Inugami

Cinéaste "reconnu" depuis son magnifique Kamikaze Taxi, Masato Harada s’attaque à un genre auquel il ne s’était jamais frotté : la fable érotico-fantastique...

Sur l’île de Shikoku, dans le village d’Omine, vivent les femmes appartenant à la famille maudite des Bonomiya, atteintes par une étrange malédiction ; elles sont condamnées à veiller sur une urne contenant l’esprit de l’Inugami, une divinité ayant l’apparence d’un chien sauvage qui une fois libérée, ravagerait tout sur son passage... Miki Bonomiya (Yuki Amami - Misty, Kuro no Tenshi 2), artisane spécialisée dans la fabrication de papier, doit succéder à sa défunte mère, Tomie Bonomiya, dans sa maudite tâche, lorsqu’un jour Akira Nutahara (Atsuro Watabe - Swallowtail Butterfly, Keizoku), un jeune professeur, s’installe dans le village. Miki et lui s’adonnent à une passion torride... Alors que la jeune femme semble s’épanouir et rajeunir, un étrange brouillard se répand dans la région...

Depuis ses débuts en 1979, Harada n’a réellement su se trouver, cinématographiquement parlant, qu’en 1994 grâce à son chef-d’œuvre Kamikaze Taxi. Depuis, il tourne peu (comparativement à certains), mais ses films sont à chaque fois des réussites, qu’il s’agisse de Bounce Ko-Gals qui a pour thème la prostitution des lycéennes, ou encore Jubaku (Spellbound) qui traite quant à lui de la corruption au sein des grands groupes financiers japonais. Univers donc totalement différent pour ce Inugami, puisqu’il s’agit d’un film fantastique qui mêle sexe et malédictions séculaires.

Dès les premières minutes de son film, Harada nous hypnotise grâce à des images sublimes et une musique envoûtante. Inugami est un film qui joue sur les ambiances ; pas de monstres ici, et, hormis quelques rares effets gores, jamais il ne tombe dans le tape à l’œil pompier et gratuit. L’Inugami est représenté à l’écran par une sorte de brouillard trouble qui se déplace à très grande vitesse, et si vous voulez une comparaison facile, les déplacements de l’esprit sont filmés à la manière de ceux que l’on trouvait dans Evil Dead (Sam Raimi). Harada préfère donc se focaliser sur ses personnages plutôt que sur l’aspect sensationnel, et il est royalement servi par des acteurs tous aussi bons les uns que les autres. D’un certain côté, Inugami peut faire penser à Onibaba (Kaneto Shindo) ; les personnages centraux sont des femmes fortes, la tension sexuelle et la mort omniprésente... Divisé en cinq chapitres, Inugami est tiré d’un roman écrit par Masako Bando ; je ne pourrais vous dire s’il suit la construction du livre, mais en tous cas il en a la structure. Au niveau de la mise en scène en elle-même, Harada utilise parfois le grand angle pour filmer des visages afin d’oppresser le spectateur, et l’avant-dernière séquence, quant à elle traitée en noir et blanc, nous plonge pendant près de dix minutes dans une ambiance étrange et totalement anachronique (mais voulue)...

Cinéaste de la même génération que Kitano, Harada prouve que le Japon est l’un des pays de la "renaissance" (s’il y avait eu une mort) du cinéma, avec des films aussi éclectiques que réussis. Inugami est tout simplement une réussite, et gageons qu’un jour il nous sera possible de découvrir les œuvres de son auteur sur grand écran, comme c’est le cas en Allemagne par exemple... En attendant, vous pouvez toujours vous délecter de ses films sur votre téléviseur...

Kuro | 22.07.2001 | Japon, Etrange Festival 2003

DVD | Kadokawa - Asmic | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Magnifiques ! L’apport du transfert anamorphique est indéniable. Des couleurs somptueuses. | Son : Un 5.1 tout en finesse qui saura faire rugir vos enceintes. | Sous-Titres optionnels japonais (...oui, dommage qu’il n’y ait pas de sous-titres anglais...). | Suppléments : 4 Trailers, 4 Spots T.V., petit film promotionnel, conférence de presse berlinoise et un Interactive Act qui vous permet de donner la réplique au choix à Yuki Amami ou à Atsuro Watabe sous forme d’un Karaoke (sans musique)... rigolo, encore faut-il savoir parler japonais...

Info : Inugami est sorti en salles au Japon le 27 Janvier 2001.

Japon | 2001 | Un film de Masato Harada | Avec Yuki Amami, Atsuro Watabe, Kazuhiro Yamaji, Kyoichi Sato, Shiho Fujimura, Eugene Harada
Le Château de l’araignée
Sanjuro
Le secret de la chambre noire
The Sex Cannon Ball Run : Entretien avec Company Matsuo
Sea Fog
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Kao
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Im Sang-soo, troisième
Mon deuxième frère
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Tomie Another Face
Hard Revenge Milly
Talking Cock
Nightmare
Metalhead
L’École du plaisir : jeux interdits
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Non si Sevizia un Paperino