Koufuku no Kane

Lorsque bonheur rime avec maturité...

Igarashi marche. Il se dirige vers l’usine dans laquelle il va travailler pour la première fois. Malheureusement celle-ci ferme, et il se retrouve au chômage avant même d’avoir commencé à travailler... Igarashi marche. Il arrive en ville. Il scrute les annonces d’emploi d’un quotidien, en vain... Igarashi marche. Il rencontre un homme qui lui raconte sa vie, et s’écroule soudainement, raide mort... Igarashi va en prison. Dans sa cellule, un homme lui parle de sa femme adultère... Igarashi sort de prison. Il sauve deux enfants d’un incendie... Igarashi marche. Il reçoit une médaille de la police... Igarashi marche. Il est renversé par une voiture et se retrouve à l’hôpital. Il y fait la rencontre d’un vieil homme dont la vie s’achève... Igarashi marche...

Naissance d’une fable sur le bonheur...

"Un homme marche seul, silencieusement, observe autour de lui, puis continue de marcher..."... Sabu avoue que cette prémisse à peine écrite, le visage d’un acteur lui vint à l’esprit : "Susumu Terajima, un homme qui parvient à créer une véritable présence sans ouvrir la bouche". Terajima accepte.

Sabu commence donc à travailler sur le story-board du film. Alors que les dessins se succèdent, le nom d’un cameraman lui apparaît clairement : "Masao Nakabori, cadreur renommé et talentueux, très expérimenté, qui possède un œil infaillible et sait ce qui "fonctionne", sans compter sa capacité à prendre la force de la nature en la transposant sur pellicule". Nakabori accepte.

Pour Sabu, l’aventure Koufuku no Kane peut alors réellement commencer puisqu’il a "la meilleure distribution et la meilleure équipe technique" qu’il puisse espérer. Plein d’entrain, il dira : "Ce film n’a rien à voir avec ce que j’ai pu faire auparavant, nous avons même fait en sorte de trouver un titre qui comporte trois kanji !"...

Un nouveau départ...

...effectivement, pour son sixième film, Sabu décide de mettre de côté toutes ses "habitudes cinématographiques". Exit son acteur fétiche (et ami) Shinichi Tsutsumi*, qui pour la première fois n’apparaît pas dans son film. Exit le rythme effréné de ses précédents long-métrages. Exit les titres à consonances anglo-saxonnes** et place, donc, à l’apparition de trois sinogrammes dans le titre...

Le malheur des uns fait le bonheur des autres...

Autant le dire tout de suite, Koufuku no Kane est un film aussi sublime que maîtrisé. Dès les premières images, Sabu nous entraîne dans un univers diamétralement opposé de ce qu’il nous avait montré jusqu’alors.
Chances, malchances, coïncidences...bonheur.

Une voie ferrée. Tout est immobile, si ce n’est l’imperceptible mouvement de l’herbe caressée par une légère brise. Un homme apparaît. Il marche. Puis disparaît...

Igarashi, personnage fantasmé par Sabu et transcendé par Susumu Terajima, traverse le film d’un bout à l’autre, sans jamais dévoiler ses sentiments. Il est témoin, acteur -la plupart du temps involontaire-, du monde qui l’entoure, sans pour autant porter le moindre jugement.

Humour et tragédie...

Les situations auxquelles il fait face, sont diverses ; il sauve des enfants d’un incendie, est victime d’un accident de voiture, gagne à la loterie, perçoit le désespoir d’une femme dans son regard...

Igarashi est, au-delà du simple témoin, une sorte de métaphore vivante sur le bonheur... Lui qui commence sa vie -tout du moins sa vie "filmique"- du mauvais pied, il va en traversant ces épreuves, évoluer, accumuler des expériences bonnes et mauvaises, pour finalement parvenir à la conclusion qu’il doit se diriger vers un seul et unique endroit, peut-être finalement le berceau du véritable bonheur...

C’est donc Susumu Terajima qui donne toute son ampleur au personnage d’Igarashi ; pendant près de quatre-vingt-dix minutes, il donne une interprétation sans faille à un rôle difficile, puisqu’il n’ouvrira la bouche que quelques minutes... Acteur ultra prolifique, habitué des films de Kitano (Sonatine, Hana-bi), on a pu notamment le voir chez Yoichi Sai (Maakusu no Yama), Hirokazu Kore Eda (Wandafuru Raifu, Distance), Takashi Ishii (Gonin 2, Kuro no Tenshi vol.2), Takashi Miike (Dead or Alive, Koroshiya Ichi), pour ne citer qu’eux... C’est sa cinquième collaboration avec Sabu.
A ses côtés on retrouve la charmante actrice/chanteuse Ryôko Shinohara (Akakage, Totsunyuseyo ! Asama Sanso Jiken) en mère au bord du désespoir, mais également l’immense Seijun Suzuki -que l’on ne présente plus-, en vieil homme arrivé au crépuscule de sa vie, et Naomi Nishida, quant à elle vue chez Miike (Katakuri Ke no Koufuku) ou dans les films Nabbie no Koi (Yuji Nakae /1999) et Out (Hideyuki Hirayama /2002). C’est sa deuxième participation à un film de Sabu (Monday).

Œuvre intensément mature, Koufuku no Kane est une fable sur le bonheur pourvue d’un lyrisme absolu. Sabu y pose son regard sur la société qui l’entoure et sur ses congénères, de manière émouvante sans pour autant faire preuve de complaisance... A l’arrivée, un film magnifique, dont le principal défaut...est d’être parfait !

* cf. article 39 Keihô Dai Sanjûkyu Jô
** cf. article Dangan Rannâ

Koufuku no Kane doit sortir courant 2003 dans les salles obscures nippones.

aka The Blessing Bell | Japon | 2002 | Un film de Sabu (Hiroyuki Tanaka) | Avec Susumu Terajima, Naomi Nishida, Ryôko Shinohara, Seijun Suzuki, Itsuji Itao, Tôru Masuoka
Solo, Solitude
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