Kaili Blues

Kaili Blues, premier long métrage de fiction du réalisateur chinois Bi Gan accumule les récompenses : prix du meilleur réalisateur émergent au Festival de Locarno et lors des Golden Horses de Taiwan, auxquels est venue s’adjoindre la Montgolfière d’or au Festival des 3 Continent à Nantes. Une reconnaissance méritée pour un cinéaste dont le film très personnel est emprunt de poésie, sans qu’il tombe dans le travers de certains de ses pairs qui créent des univers totalement hermétiques.

Chen travaille dans un cabinet médical qui est la propriété d’une doctoresse d’un certain âge. Il vit dans une maison ancienne que lui a léguée sa mère au grand déplaisir de son frère, mauvais garçon, qui veut vendre son propre fils. A la suite de la disparition de ce dernier, Chen part à sa recherche dans une ville de la région et profite de ce déplacement pour rendre un service à la doctoresse. Elle a appris qu’un homme dont elle a été très proche pendant la révolution culturelle est gravement malade. Elle souhaite notamment lui rendre une cassette que ce maitre de musique lui avait dédiée.

Chen n’est pas le seul à voyager, le spectateur est aussi transporté par le cinéaste chinois. Bi Gan s’offre des envolées poétiques, sans créer cependant un univers totalement abscons, ni s’abstraire totalement d’utiliser une trame narrative traditionnelle. Si celle-ci peut sembler évanescente de prime abord, elle prend peu à peu de la consistance.

Parmi les belles idées sorties de son imagination fertile, j’ai particulièrement aimé l’horloge dessinée à la craie sur un mur et dont l’ombre du clou planté au milieu fait office d’aiguille déplacée par l’évolution de la lumière. Bi Gan réinvente magnifiquement le cadran solaire. Horloges et montres sont souvent présentes à l’écran, le temps étant l’un des thèmes centraux de Kaili Blues.

La pièce maitresse du film est un plan séquence d’une quarantaine de minutes, où l’on passe d’un moyen de transport et d’un personnage à l’autre. Un plan virtuose, sans être pour autant trop tape à l’œil et qui n’est pas une coquetterie de metteur en scène. Cette continuité est la représentation stylistique du continuum temporel qu’il filme, puisque l’on passe aussi d’une époque à une autre sans rupture temporelle apparente.

Dans ce plan se mélangent passé – en se faisant laver les cheveux le spectateur apprend pourquoi Chen était absent à la mort de sa mère –, présent – en accomplissant la volonté de la doctoresse –, et le futur en rencontrant son neveu devenu un jeune homme. En recherchant son neveu, Chen se bat contre le temps qui rendrait cette séparation définitive, comme cela fut le cas avec sa mère et pour la doctoresse.

Si ce film est très personnel, l’influence de plusieurs réalisateurs se fait sentir et en particulier celle de Hou Hsiao-hsien. Le monde de gouapes dans lequel évolue le demi-frère de Chen et les longs déplacements à moto filmés dans la durée évoque Goodbye, South Goodbye. Ce dernier fait le pont entre les deux cinéastes via Lim Giong, qui est le créateur de la musique du long métrage du cinéaste taïwanais et de celui du jeune talent de la Chine continentale.

Kaili Blues a été récompensé par la Montgolfière d’Or au Festival des 3 Continent à Nantes en 2015. Il devrait sortir sur les écrans français le 24 février.

aka 路边野餐 | Chine | 2015 | Un film de Bi Gan | Avec Chen Yongzhong, Zhao Daqing, Luo Feiyang, Xie Lixun, Zeng Shuai, Qin Guangqiuan, Yu Shixue, Guo Yue, Liu Linyang, Yang Zuohua
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