Kim Jee-woon

Sancho a une affection particulière pour Kim Jee-woon. The Foul King, son deuxième film, a en effet fait l’objet de l’une des premières critiques publiées sur le site. Plus concrètement, on aime les films du Monsieur qui passe avec bonheur d’un genre à l’autre. 2 sœurs nous avait fait nous recroqueviller dans notre fauteuil. Le réalisateur coréen nous a accordé un bref entretien pour nous parler de son nouveau film, J’ai rencontré le diable, sur un tueur en série. Ce dernier film, qui a subi les foudres de la censure en Corée, nous a secoué les tripes.

Sancho does Asia : Vous réalisez pour la première fois un film sans être à l’origine du scénario. Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire pour vouloir l’adapter ?

Kim Jee-won : Contrairement aux autres films de vengeance, je voulais que le mien aille jusqu’au bout des choses. Je souhaitais réaliser un long-métrage sans concession avec deux acteurs suffisamment forts pour interpréter les deux personnages. Je pensais qu’une telle histoire pouvait donner un film très fort et intéressant.

A propos des acteurs justement, pourquoi avez vous choisi de confier pour la troisième fois l’un des rôles principaux à Lee Byung-Hun ?

Comme nous avions déjà travaillé ensemble, une certaine confiance s’est installée. De plus, Choi Min-sik faisait déjà partie du casting et je pensais qu’il était le seul acteur capable de lui tenir tête, mais dans un style complètement opposé. Lee Byung-Hun est un acteur qui est très subtil dans ses émotions, ce qui est assez rare en Corée. J’avais hâte de voir la collision, le choc de ces deux acteurs totalement antagonistes dans ce film, en tant que fan et réalisateur.

Lee Byung-Hun joue le rôle d’un homme normal qui est obligé de se transformer en diable lors d’un épisode très tragique de sa vie. Au cours de sa lutte pour punir un diable, il devient lui-même un diable. J’ai été guidé pour ce film – il s’agit d’ailleurs presque du thème du film - par une citation de Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal. Elle dit que quiconque lutte contre des montres doit prendre garde à ne pas devenir dans le combat un monstre lui-même [1].

Quelles réactions attendiez-vous des spectateurs par rapport à votre film ? Moi par exemple, quand le personnage joué par Choi Min-sik s’est débarrassé de la puce permettant de le localiser, ma sympathie n’était plus dirigée vers son poursuivant qui est le « gentil » du film, mais vers ce personnage pourtant terrifiant. J’étais un peu gêné d’éprouver ce sentiment lors de la projection.

Je comprends qu’il puisse y avoir une gêne car elle est intimement liée à la situation que provoque la vengeance et qui est assez ironique. Le personnage principal se trouve confronté à ce dilemme moral : il doit lui-même se transformer petit à petit en diable pour assouvir sa vengeance. Cette évolution amène le public à être gêné et ne pas savoir de quel côté se situer. Et effectivement, il s’agit d’une réaction que je souhaitais obtenir.

Mais je pense que dès le début, l’acte de vengeance est voué à la perte car le personnage principal est vidé de tout sentiment. En tant que public, on a peut-être du mal à le comprendre de façon intellectuelle, mais on le comprend d’une manière émotionnelle. Et telle était mon intention. A travers ce personnage joué par Lee Byung-Hun, je voulais justement que ce conflit apparaisse chez le spectateur. Certains penseront qu’il avait le choix et a choisi la voie de la vengeance. D’autres penseront qu’il était confronté à un dilemme moral et ne pouvait pas faire autrement. Mais je voulais que les spectateurs éprouvent une certaine pitié pour ce personnage.

Cette interview a été réalisée à l’occasion de la treizième édition du Festival du film asiatique de Deauville. J’ai rencontré le diable est sorti sur les écrans français le 6 juillet.
Remerciements à Céline Petit du Public Système.
Photos : ©Kizushii

[1"Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre. Si tu regardes longtemps au fond de l’abîme, l’abîme aussi regarde au fond de toi."

"Contrairement aux autres films de vengeance, je voulais que le mien aille jusqu’au bout des choses."
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