Joint Security Area

De plus en plus, on entend des gens se plaindre de la couverture médiatique systématiquement apportée à l’annonce de la sortie du moindre film asiatique. Mais comment pourrait-il en être autrement quand, sur un intervalle de moins de deux mois, sortent sur les écrans des films tels que Kaïro, L’Ile ou encore Nowhere to Hide ? Tout ça, qui plus est, à moins d’un an de In The Mood For Love, de Aniki, Mon Frère et de Tigre et Dragon ! Alors quand nous avons la chance de pouvoir enfin voir Joint Security Area (Grand Prix du Festival Panasia de Deauville 2001, rappelons-le tout de même aux absents), et que le constat semble, une fois de plus, sans appel, j’ai juste envie de faire remarquer que la couverture est encore loin d’être suffisante. D’autant que Joint Security Area est l’un des plus grand succès du cinéma coréen, aux côtés de Shiri et de Friend (toujours en salles là-bas).
Pour information, L’Ile n’est sorti que dans deux salles, Kaïro a eu le droit à à peine plus d’écrans et à un sabordage publicitaire navrant, et Nowhere to Hide (Grand Prix du même festival l’année précédente) n’a pas réussi à attirer la curiosité de plus de 20.000 spectateurs en un mois d’exploitation. Ca vous semble suffisant à vous ? Moi pas.

Le problème n’est pas ici de dénigrer la production américaine ou européenne, juste de reconnaître la véritable valeur du cinéma asiatique actuel, qu’il soit Hong-Kongais, Japonais ou Coréen, Thaïlandais ou Vietnamien. D’aucun pensent le cinéma HK décédé depuis 1997 (ceux-là n’ont assurément jamais vu un Johnnie To/ Wai Ka Fai, un Patrick Yau ou un Gordon Chan), d’autres trouveront sûrement l’excuse d’un contexte social et/ou politique instable pour justifier une différence d’approche dans les cinémas Japonais et Coréens. Mais peu importe le contexte finalement, car un film est de toute façon toujours le résultat d’un contexte historique, qu’il soit purement économique (la majorité de la production américaine actuelle) ou autre. La différence réside dans le traitement de la situation, dans la pertinence et l’intelligence du discours.

Joint Security Area (JSA) aurait pu n’être qu’un film de "guerre froide" de plus. Mais plutôt que de se concentrer sur une escalade involontaire de conflit comme l’ont presque toujours fait les films occidentaux traitant de l’opposition USA/Russie, le Coréen Park Chan-Wuk décide de se pencher objectivement sur la situation de sa nation divisée, en acceptant le côté inévitable de l’affrontement comme étant la propre responsabilité de celle-ci. Et la démonstration n’est ni médico-légale ni spectaculaire, elle est avant tout humaine et touchante, tout en étant d’un pessimisme terrifiant.
Dans l’obscurité d’une nuit d’octobre, une cabane se dresse au bord d’un pont. Soudain, un coup de feu retentit, et une balle vient percer un trou dans la paroi de la cabane, éclairant l’extérieur d’un rayon de lumière éclatant. Derrière ce rayon de lumière ce cache une vérité qu’il va falloir non seulement trouver, mais aussi accepter... Lee Yong-Ae, envoyée par une commission de sécurité neutre, est chargée de trouver une explication à l’affrontement ayant eu lieu dans la "joint security area" (zone de sécurité commune), afin d’éviter une escalade du conflit et une éventuelle guerre entre les deux Corées. Mais les aveux diffèrent et la vérité demeure insaisissable...

Laissant complètement de côté la gestion de la tension inhérente à ce genre de situation, le réalisateur choisit de retourner tranquillement dans le passé, quelques mois auparavant, pour dépeindre la naissance d’une amitié entre quatre personnes que l’Histoire place en ennemi : deux gardes du Sud et deux gardes du Nord. Tout commence lorsque Lee Byeong-Heon (du Sud) se retrouve égaré en territoire ennemi, le pied sur une mine, et que le Sergent Oh (du Nord) lui sauve la vie. Doucement, une amitié va s’établir entre les quatre soldats de garde, sous la menace de la réalité du pays. En dépit de tout, isolés dans une zone résumant parfaitement la situation coréenne, les soldats se livrent à toutes sortes de jeux plus puérils les uns que les autres, oubliant autant que possible leur situation pour se concentrer sur leurs racines communes. On pense aux yakuzas désabusés de Sonatine - à tous les yakuzas des films de Kitano, d’ailleurs - pour la façade d’ignorance que les soldats affichent consciemment pendant leurs moments de détente. Quand ils laissent leur doute s’exprimer, le destin de leur amitié n’est jamais prononcé mais se dessine toujours funeste, inexorable, et surtout admis par tous comme tel.
Et c’est bien ce qui est effrayant dans Joint Security Area : la situation semble inextricable, la volonté de rapprochement des deux parties d’un même peuple ne réussissant qu’à les éloigner chaque fois un peu plus. Si la réconciliation est un désir commun, le premier pas se fait à reculons, en espérant que l’amitié naissante va ramener l’adversaire devenu camarade ou frère, c’est selon, aux idéaux du camp adverse.

Le propos est merveilleusement traité par le réalisateur, qui laisse toujours à ses personnages la place de choix dans la narration et dans les images. Mais si la réalisation est toujours discrète, à quelques effets près, elle est toujours juste et suffisante. Et il suffit de voir la dernière image du film pour être assuré de la maîtrise totale de Park Chan-Wuk : comme dirait mon bon ami Simon, "voilà quelqu’un qui sait terminer un film". Aussi, si JSA passe un jour près de chez vous, n’hésitez surtout pas à succomber à la mode du cinéma asiatique ; vous en serez infiniment récompensés.

Joint Security Area est disponible en DVD français (Zone 2 - Pal) chez CTV, depuis le 16.10.03, dans une édition double digipack dont voici les spécifications :

DVD n°1 : Le Film - en 2.35 ; 16/9 comp. 4/3 (DVD9)
- Version française DD 5.1
- Version originale DTS sous-titrée Français
- Version originale DD 5.1 sous-titrée Français
- Commentaire audio du réalisateur sous-titré Français
- Commentaire audio de l’équipe du film sous-titré Français

DVD n°2 : Les Suppléments - plus de 2h (DVD9)
- Documentaire
- Interview du réalisateur et Song Kang-ho (exclusivement sur le DVD français)
- Interview de Shin Ha-kyun (exclusivement sur le DVD français)
- Tournage (9 documents)
- Images de la zone de sécurité (exclusivement sur le DVD français) - Clips vidéo
- Bandes-annonces
- Diaporama

JSA est par ailleurs disponible dans une floppée d’éditions asiatiques (HK, Corée, Japon...).

Corée du Sud - 2000 | Un film de Park Chan-Wuk | Avec Kim Tae-Wu, Lee Yong-Ae, Lee Byeong-Heon
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Rôningai
Séance
Red Eye
2046
Somebody Up There Likes Me
Casshern
Banlieue 13
Birth Right
First Squad : Le Moment de vérité
Wet Dreams
Beast Detective
Ditto
Kirei ?
The 25th hour
Flying Boys
Partho Sen-Gupta
Visible Secret II
Kekkou Kamen
The Sniper
Hasami otoko
Zodiac Killers
Divergence
La Légende De Zatôichi : Voyage En Enfer
Metallica : Some Kind of Monster