personne à avoir vu la victime vivante est la courtisane que l’on nomme Ainu.

Deux ans auparavant, une étrange caravane de voyageurs arrive devant une maison close. A l’intérieur de grandes malles, sont enfermées des jeunes filles. Parmi elles, une certaine Ainu qui selon les dires du chef de cette bande de kidnappeurs, fut difficile à attraper. D’emblée Lady Chun se sent attirée par cette paysanne rebelle qui même les mains liées et entourée d’hommes solides, cherche à s’échapper.

Beaucoup plus résistante que prévue, Ainu impressionne la maîtresse des lieux, Chun. Pourtant cette dernière donne l’ordre à ses serviteurs de fouetter la jeune donzelle. Le dos en sang, Ainu reçoit la visite de deux personnes. Tout d’abord sa tortionnaire qui lui avoue ressentir de l’amour pour elle. Puis de Junzi, serviteur muet qui la soigne.

La rébellion d’Ainu ne fait qu’augmenter quand elle est donnée en pâture aux quatre notables de la ville qui la violent chacun leur tour, en usant de drogues ou de bondage. Ainu, souillée, n’en démord pas et campe sur ses positions, qui maintenant ont évolué vers quelque chose de plus funeste.

Devant le refus de s’alimenter - et donc de se plier à la loi de sa ravisseuse - dont fait preuve Ainu, Junzi, maintenant bavard, lui raconte qu’il lui rappelle son amour de jeunesse, violée par son père et pour laquelle il n’avait pas eu le courage d’intervenir. Aujourd’hui, le courage il l’a et n’a pas de mal à la convaincre : ce soir ils s’enfuiront ensemble.

Mais Lady Chun et Bao Ju, son bras droit, ne l’entendent pas de cette oreille. Aussi c’est un combat à mort qui s’engage, dont l’issue est fatale à Junzi. Néanmoins ce dernier arrache à Ainu une ultime promesse, avant de mourir : celle de se venger !!

Deux ans passent, Chun est tombée éperdument amoureuse d’Ainu. Son amour aveugle la pousse à lui enseigner les arts martiaux, au grand dam de Bao Ju, amoureux éconduit par Chun. Devenue maîtresse de ses charmes et en kung fu, Ainu met en marche sa terrible engeance. Elle tue l’un des notables violeurs. Le policier Ji mettra tout en œuvre pour protéger les clients du bordel, assassinés les uns après les autres, avant de se rendre compte que les victimes sont des innocents aux mains sales, très sales...

"Les prostituées n’ont pas d’histoires. Soit elles sont forcées, soit elles sont volontaires." - Un policier.

Au programme donc une vengeance implacable, qui prendra le temps qu’il faudra, une vengeance comme Edmond Dantès en avait le secret. Le point de départ du film est ce kidnapping infâme et sans scrupules de jeunes filles, qui ont le choix entre souffrir ou devenir courtisanes (ce qui équivaut à souffrir de toute façon !!). Ainu prend son mal en patience et emploie toute sa féminité à convaincre ses clients, ainsi que sa propriétaire et amante. Maintenant pleine de mièvreries et de moues de visage digne des meilleures pièces de Jean Lefebvre, et du savoir transmis par Chun, Ainu se transforme une nouvelle fois pour devenir l’ange de la vengeance. Mais cet ange est différent d’une Shurayuki Hime (réalisé l’année suivante ; attention pas de polémique même si certains éléments se retrouvent dans le chef d’œuvre japonais !!), car il est bien conscient de ne pas être un instrument du destin, mais un bras de justice dans une manche de soie. Et c’est justement ce point là qui la différencie encore plus. Ainu aime être vêtue de la sorte (le générique au ralenti en est la preuve), avoir à son service des servantes, posséder cet ascendant sur les hommes et les femmes.

L’un des dernier films de Lily Ho avant qu’elle ne se retire, Ainu est sans nul doute le fleuron de sa carrière - d’ailleurs pas si riche que cela et c’est un scandale. Héroïne de The Warlord aux côtés de Michael Hui, elle apparaît la même année dans le mythique The Water Margin. Lily Ho est somme toute sublime, et devient tour à tour sournoise, capricieuse, séduisante et meurtrière. Elle est incroyable, faisant parfois de l’ombre à la constellation Meiko Kaji.

Ainu est le premier film pour Betty Pei Ting, actrice d’origine taiwanaise. Elle aussi a connu une carrière courte puisque sa dernière apparition n’intervient que 6 ans après ses débuts. Sa participation au Jeu de la Mort lui permit d’être interviewée dans le documentaire américain sur la mort de Bruce Lee. Pour elle aussi, ce film est le fleuron de sa filmographie, à moins que vous ne preniez le film érotique I Love You Bruce Lee pour un chef d’œuvre. Quoique Danny Lee torse nu qui endosse le rôle de Bruce Lee, ça doit pas être si mal que ça.

C’est un Yuen Hua dont le passe-temps favori est d’apparaître par le haut du cadre, qui nous fait les honneurs de sa présence. Incarnant pour la deuxième année consécutive, un rôle de policier sous la direction de Chu Yuan, le héros du Lizard reste ce coup-ci en léger retrait. De toute manière même s’il l’avait voulu, la beauté froide des deux héroïnes l’aurait vite éclipsé.

C’est un contrebandier de marque interprété par Fan Mei-Sheng, impressionnant dans Kidnap, qui livre la revancharde Ainu à Lady Chun.

Ainu est un film brillant, dont les cadrages sont conçus de façon picturale. Les travellings sous la neige, les chorégraphies, le sang qui gicle dans tous les sens, tout cela est magnifiquement mis en scène par un Chu Yuan (l’homme au plus de 120 films) frappé par la grâce de Dieu. Dommage que ces zooms viennent gâchés de si jolis plans.

Mais dieu qu’il est beau cet habit blanc souillé de sang !! Et ce léchage de dos ensanglanté, on se croirait dans Les menottes rouges (Zero no onna akai wappa / Red Handcuffs / 1975) !! Ainu fait aussi preuve d’un grand modernisme dans l’emploi d’une musique électrique, jazzy, expérimentale, agrémentée de batterie qui complète ce monument du film de vengeance.

Ainu moi je dis : Vive les bras coupés !! Et d’ailleurs comme disait le Chevalier Noir dans Holy Grail : "Just a fleshwound !!"

PS : En 1984, Chu Yuan mettra de nouveau en scène le personnage d’Ainu dans Lust from Love of a Chinese Courtesan, avec Alex Man.

Takeuchi | 11.07.2003 | Hong Kong

DVD HK (zone 3) édité par Celestial Pictures dans le cadre de la collection Shaw Brothers.
Une remasterisation à toute épreuve. Le film est présenté dans son format d’origine (2.35) et fait partie des tous derniers pressages anamorphiques (MAGNIFIQUEMENT SUBLIMES) de l’éditeur. Certains éditeurs peuvent rougir.

Au niveau du son, le mono gonflé en 5.1 est de bien meilleur facture qu’avant. C’est simplement dommage que l’éditeur s’obstine à ne pas fournir un surround, moins compliqué à faire et qui servirait plus le film que ne le fait ce 5.1. Le film est n’est proposé qu’en mandarin (langue d’origine). Les sous-titres présents sont chinois, anglais, indonésien et malais.

Suppléments : photos et affiche originale, quelques notes de productions, des bios et des filmographies sélectives et pour finir des bandes annonces. Celles d’époque et d’aujourd’hui en ce qui concerne Ainu. En plus, sont présentes sur le DVD les bandes annonces de Love Parade, Legend of the Bat (décidément ça a l’air grandiose !!), Let’s Make Laugh et The Manificent Trio.

Cerise(s) sur le gâteau , des interviews de trois réalisateurs et producteurs dont je ne connais pas les noms, pour une durée totale de 18 minutes.

aka Ainu | Hong Kong | 1972 | Un film de Chu Yuan | Avec Lily Ho, Betty Pei Ting , Yuen Hua, Fan Mei-Sheng, Tung Lin
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