L’Amant

Cruelle jeunesse...

Le jour de son dix-septième anniversaire, une jeune fille passe un contrat avec trois hommes, et devient leur esclave sexuelle jusqu’à ses dix-huit ans...

Indéniablement, la base scénaristique de L’Amant possède tous les ingrédients pour en faire un film misogyne, faisant la part belle à de libidineux fantasmes masculins. Mais les apparences sont parfois trompeuses ; L’Amant est l’adaptation du manga éponyme créé par une jeune femme, Naito Yamada...

Conte initiatique déshumanisé aux personnages sans noms -les trois hommes sont nommés A, B et C, tandis que la jeune fille est rebaptisée Hanako par ses "propriétaires", L’Amant apparaît lentement sous son jour véritable ; la sexualité y est l’élément cathartique qui permettra à une jeune fille introvertie de s’affirmer, tant sexuellement que psychologiquement. La mise en scène à la fois claustrophobe et distante de Ryuichi Hiroki, quasi-clinique, accentue l’aspect onirique du film de manière tellement poussée, que les personnages semblent ne pas évoluer dans le monde "normal", mais plutôt dans une bulle régie par leur fantasmes et désirs. L’apathie dont fait preuve Hanako, n’a d’égal que son dégoût pour elle-même, pour son corps qu’elle ne supporte plus... Impassible, toute émotion annihilée, Hanako accepte son statut d’objet sexuel, jusqu’au jour où A lui avoue qu’elle est ce qu’ils désiraient tous trois depuis leur enfance ; les sentiments apparaissent alors au sein de cet étrange quartet, compliquant leurs relations tandis que la fin du contrat approche. Hanako prend conscience de son pouvoir, mais également de ce qu’elle est, ce qu’elle est devenue... ce qu’elle sera.

...la manière dont les personnages d’Hiroki/Yamada évoluent, telles les saisons qui s’enchaînent tout au long du film, montre l’irréversibilité de la vie. Si le contrat passé entre les trois hommes et la jeune fille peut paraître absurde en matière d’équité, il n’est finalement qu’une "étape" qui permettra à Hanako de se découvrir, et d’atteindre ainsi la maturité nécessaire pour affronter le monde ; cette découverte de soi intimement liée à la sexualité passe inévitablement par la violence et la douleur, tant physique que morale. Le monde des adultes est violent, et le seul personnage pur (ou naïf...) de L’Amant, un adolescent, fondra en larmes en découvrant cette réalité. Et ce ne sont pas une mère et des amis aussi impuissants que déconnectés de sa réalité, qui aideront Hanako, seule face à son avenir, enfermée dans un mutisme émotionnel radical y compris lorsqu’elle est victime d’un viol.

Face au trio masculin composé des inénarrables Tomorowo Taguchi, Jun Murakami et Ren Ôsugi, Ryuichi Hiroki utilise à merveille le physique si particulier de Nozomi Andô (Fight Girls) en lui confiant ce qui est à ce jour son plus beau rôle, entre candeur lymphatique et beauté envoûtante, d’une jeune fille troublée devenant une femme libre...

Conte amoral, poésie métaphorique et crue du voyage qui mène vers l’âge adulte, mettant au même niveau le charnel et l’esprit, L’Amant s’impose naturellement et paradoxalement en un film âpre à la féminité exacerbée, un hymne onirique à la naissance d’une femme.

DVD (Japon) | Happinet Pictures | NTSC - Zone 2 | Format : 1:1.85 - 16/9 | Images : Excellent pressage qui sublime le grain de la pellicule. | Son : Stéréo discrète. | Suppléments : 67 minutes de making of, interviews, avant-premières, trailer...

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

L’Amant faisait par ailleurs partie de la sélection "Regards sur Ryuichi Hiroki" du 8ème Festival du film asiatique de Deauville.

aka Raman | Japon | 2005 | un film de Ryuichi Hiroki | d’après le manga de Naito Yamada | avec Nozomi Andô, Tomorowo Taguchi, Jun Murakami, Ren Ôsugi, Ayaka Maeda, Yuya Endo
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