Kim Seong-Su | Ju Jin-Mo

Attention, ne lisez cette interview qu’après avoir vu le film ; elle contient de nombreux spoilers majeurs !

A-t-il été difficile pour vous de vous préparer à l’interprétation du personnage du général - l’un des plus complexes de Musa ? Vous semblez être toujours sur le fil du rasoir, à cause votre âge, de la difficulté de la mission et de vos responsabilités envers votre armée. Comment percevez-vous ce personnage, et que teniez vous à développer ?

Ju Jin-Mo : Mon rôle est celui d’un jeune général. Un jeune homme qui est devenu général car son père était avant lui un général important du Royaume Coréen. Il n’a aucune expérience militaire mais essaye tout de même d’être un bon soldat - mais la situation dans laquelle il se trouve est très compliquée.

Je voulais montrer le conflit intérieur que cette situation provoque chez lui, faisant ressortir son côté presque malheureux : il a beaucoup de difficulté à extérioriser ses sentiments, mais essaye toutefois de rester constamment digne, et de faire honneur à son rang. C’est son devoir, à cause des responsabilités que l’histoire lui confie, en dépit de ce qu’il ressent.

Au début de l’histoire, ce génral n’a que le poids de la responsabilité. Son devoir est de remplir sa mission, et de ramener ses hommes chez eux sains et saufs. Seulement, quand il rencontre la princesse, sa responsabilité et son patriotisme sont confrontés à l’amour naissant, et il devient de plus en plus confus. Mais l’essentiel reste toujours l’honneur. D’où l’importance pour mon personnage de ce court dialogue entre lui et la princesse avant la dernière bataille du film - de ses dernières paroles en tant que général.

Face au personnage de Ju Jin-Mo, premier "héros" de Musa, il y a celui du sergeant interprété par Ahn Seong-Gi. On a l’impression, au fur et à mesure que le film avance, que c’est lui qui devient le personnage principal de l’histoire. Il semble être un leader né, qui assure la liaison entre les deux communautés du groupe, les chinois et les coréens.

Kim Seong-Su : Le sergeant est un homme plus âgé, un sage. Il est loyal et possède une très grande expérience du combat. Ces différentes qualités finissent par faire de lui le véritable leader du groupe, bien que le général soit le plus haut gradé du lot. C’est pour cela que je voulais que le sergeant soit le seul survivant de cette aventure. Mais en réalité, ce n’est pas un personnage important ; peut-être est-il mort en mer, ou alors est-il retourné vivre des jours tranquilles en tant que paysan en Corée : l’Histoire ne s’est pas intéressée à lui.

Il n’y a ni gentils ni méchants dans Musa, contrairement à la majorité des films qui lui ressemblent. Comment êtes-vous parvenu à maintenir cet équilibre délicat entre tous les personnages, tout au long du film ?

Je voulais effectivement qu’il n’y ait ni gentils ni méchants dans cette histoire. Tout le monde est dans la même situation - même les mongols, finalement : leur Empereur est mort, et leur Empire est sur le déclin.

Il est vrai que la princesse et le général sont tous deux des personnages avec de très fortes personnalités, conflictuelles. Face à eux, les gens du peuple sont très pauvres mais très humbles, et nobles d’esprit. Il y a donc un déséquilibre naturel, mais je voulais justement parvenir à les ramener à un même niveau d’égalité. En ce sens, le personnage médiateur de Ahn Seong-Gi joue un rôle très important : il est le symbole de cette égalité.

Cette absence de distinction claire entre le bien et le mal est toutefois certainement la raison pour laquelle bon nombre de personnes n’aiment pas Musa : qui est le méchant ? Qui est le héros ? Qui est l’acteur principal ? Qui est l’acteur secondaire ? J’ai voulu essayé de montrer que tous les personnages avait finalement la même importance au cours de l’histoire.

La princesse et le général se battent constamment contre leur propre individualisme, égoïste et forcené. Est-ce que ce conflit est pour vous la clef de cette "mise à niveau" ?

Kim Seong-Su : Tout à fait. Si par exemple nous étions abandonnés dans le désert, sous l’assaut de soldats mongols... Le plus gros problème surviendrait alors au sein de notre groupe : nous devrions faire face aux difficultés ensemble, tenter de nous entraider et de nous comprendre. Mais l’homme n’est pas généreux de nature. Il est égoïste, ne souhaite pas se faire d’amis, préfère tout garder pour lui. C’est le gros défaut des hommes. Du coup, ce conflit interne devient leur problème primordial, l’isolement et le combat contre les troupes énemies devenant des problèmes secondaires. C’est cela que je voulais montrer.

Au final cependant, en dépit de leurs différences de rang et d’origines, ils deviennent tous de véritables amis. Le général finit par comprendre le sergeant, et le sergeant finit par admettre l’autorité de son général. Le général lui-même devient plus humain. Bien qu’il ne soit pas enclin à montrer ses faiblesses, il finit par avouer à la princesse qu’il est, en réalité, faible et couard. La princesse lui avoue la même chose...

A propos de la princesse justement. Le rôle de Zhang Ziyi dans Musa semble très proche de celui qu’elle a tenu dans Tigre et Dragon. Et pourtant vous aviez commencé à travailler avant que ce dernier ne voit le jour...

C’est vrai, je ne connaissais pas l’histoire de Tigre et Dragon, et j’ai simplement tourné le film que j’avais en tête. Mais quand j’ai vu le film d’Ang Lee par la suite, je me suis rendu compte qu’il y avait les mêmes dialogues dedans ! J’ai été très surpris, mais ce n’est qu’une coincidence...

Pensez-vous que, dans le cadre de Musa, s’appuyer sur un contexte historique renforce le message d’unification, d’ouverture sur les autres cultures que vous semblez vouloir transmettre ? Peut-être le message aurait-il eu moins de force dans un film de fiction pure...

Pour parler franchement, je voulais que Musa dégage un "feeling asiatique", partagé par les peuples d’Asie. Je voulais que les spectateurs d’autres pays asiatiques soient à même d’apprécier le film. C’est effectivement le but de Musa : je voulais prouver que, en dépit de langues, de cultures ou de nationalités différentes, nos peuples peuvent s’entendre.

Au cours du film, les personnages font face à beaucoup d’obstacles, qu’ils finiront par surmonter ensemble, devenant tous des êtres humains plus complets, et par conséquent plus forts. Ils se comprennent et s’entraident et parviennent du coup à affronter une armée plus grande. Peut-être effectivement que ce genre d’histoire est idéale pour aller vers l’unification des cultures - peu importe la langue ou la couleur de peau. C’est l’esprit que je voulais que Musa véhicule.

Entretien avec Kim Seong-Su (réalisateur) et Ju Jin-Mo (acteur), conduit le 9 mars 2002 après la projection du film Musa (La princesse du désert) au Festival du Film Asiatique de Deauville 2002.
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