Jukkai no Mosukîto

I AM A POLICEMAN = ?

La lente et inextricable déchéance d’un officier de police dont la vie entière est un échec...

Que de réjouissances allez-vous me dire ! Premier film de Yoichi Sai, Jukkai no Mosukîto nous plonge lentement dans les méandres de l’esprit torturé de son anti-héros, un homme rongé par le désespoir. Rejeté par sa femme et sa fille, échouant à chaque tentative d’évolution professionnelle, il se réfugie dans son monde ; un monde dont il ne contrôle rien, son métier l’enfermant dans une sorte de léthargie physique et intellectuelle dont il ne peut s’extraire... Sa seule et unique échappatoire, sa passion pour l’informatique, ne lui attirera que des ennuis puisque pour se payer l’objet "de ses rêves" matérialisé dans un PC, il va emprunter de l’argent à un organisme de prêt ; argent qu’il ne pourra rembourser qu’en empruntant aux yakuza... spirale sans fin qui l’entraînera dans les confins de la violence, de l’alcool et de la folie...

Les quelques relations humaines qu’il entretient, ne se font que dans la violence ; quant à ses relations sexuelles, elles "évolueront" jusqu’au viol... Sa journée type se résume en trois mots : boire, baiser et jouer, et ce, dans l’ordre que vous voulez. Peu à peu, sa quête d’argent va le rattraper... il doit beaucoup d’argent à beaucoup de monde, et dans un dernier élan de folie, il décide d’attaquer une banque, seul, prisonnier d’une folie aveugle... il a basculé dans un autre monde dont il ne ressortira plus...

Jukkai no Mosukîto est donc le premier film réalisé par Yoichi Sai ; assistant de Nagisa Oshima - qu’il considère d’ailleurs comme son mentor - sur Ai no Korîda (L’Empire des Sens /1976), les deux hommes se retrouvèrent en 1999 sur le tournage de Gohatto (Tabou), puisqu’Oshima y offrait à Sai le rôle du commandant Isami Kondo. D’origine Nord-Coréenne par son père, Sai a réalisé quelques réussites cinématographiques nippones telles Seiteki Hanzai (1983), Via Okinawa (1989), All Under the Moon (1993) ou encore Hashiru Dog Race (1998) et Bûta no Mukui (1999). Cinéaste réputé pour ne pas avoir la langue dans sa poche, il attaque ouvertement la société capitaliste et consumériste japonaise à son apogée à la sortie du film... une illusion, selon lui, dans laquelle s’est retrouvée prisonnière la classe moyenne nippone durant les années 80.

Tiré d’un fait divers réel s’étant déroulé à Kyôto (le film quant à lui se passe à Tôkyô), Jukkai no Mosukîto a vu le jour grâce à un homme : Yûya Uchida. Musicien/rocker/acteur ultra connu, il décide de s’investir corps et âmes dans ce projet ; il réunit donc les fonds nécessaires à la production du film, écrit le scénario et interprète le rôle principal... Jukkai... n’est pas sa première incursion cinématographique, puisqu’on a pu le voir notamment dans Aa ! Onnatachi Waika ! (1981) de Tatsumi Kumashiro, Mizu no Nai Pûru (A Pool Without Water /1982) de Koji Wakamatsu, ou encore dans le sublime Senjô no Merî Kurisumasu (Merry Christmas Mr. Lawrence - Furyo /1983) de Nagisa Oshima. Plus "récemment", il est apparu dans Black Rain (Ridley Scott /1989) ou encore Erotiku na Kankei (Les Liaisons Erotiques /1992) de Koji Wakamatsu... Sinon au rayon potins sanchesques, sachez que Uchida n’est autre que le beau-père de Masahiro Motoki (Gonin, Chugoku no Chôjin, Gemini,...) puisque ce dernier a épousé sa seule et unique fille, Yayako, en juillet 95... Aux côtés de Yûya, on retrouve une très jeune Kyon Kyon [1] (Kyôko Koizumi) dans son premier rôle au cinéma. Egalement dans la distribution du film, la chanteuse Ann Lewis, à qui l’on doit notamment la cultissime chanson Roppongi Shinjû... mais là je m’égare ! Sont également de la partie Beat Takeshi, Kei Sato, Yasushi Yokoyama, j’en passe et des meilleurs...

Jukkai no Mosukîto est un premier film tellement maîtrisé de bout en bout, tant au niveau technique qu’artistique, que les talents combinés de Yoichi Sai et Yûya Uchida y apparaissent indéniables... Son dernier quart d’heure, hallucinant, nous entraîne malgré nous dans l’esprit tortueux de son héros grâce à un travail sur le son tout bonnement impressionnant. Avec ce film aux allures de brûlot, Sai et Uchida, le fils d’immigré et le rebelle, envoyaient un pavé à la face d’une société japonaise aveuglée par sa réussite passée... Aujourd’hui, soit près de vingt ans après, le cri d’alerte lancé par ce moustique du dixième étage ne peut nous apparaître que comme de la clairvoyance, et sa folie de la lucidité... Un grand film.

Kuro | 13.08.2002 | Japon

DVD | Pioneer | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Rien à redire, le master retravaillé anamorphiquement est parfait. | Son : Mono, nickel. | Suppléments : Interview de Yûya Uchida - Septembre 2001- (19’), trailer du film, ainsi que ceux de Mizu no Nai Pûru et Comic Zasshi Nanka Iranai, et un livret de 4 pages.

Ce DVD ne contient aucun sous-titre.

Site Officiel de Yûya Uchida: http://www.uchidayuya.com

[1Cf. article Kaza-Hana.

aka 10 kai no Mosukîto - Jukkai no Mosquito - A Mosquito in the Tenth Floor | Japon | 1983 | Un film de Yoichi Sai | Avec Yûya Uchida, Kazuko Yoshiyuki, Kyôko Koizumi, Ann Lewis (An Ruisu), Reiko Nakamura, Kei Sato, Junko Miyashita, Yuki Kazamatsuri, Beat Takeshi (Takeshi Kitano), Yasushi Yokoyama
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