Josée, le tigre et le poisson

Les comédies romantiques japonaises, ou pour être plus précis les drama, ne sont pas, loin s’en faut, mon genre favori. Il faut dire que dans ce genre où tout semble fictif et superficiel, la quantité prévaut souvent sur la qualité. Pourtant, dans la masse, certains réalisateurs arrivent parfois à proposer quelque chose qui sort du lot, à l’exemple de Laundry dont le présent Josée, le tigre et le poisson est très proche. Isshin Inoudou n’avait réalisé que quelques films auparavant mais semble pris d’une récente frénésie avec trois à quatre films par an depuis celui-ci. Il faut dire que ce dernier a eu un succès relatif au Japon.

Tsuneo (Satoshi Tsumabuki, vu notamment dans Waterboys, A Day on the Planet, 69 Sixtynine) est étudiant à l’université et fait également un arbeito (petit boulot) à côté. Les clients du club de mah-jong dans lequel il travaille parlent souvent d’une vieille dame et de son landau, se demandant ce que ce dernier contient. Un jour, Tsuneo est amené à découvrir plus ou moins fortuitement le contenu du landau, une jeune femme paraplégique dont s’occupe la vieille dame. Peu à peu, il développe une amitié pour cette jeune femme, prénommée Kumiko (Chizuru Ikewaki que l’on retrouve face à Satoshi Tsumabuki dans A Day on the Planet) mais se faisant appeler Josée, du nom d’un personnage d’un roman de Françoise Sagan. L’amitié se transforme peu à peu en amour.

Josée, le tigre et le poisson aurait pu être un road movie mais Isshin Inudou a fait le choix judicieux de se concentrer sur l’avant (et brièvement l’après) du voyage que les premières images fixes du film nous dévoilent par avance. Le film nous montre plutôt comment ce voyage a été amené à se réaliser, en tant que fin en soi, au contraire d’un road movie dont le voyage lui-même serait un moyen de découvrir quelque chose ou de se découvrir. A la fois rêve (de Josée) et souvenir (de Tsuneo), ce voyage en voiture qui occupe quelques minutes de la dernière partie du film, est pourtant bien réel. C’est donc dans l’anticipation de ce petit voyage, comme point culminant du film, que l’on suit l’évolution de la relation entre Tsuneo et Josée.

S’il apparaît assez vite que Josée, qui n’est jamais sortie ou presque de chez elle, est une fille autant introvertie qu’intelligente et curieuse, Tsuneo n’est qu’un étudiant lambda. Leur rencontre et la relation qui s’en suit est donc une rencontre de deux univers très différents, devenant une sorte d’échange réciproque qui ne tient qu’à très peu de choses. D’un côté la soif de découverte de Josée et de l’autre la curiosité intriguée voire un brin perverse de Tsuneo. Josée recevra l’aide de ce dernier pour réaliser son rêve tandis que Tsuneo s’échappera un peu de la banalité de son quotidien, sans pour autant avoir le courage d’assumer pleinement cette relation. Un peu comme si chacun d’eux s’échangeaient un morceau de leurs univers personnel, ou tout au moins trouvaient un petit terrain à partager hors de leur vie de tous les jours. Entre Josée, à la fois indépendante et extrêmement curieuse et Tsuneo, étudiant sans relief et conformiste, c’est deux mondes qui viennent à s’enrichir mutuellement, du moins momentanément.

Inudou ne cherche pas à embellir les motifs de Tsuneo. S’il est loin d’être un pervers cherchant à profiter de la situation, comme c’est le cas d’un voisin de Josée, sa démarche n’est certainement pas purement altruiste. En cela, il apparaît néanmoins comme un être sincère et sa relation avec Josée ressemble à celle qu’il pourrait avoir avec n’importe quelle autre fille, la condition de Josée ne devenant problématique pour lui que quand il se retrouve avec la responsabilité de s’occuper d’elle. C’est alors que l’handicap de cette dernière devient un poids. Inudou se montre également extrêmement convaincant sur sa façon d’appréhender le problème des handicapés dans la société japonaise. Sans avoir recours à de grosses ficelles et grâce à un humour discret mais omniprésent (notamment par la présence des personnages secondaires), il intègre ce thème avec subtilité dans son récit, sans en faire le sujet central ni l’éluder.

Le film repose beaucoup sur ses acteurs, et leur interprétation simple et juste permet de contourner les écueils propres à un film mettant en scène une telle relation et un tel sujet, à la manière de Laundry qui réussissait lui aussi ce pari. Inudou parvient à transformer une histoire de rencontre somme toute banale en un film qui peut se montrer particulièrement émouvant, sans jamais forcer le trait ni se voiler la face, et dont la simplicité apparente cache des personnages complexes et attachants que l’on quitte à regrets.

Zeni | 4.01.2006 | Japon

Josée, le tigre et le poisson est disponible en DVD japonais (zone 2 NTSC), sous-titré en anglais.

aka Joze to Tora to Sakanatachi - Jozee, the Tiger and the Fish | Japon | 2003 | Un film de Isshin Inudou | Avec Satoshi Tsumabuki, Chizuru Ikewaki, Hirofumi Arai, YosiYosi Arakawa, Noriko Eguchi, Anne Mari, Eiko Shinya
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