Kill

Kaori Shimamura, à moitié nue et recouverte de sang, atteinte de folie meurtrière... la vie est trop courte pour ne pas céder à ce genre de tentations !

Manille, Philippines. Kiriko fait partie de la communauté japonaise locale, peu appréciée. Elle vit seule et communique peu, refuse le peu d’opportunités sociales qui s’offrent à elle. Un jour alors qu’elle se rend chez les Garcia pour babysitter leur fille, celle-ci est exécutée sous ses yeux, d’une balle dans le dos, par une tueuse japonaise. Dans la demeure Garcia, les parents ont eux aussi été exécutés - ainsi que les policiers qui les « protégeaient », Monsieur étant témoin à charge dans une affaire mafieuse locale. A la vue des cadavres et après sa rencontre avec l’assassin, Kiriko se remémore l’exécution de son père, sept ans auparavant dans la même ville, et entre en état de choc, désormais incapable de prononcer le moindre son. La police locale est persuadée que cette affaire a à voir avec le meurtre de son père, pourtant Kiriko ne « dit » rien, se contentant de gribouiller inlassablement les mots « i don’t know » sur une feuille de papier. Relachée, la jeune femme manque d’être à son tour victime d’une éxecution, avant de partir à la recherche de la tueuse japonaise. Lorsqu’elle la retrouve, celle-ci la prend sous son aile pour faire de Kiriko, animée par la vengeance et au bord d’un gouffre de violence, une tueuse à son tour...

Avec Kill, Kaori Shimamura cède à nouveau à la caméra de Hirohisa Sasaki (Crazy Lips), qui l’avait déjà dirigée et dénudée dans son magnifique Natural Woman trois ans auparavant. Point de relation féminine sado-masochiste sur fond de manga dans Kill néanmoins, mais une histoire on ne peut plus classique de vengeance dans le registre female with guns - avec la « Sasaki touch » en plus. A savoir un petit grain de folie qui place chaque objet du réalisateur légèrement en marge de ses congénères... Ainsi Kill offre-t-il à Kaori Shimamura un rôle certes traditionnel de femme fatale en devenir, mais avec une marge de progression inhabituelle. Kiriko passe en effet de la jeune femme taciturne à la folle muette (la scène du traumatisme est très « Actors’ Studio »), puis à la tueuse débutante, seins à l’air et avide de coups de couteaux hystériques, avant d’enfin se maîtriser et de retrouver la parole pour devenir une délicieuse mante religieuse - dont la dernière transformation sera la machine à tuer, le visage déformé par la haine.

Kill donc, n’est pas super glamour. En dépit d’un générique très Hollywood Night fait de gros plans de Kaori passant langoureusement sa langue sur ses lèvres, ce film pessimiste n’offre que peu de moments « gratuits » (à l’exception d’un dénudé de Koari, bienvenu mais aberrant, lors de sa quasi-exécution au début du film), et encore moins d’instants « Werther’s Original ». Kill fait plutôt dans le bourrin, à coups de couteaux (dissimulés dans certaines cavités féminines...) dans la gorge et autres bains de sang pour Kiriko et son « amie » tueuse, Saiko. Mi-road movie attentiste, mi-The Killer gigogne (pour ses contrats/trahisons à tiroirs), Kill est un produit de v-cinema simple mais intelligent, qui se résume parfaitement aux quatre lettres de son titre péremptoire. Un titre qui sonne comme une condamnation pour la magnifique Kaori Shimamura, comme le prouve l’excellent final rageur, sur fond d’adieu, du film. Oyasumi, Saiko. Oyasumi, Kiriko.

Akatomy | 9.11.2004 | Japon

Kill est disponible en VHS au Japon, chez KSS.

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