Koji Hagiuda

Rencontre avec le scénariste/réalisateur japonais Koji Hagiuda autour de son film Le Retour, présenté en compétition officielle au cours du 26ème Festival des 3 Continents (Nantes, 2004).

Sancho : En visionnant votre film, on ne peut s’empêcher de penser à L’été de Kikujro. Malgré tout les deux films sont différents, car dans le film de Kitano, le personnage retourne en enfance pour devenir un homme, tandis que votre personnage est déjà un homme et veut juste devenir un père. Pourquoi avoir choisi cette orientation ?

Koji Hagiuda : Effectivement, il peut y avoir des ressemblances entre mon film et celui de Kitano, qui est un réalisateur que j’admire beaucoup. Comme vous venez de le dire, dans L’été de Kikujro, le personnage joué par Kitano est nostalgique par rapport à son enfance qu’il réexplore. Dans mon film, le personnage principal, Haruo, est plutôt très influencé par la petite fille qu’il rencontre et qu’il découvre. C’est elle qui le fait évoluer et qui lui fait se poser la question du rôle du père, de sa place au sein de la famille. J’avais très envie de traiter ce sujet, surtout en raison de ma propre expérience personnelle.

Justement, par rapport à votre expérience personnelle, je suis moi même père depuis pas très longtemps, Haruo est à l’opposé de ce que l’on ressent lorsque l’on est père. Il accepte facilement que Chiharu puisse être sa fille, et décide de s’occuper d’elle, alors que quand on est père, ce n’est pas que l’on ne veuille pas s’occuper de ses enfants, mais tous les jours quand on les voit on a cette espèce d’incrédulité face à la possibilité, la chance qu’il puisse vraiment être les nôtres. Est-ce quelque chose que vous ressentez ?

Tout d’abord, je pense que l’on peut faire un film en se basant sur son expérience personnelle, je travaille sur cela. Haruo a crû rapidement être le père de Chiharu, alors qu’à l’inverse dans la vie de tous les jours, il m’arrive de me demander si mes enfants sont vraiment les miens. Du coup, ce sont deux attitudes très différentes, c’est un peu le revers de la médaille. L’idée d’être père n’est pas innée, on devient père parce qu’on en a conscience et que l’on le veut bien. Avant d’avoir des enfants, je me disais que je serais tout de suite dans la peau du père. Ce n’est pas ce qui s’est passé, c’est beaucoup plus complexe. Je prends beaucoup de plaisir avec mes enfants, mais je trouve que c’est quand même une histoire qui est très compliquée.

Ce qui est bien, c’est que film est à la fois positif pour la vision de la femme et de la mère, qui sont très courageuses, que pour la vision du père, qui pour une fois s’impose tout de suite comme quelqu’un de responsable. Du coup, l’enfant se positionne en tant que point d’ancrage de la famille. J’ai l’impression que cela contraste avec une tendance actuelle du cinéma japonais qui évoque l’éclatement de la famille - sans aller jusqu’à l’extrême de Battle Royale. Vous êtes très positif sur la possibilité de créer une famille même si elle n’est pas “réelle”. Pourquoi êtes vous allé à contre-courant par rapport à vos contemporains ?

J’ai l’impression que le postulat des deux films est à peu près le même. Finalement, les deux parlent de la fragilité de la famille. Du danger que l’on peut ressentir en appartenant à une famille qui pourrait être écartelée. Mes personnages tentent de reconstruire quelque chose, c’est pour cela que l’on a l’impression que le film est positif, mais ce qui a été uni une fois est un peu désuni à la fin. Par contre, là ou je suis d’accord avec vous, que c’est un film positif - j’ai choisi cet angle de vue. Car pour avancer il faut effectivement se baser sur de mauvaises expériences, les assimiler. Je pense que plutôt que de détruire tout le temps, on a aussi besoin de construire pour aller de l’avant. Mon film, ce sont des personnages qui se démènent pour que les choses se passent mieux. De façon à ce que les spectateurs de disent à la fin qu’il reste encore du travail à faire, mais qu’il est encore possible de faire bouger les choses.

C’est un film très intéressant, car il s’adresse à tout le monde : aux pères, aux mères, mais aussi aux enfants. C’est rare que l’enfant montre une telle volonté de recréer une famille.

Je suis très content que vous pensiez cela. Je suis souvent un peu déçu, voire j’ai même un peu mal au cœur, quand je regarde des films où jouent des enfants, car ils sont un peu comme des objets, ils interviennent à peine pour faire évoluer l’histoire. Moi, j’avais envie que l’enfant occupe une place égale à celle des autres adultes. L’enfant est un être humain comme les autres. J’avais envie d’instaurer une égalité.

Comment avez-vous travaillé avec les acteurs pour obtenir cette sincérité dans leur jeu ?

J’ai une direction d’acteur est assez laxiste. Pour moi, le plus important c’est que les acteurs puissent revendiquer ce qu’ils veulent exprimer après avoir lu le scénario. Je n’impose jamais de directives trop précises. J’attends qu’ils me proposent ce qu’ils voudraient exprimer à travers une scène. C’est pour cette raison que du coup, ils sont beaucoup plus vivants à l’écran que s’ils avaient appliqué à la lettre mes indications. En plus ce sont des acteurs que j’admirais beaucoup et avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Ce sont des gens très consciencieux, qui avaient beaucoup réfléchi à la psychologie de leurs personnages. Je n’ai pas eu à intervenir beaucoup, c’est venu naturellement. Plutôt que de les diriger, j’ai l’impression de leur avoir servi de confident, de conseiller.

S’il n’est pas très étonnant de trouver Hidetoshi Nishijima, en revanche, il est plus surprenant que vous ayiez choisi Reiko Takaoka, que l’on a l’habitude de voir dans des films d’action, avec des rôles de femme forte...

Je ne la considère pas vraiment comme une actrice qui a beaucoup joué dans des films d’action, car pour son premier rôle dans Hush ! de Hashiguchi, elle incarnait déjà une femme qui ressemble à celle qu’elle est dans la vie courante. Pour moi, elle s’est tournée après vers les films d’actions. Quand elle a reçu le scénario du Retour, elle n’a pas dû être déstabilisée, car ce rôle n’est pas très éloigné de ce qu’elle fait habituellement. Elle même est mère et elle ne supportait pas dans le scénario, l’idée qu’une mère abandonne sa fille ne serait-ce qu’une journée. C’est pourquoi on a beaucoup discuté par rapport à cette scène et qu’on a travaillé ensemble cette idée là.

Elle est contente du film au final ?

Elle a beaucoup ri et pleuré quand elle l’a vu la première fois. Normalement, lors de la première vision du film après qu’il soit monté, l’équipe est assez tendue et on réfléchit plus à son aspect technique et formel. Elle a été la seule à vraiment se libérer et à s’exprimer par rapport à ce qu’elle a vu. Quand on a l’entendu rire cela nous a vraiment fait du bien....

Pourquoi lors de certaines séquences avez-vous délibérément laissé flous certains personnages, même s’ils s’exprimaient ?

L’idée, c’est que quand Haruo rentre dans son village natal, ce qu’il fait rarement, il a très peu d’emprise sur le réel, il n’est pas vraiment en phase. C’est pourquoi j’ai eu l’idée que l’environnement soit flou. Moi, quand je rentre dans ma ville natale, j’ai toujours l’impression que c’est une autre planète. C’est un peu cette impression là que je voulais montrer.

Sur un autre sujet... Qu’est-ce qui vous a poussé à adapter L’écume des jours, qui est un livre très français, avec Gô Rijû (pour le film Chloé NDLR), et comment vous avez procédé pour le transposer au Japon ?

J’ai écris beaucoup de scénarios avec Gô Rijû, même si tous n’ont pas encore été exploités. On s’entend assez bien et nous sommes vraiment complémentaires. Je m’occupe plutôt d’écrire le plus gros de l’histoire alors qu’il aime beaucoup s’amuser avec tout ce qui est nuances dans les dialogues. Quant il m’a proposé de travailler sur L’écume des jours, il s’agissait d’un projet qu’il caressait déjà depuis de nombreuses années. Au début je ne m’y intéressais pas vraiment, ce n’était pas mon genre, et puis à force de travailler avec lui sur d’autres scénarios, on s’est rendu compte que notre association fonctionnait bien, et il me l’a proposé à nouveau.

Est ce qu’il a été difficile de transposer cet univers vraiment français, avec des caricatures de personnages français connus, pour que cela corresponde au public japonais ?

Quand j’ai commencé à l’écrire, la transposition du scénario m’a paru très difficile, c’est quand même une époque et des pays très différents. Gô Rijû a d’abord sélectionné des passages du roman, et moi je les ai agencés. Là où je me suis rendu compte que ce n’était pas si compliqué que cela, c’est que l’on pouvait trouver des similitudes entre le roman et le Japon actuel. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que je pouvais me permettre une certaine liberté au niveau de l’adaptation. Du coup cela été plus simple, même s’il m’a quand même fallu plus de 6 mois pour l’écrire.

Vous passez plus de temps à écrire qu’à réaliser. Vous êtes plus scénariste que réalisateur, ou est-ce que les opportunités de réaliser se présentent assez rarement ?

Je pense que le scénario - j’exagère peut-être en disant cela - détermine la qualité du film à peu près à neuf dixièmes. Je pense que pour que les acteurs puissent évoluer de la façon la plus confortable pour eux, et pour leur permettre d’être le plus expressifs possible, il faut que le scénario soit très bon. C’est pour cela que j’y consacre beaucoup de temps. C’est aussi une carte de visite par rapport à l’équipe et aux acteur que je vais recruter, parce que ce que je leur propose en premier lieu, c’est quand même le scénario. Si le scénario est mauvais, j’aurais encore moins l’occasion de tourner des films !

Est-ce qu’il y a des projets que vous écrivez pour vous ou pour d’autres réalisateurs en ce moment ?

Quand j’écris des scénarios pour d’autres réalisateur, c’est parce que l’on me les a commandés. Mais j’ai toujours deux ou trois scénarios en cours que j’aimerais réaliser plus tard et auxquels je tiens aussi beaucoup.

Interview réalisée le lundi 29 novembre 2004 au Festival des 3 Continents. Tous nos remerciements à Léa Le Dimna pour la qualité de sa traduction, ainsi qu’à Isabelle Corsé du Festival pour son amabilité. Merci aussi à Laurent Mareschal pour son accueil ! Les photos présentes sur cette page sont la propriété de Christophé Jégu - tous droits réservés.

"Je pense que l’on peut faire un film en se basant sur son expérience personnelle."
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