Invisible Target

Tien Yeng-Seng et ses hommes attaquent un fourgon blindé à l’explosif, faisant d’une rue de Hong Kong un véritable champ de bataille. Parmi les dommages collatéraux de l’explosion, la promise de Chan Chun, flic brutal. Six mois plus tard... Les braqueurs, toujours en liberté, refont surface dans les rues de la ville. Contrôlés pour un simple excès de vitesse, ils viennent à bout des forces de l’ordre, humiliant au passage le pourtant vigoureux inspecteur Fong Yik-Wei, en lui faisant avaler des balles de pistolet. Loin de toute cette violence, Wai King-Ho est un flic modèle et délicat, qui n’hésite pas à faire du bouche à bouche aux clochards pour les réanimer. Mais son frère lui, disparu depuis des mois, est peut-être passé du statut de flic infiltré à celui de membre à part entière de la bande à Tien Yeng-Seng. Rossé par Tien alors qu’il tentait d’interroger un de ses hommes de main infidèle, Chan Chun explose et décide de rendre une visite à Wai King-Ho, seule piste potentielle vers cet adversaire omniprésent. Après avoir expulsé son dîner de poudre et de métal, Fong a la même idée...

Réalisateur irrégulier, Benny Chan tente avec Invisible Target de surfer sur la nouvelle vague du film d’action HK, boosté en 2005 par le duo Wilson Yip / Donnie Yen avec SPL. Nouvelle figure emblématique du combat scripté de l’ex-colonie, Wu Jing s’impose ici comme le pivot d’une toile d’antagonismes, humains, caractériels et professionnels, qui permet au metteur en scène de livrer un film certes imparfait, mais tout de même de très bonne facture – et certainement son plus réussi à ce jour.

Invisible Target se propose de briser les schémas classiques de l’actionner policier, délaissant l’opposition simpliste et le buddy movie pour suivre un triangle de figures plus ou moins positives, articulé autour de la toute puissance d’un ennemi commun. Du décalage de motivations – la vengeance de la mort de sa future femme pour Chan Chun, la vexation pour Fong, le travail de flic pour Wai King-Ho – découle un décalage d’implications qui donne à ce trio une géométrie variable et intéressante. La première heure du film, qui s’attache au développement de ces antagonismes multiples, est ainsi excellente, enchaînant sans le moindre temps mort les raclées infligées par le virtuose Wu Jing à tout ce petit monde. Pas question ici, de livrer un Heroic Trio urbain ; en dépit de leur association forcée, les trois héros du film restent autant d’individualités juxtaposées. Et si l’une peut venir en aide aux autres, cela se fait toujours dans une carence douloureuse, plutôt que dans une symbiose catalysée.

Incapable de se contenter de schémas basiques – cf Divergence – Benny Chan tente de donner la même résonance ou presque, aux actes des criminels menés par Tien. S’en suit un status quo narratif en guise de développement, qui suspend maladroitement le mécanisme impulsif si brillamment mis en place jusqu’alors. Les personnages s’empêtrent dans leurs émotions pour tenter de faire passer la pilule de l’enquête qui n’est qu’un jeu de piste (Tien qui cherche son argent, dérobé par le commanditaire mystérieux du braquage) dans lequel le spectateur, privé d’informations par l’ellipse initiale du film, n’a pour le coup aucune implication – et donc aucun véritable intérêt. Heureusement, la parenthèse se clôt rapidement pour reprendre la dynamique là où elle s’était arrêtée, et rejeter Chan, Fong et Wai devant les poings et les pieds de Tien. Sans être aussi nihiliste qu’un SPL, Invisible Target s’offre alors le luxe de laisser sa figure négative en haut de la pyramide martiale, et d’infliger au trio une perte certes un peu mélo, mais efficace dans sa brutalité typiquement HK appliquée à la volonté inébranlable de Wai...

Globalement, en dépit de cette perte de rythme qui rallonge le spectacle d’une demi-heure inutile, Invisible Target reste donc une excellente surprise. Benny Chan prouve qu’il a su intégrer l’approche brutale du néo-néo-polar HK [1] à l’approche plus classique de l’action à la Jackie Chan, un certain humour compris. Le film compte de superbes combats et cascades, et notamment des courses à pied improbables sur les hauteurs de la ville, filmées à l’ancienne et montrées, à chaque saut, sous plusieurs angles pour accentuer la réussite de l’équipe suicidaire. Dommage que les câbles se laissent si souvent deviner... Mais ne boudons pas notre plaisir : Nic Tse est transfiguré, Shawn Yu bestial, Jaycee Chan commence à gagner en crédibilité [2] et Wu Jing, cet animal, met comme toujours tout le monde par terre, littéralement. De fait, Invisible Target est sans aucun doute le meilleur film d’action qu’Hong Kong nous ait offert post-SPL.

Akatomy | 1er.10.2008 | Hong Kong

Invisible Target est disponible en VCD, DVD et Blu-Ray HK, tous dotés de sous-titres anglais (attention au VCD, présenté dans un format non respecté... ou comment transformer du 16/9ème en 2.35:1 !). Chez nous, le film est disponible en DVD et Blu-Ray depuis le 16 avril dernier, sous la bannière de Fox Pathé Europa.

[1Ben oui, on parlait déjà de néo-polar HK à l’époque de The Mission, alors...

[2Crédibilité depuis confirmée dans The Drummer.

Hong Kong | 2007 | Un film de Benny Chan Muk-Sing | Avec Nicholas Tse Ting-Fung, Shawn Yue, Jaycee Chan, Wu Jing, Andy On Chi-Kit, Elanne Kong Yeuk-Lam, Lam Ka-Wah, Mark Cheng Ho-Nam, Sam Lee Chan-Sam, Kenny Wong Tak-Bun, Lam Suet
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