Keeping Watch

Ching tient une petite horlogerie au bord d’une voie ferrée. Cette boutique a priori, est une affaire familiale. Mais le père de Ching a sombré dans l’alcool depuis que sa femme l’a quitté, et perd son temps à attendre qu’elle lui revienne, rongée par les remords. Ching vit une vie simple jusqu’à ce que Han se pose devant sa table de travail et lui demande de réparer sa montre. Tous les jours, le jeune homme lui amène cette même montre à réparer, chaque fois parce qu’elle a pris l’eau, payant Ching avec des billets pliés en petits cubes. Et surtout, il ne dit rien, se contente de l’observer. Jusqu’au jour où il lui avoue qu’il était dans sa classe au lycée. Ching se rend compte, au travers du portrait détaillé que lui renvoie le garçon timide, que Han lui portait une grande attention. Elle, si fine qu’elle était la risée de tous, persuadée d’être éphémère avait, en retour, oublié le nom de tous ses camarades, comme si seuls leurs patronymes leur conféraient une existence. Han la plupart du temps, est un garçon délicat, et Ching se prend d’affection pour lui. Mais le reste du temps, Han devient Yu, un garçon sûr de lui et nettement moins agréable, dont on découvre qu’il est interné, bien qu’avec une certaine liberté de déplacement...

Premier film d’une jeune réalisatrice taïwanaise, Keeping Watch est une oeuvre légère, presque diaphane à l’image de sa magnifique interprète. Fen Fen Cheng y dresse le tableau d’une temporalité à géométrie variable, telle qu’incarnée par la schizophrénie de Yu / Han, à même de mettre sur un même plan deux réalités amoureuses incompatibles : un amour de jeunesse contrarié, et le même, satisfait. Symbole de ce paradoxe temporel, la montre de Han a besoin d’être réparée tous les jours, à chaque fois qu’il retrouve celle qu’il ne pourra jamais conquérir. Un désir impossible, qu’il refuse pourtant d’abandonner. Keeping watch... "Garder la montre" dans le cas de Han, mais aussi "garder le magasin de montre" en ce qui concerne Ching, ou encore "surveiller"... Surveiller, comme Han le faisait avec l’objet de son affection, tentant de comprendre ses différentes habitudes avec une observation quotidiennement répétée, réglée... comme une horloge.

C’est cette observation dans Keeping Watch, et aux yeux de Ching comme de Yu, qui confère aux "regardés" leur réalité : s’il est difficile de prouver l’existence en tant que concept, comme l’indique l’un des intertitres du film, le regard posé sur une personne et la mémoire qu’il entraîne nous mettent certainement sur la bonne voie. Et au travers du regard de Han, qui épouse celui de la réalisatrice, pas avare en gros plans sur le visage rayonnant de son actrice, la légère Ching devient un personnage réel. L’interprétation de cette observation est une chose essentielle de Keeping Watch - et pour cause, c’est la nature du cinéma. Cinéma parfaitement maîtrisé à plusieurs reprises au cours du film, comme lors de cet échange tacite entre Ching et Han, où la jeune fille s’exprime au travers de son harmonica, le garçon la comprenant parfaitement. Evanescente, Ching s’y incarne réellement dans un souffle, et cette scène est certainement la plus belle du métrage.

Dans sa poésie légère, presque hors du temps, Keeping Watch est une œuvre très réussie. Un peu naïve peut-être, et certainement trop explicite au travers de ces nombreux intertitres comme de sa conclusion. Mais la légèreté l’emporte aisément sur les lourdeurs, et cet insolite instant constitutif - Ching y devient une personne tangible, puisqu’elle est désormais consciente d’exister au travers des autres - s’ancre délicatement en nous, comme le grand regard innocent de cette somptueuse brindille qu’est Haden Kuo.

Keeping Watch a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), en compétition officielle.

aka Cheng shui de qing chun | Taïwan | 2007 | Un film de Fen Fen Cheng | Avec Haden Kuo, Joseph Chang
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