Kiken wo Kau Otoko

Hitoshi Ozawa (plus connu sous le pseudonyme de Ozawa), comme Hakuryu, Sho Aikawa ou Riki Takeuchi est un nom qui flaire bon le film de yakusa (on l’aperçoit d’ailleurs dans Dead or Alive de Takashi Miike ainsi que dans le récent Gozu, également de ce dernier). Star du V-cinéma et plus particulièrement du genre des films de yakusa, Ozawa est passé derrière la caméra pour une petite dizaine de films, de yakusa il s’entend.

Cependant, ce Kiken wo Kau Otoko tranche quelque peu avec les films de yakusa traditionnels où la violence est le principal thème vendeur. Bien qu’Ozawa y interprète un rôle de yakusa, un peu cabotin comme à son habitude, le tournage aux Philippines et une dimension presque sociale rendent le film tout à fait singulier.

Jouji (Ozawa) est une petite frappe yakusa qui se voit chargé de la mission de se rendre aux Philippines, pour tenter d’y retrouver un ami yakusa qui a mystérieusement cessé de donner de ses nouvelles. Mais sur place, il se retrouve livré à lui même, sans domicile ni argent... Il doit se résoudre à devenir tueur à gages pour un parrain local. Il rencontre également une prostituée philippine qui se propose de l’héberger.

Les films de yakusa dont l’action se déroule aux Philippines n’augurent que rarement du meilleur. En effet, l’idée de se rendre aux Philippines est plus souvent liée à des contraintes budgétaires et surtout, à ce qu’elle permet de réaliser des scènes d’action impressionnantes à bas prix, chose impossible au Japon. Prenant le contre-pied de ces films, Kiken wo Kau Otoko offre un film parfois à la limite du documentaire. Peut-être un peu heurté par l’idée d’aller dans un pays pauvre uniquement pour des raisons de rentabilité, le réalisateur offre un regard très éloigné de celui généralement offert par un film de yakusa.

Des l’arrivée de Jouji dans le pays, c’est le touriste japonais qui est moqué par l’intermédiaire d’un Jouji insupportable voire raciste. Il se comporte comme bien des salarymen japonais qui, il y a quelques années, débarquaient en masse aux Philippines ou en Thaïlande pour y profiter des largesses locales. Largesses octroyées à contre-cœur puisque les populations locales qualifiaient le salaryman japonais de démon et de porc face à son attitude effroyable (attitude du soldat conquérant) et son incroyable racisme.

Convaincu de sa supériorité en tant que yakusa et japonais, Jouji va vite déchanter. Il est confronté à la pègre locale mais également à la police, complètement corrompue (c’est à cause de la police qu’il perd absolument toutes ses possessions). Il se retrouve alors dans la position de bien des Philippins qui vivent dans la misère. Le film montre une réalité sociale sans artifices, peu habituelle pour un film d’action tourné aux Philippines. Jouji commence à comprendre que s’il veut s’en tirer, il va lui falloir adopter une autre attitude. C’est ainsi qu’il accepte de commettre des assassinats, visant notamment des ressortissants de son pays d’origine, pour pouvoir se nourrir.

Malheureusement, les producteurs de Kiken wo Kau Otoko devaient certainement avoir autre chose en tête qu’un film dénonçant la misère et la corruption aux Philippines, ainsi que l’indélicatesse des touristes japonais. Et comme pour donner le change, Kiken wo Kau Otoko finit par changer de ton et offre sur la fin ce que l’on s’attendait à y trouver : un peu de mélodrame et surtout de l’action. Le problème c’est qu’en ce domaine, Nakata semble peu doué, ou bien faut-il penser qu’il a abandonné la fin du film à quelqu’un d’autre, et que le manque de moyens se fait cruellement ressentir. On a l’impression de retourner 25 ans en arrière vu le niveau de ces scènes d’actions. De plus, on en a presque oublié la raison de la venue de Jouji et tout ce déballage de balles, de grenades et de vengeances ennuie finalement un peu.

>En dépit d’une fin qui laisse fortement à désirer, Shinichirou Nakata a le courage de proposer autre chose qu’une succession de gunfights vaguement emballés dans une histoire classique de vengeance. Ozawa interprète superbement un yakusa raté et paumé, voire vulnérable, qui donne tout son poids au film. Compte-tenu des contraintes inhérentes au genre, on peut sans crainte affirmer que Kiken wo Kau Otoko est une vraie réussite.

Zeni | 29.06.2003 | Japon

Kiken wo Kau Otoko est disponible au Japon en VHS chez KSS.

aka L’homme qui achète le danger | Japon | 2002 | Un film de Shinichirou Nakata | Avec Hitoshi Ozawa, Kenji Matsuda
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