Kungfu Cyborg : Metallic Attraction

Non-lethal attraction.

Quelque part au fin fond de la Chine, en 2046. Lors du transfert d’un prisonnier, le détective Xu Dachun est confronté à une situation inhabituelle : celui-ci fait miroiter des récompenses mirobolantes à quiconque l’aiderait à s’évader, tant et si bien qu’il parvient à quitter son bus et obtenir l’assistance de la foule dans sa fuite. Mais Xu Dachun lui, ne se laisse pas tenter, ce qui lui vaut les applaudissements de tous. En réalité, tout ceci n’était que mise en scène, pour confirmer la réputation incorruptible du détective. Car Eric Tsang, en pleine imitation outrancière de De Niro en mode larmoyant, veut lui confier la garde du criminel, qui n’en est pas un, mais un robot flic ultra-perfectionné du nom de K-1 ; K-9 étant certainement toujours occupé aux côtés de James Belushi de l’autre côté du Pacifique. La nature d’Alex Fong, grimé en mime pâlot et affublé d’une coupe à la Astro Boy, étant bien entendu un secret de la plus haute importance. Le truc, c’est que Dachun n’apprécie que peu le flic synthétique, une antipathie encore renforcée par l’affection que semble lui porter la belle Su-Mei. Il se démène donc pour que le robot tombe en panne, sans se douter qu’il aura bien besoin de lui pour affronter le retors K-88, transfuge des affections de Mamoru Oshii. Si Dieu a fait l’homme à son image et que les hommes ont fait les robots à la leur, n’est-il pas légitime de questionner, comme le fait K-88, son créateur ?

Tout ceci semble bien profond, n’est-ce pas ? Pourtant l’un des premiers échanges entre K-1 et Xu Dachun aura tôt fait de briser l’illusion d’une réflexion sur l’intelligence artificielle. Partageant une cigarette, les deux hommes se livrent un premier duel, au terme duquel Dachun, pas franchement impressionné par la faculté de K-1 à souffler la fumée par ses oreilles, déclare que la vraie difficulté, c’est de le faire par les yeux. Cut sur le détective prétentieux, allongé à l’infirmerie, les yeux explosés ; qu’il se trainera d’ailleurs un petit moment. That’s more like it, Jeff.

Parce que le détail que vous avez peut-être raté en effet, c’est que Kungfu Cyborg : Metallic Attraction – que l’on va se contenter d’appeler KFC si vous le voulez bien, sans aucune référence à l’infâme antre de la friture – est l’œuvre de Jeff Lau (Chinese Odyssey 2002, A Chinese Tall Story), et qu’il avait autant de chance d’être sérieux qu’Uwe Boll d’obtenir le Prix Nobel de la Paix. Alors que le marketing du film s’orientait vers une réponse HK aux films de super héros matinée de Transformers, KFC se contente en réalité d’aborder la problématique de l’IA sous l’angle du mo lei tau, appliquant son comique de situation à une bête romance à sketches ponctuée d’effets spéciaux. Au passage, il noie sous la guimauve synthétique et les robots à tête de cul – tout à fait, madame – ses timides préoccupations existentielles.

Puisque sa consistance est sans véritable intérêt – K-1 ne peut aimer librement Su-Mei, dont est amoureux Dachun, puisque son programme le lui interdit – et que son univers visuel frise, dans sous dépouillement esthétique, une certaine conception HK du Dogme, l’intérêt de KFC, si tant est qu’il en ait un, est à trouver du côté de son inconsistance. Comme dans A Chinese Tall Story mais avec un foisonnement moindre, Jeff Lau met en œuvre une narration décousue qui lui permet d’exploiter ses idées comme bon lui semble, au fil de l’eau, sans jamais se préoccuper d’une cohérence globale. Pour le métrage dans son ensemble – et sa couverture dans les Cahiers – c’est peut-être dommageable, mais cela nous permet de profiter, par exemple, d’un Dachun ressuscité en cyborg, qui découvre qu’un programme de mimétisme lui permet de transformer sa tête en ce qu’il veut ; cf paragraphe précédent. Les vignettes qui s’en suivent, et tombent toujours comme un cheveu sur la soupe, font le sel de KFC ; bien plus que les quelques combats abracadabrants de robots polymorphes, qui lui permettent de choisir une nouvelle direction narrative à ignorer avec insolence, revenant toujours, coûte que coûte, à l’amourette ténue entre Astro et sa belle ingénue. Rendons donc hommage à ce cinéma HK si particulier, capable de divertir en tout sauf en son entreprise première !

Akatomy | 9.09.2010 | Hong Kong

Kungfu Cyborg : Metallic Attraction est disponible en DVD, Blu-ray et VCD HK, sous-titré anglais.

aka 機 器俠 | Hong Kong | 2009 | Un film de Jeff Lau Chun-Wai | Avec Alex Fong Lik-Sun, Hu Jun, Betty Sun Li, Ronald Cheng Chung-Kei, Wu Jing, Gan Wei, Eric Tsang Chi-Wai, Law Kar-Ying
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