L’enfant de Kaboul

Si je devais faire un seul voyage - hors considération de sécurité et de géopolitique - je choisirais de partir en Afghanistan : traverser le pays d’ouest en est, d’Herat à Kaboul, une des sections de l’ « hippie trail » des années 1960 et 1970. Depuis, évidemment, la vie dans la capitale afghane a considérablement évolué. Barmak Akram nous convie à partager la tranche de vie d’une famille de Kaboulis en l’espace de 36 heures.

A quelques mètres d’un cinéma détruit, Khaled accepte de prendre une femme et son bébé dans son taxi après avoir discuté du prix de la course. Arrivée à destination, la femme s’en va et il charge un nouveau passager. Il redémarre et le nouveau client lui demande si le bébé allongé sur la banquette arrière est le sien. Stupéfaction du chauffeur qui comprend que la femme a abandonné le petit dans son véhicule. Sa première réaction est de le confier, sans succès, aux services compétents. Que faire de l’enfant ?

La recherche de cette femme dont il n’a pas pu voir le visage, enfoui sous la très emblématique Burqa, sert de ressort dramatique pour introduire le spectateur au sein de la vie quotidienne d’une famille afghane.

Au volant de son taxi, Khaled sillonne une ville vibrionnante et chaotique qui sent bon l’Asie centrale, où il dispute la chaussée aux motos, carrioles et piétons. A une différence de taille, de nombreux bâtiments portent encore les stigmates des affrontements qui déchirent le pays depuis 1979 : contre les chouravi [1], entre moudjahidines puis entre américains et taliban. Une guerre qui n’est pas finie. Kaboul est encore une ville en état de siège : couvre feu, pénurie d’électricité, bang supersonique, vacarme des rotors des Chinook traversant le ciel... Kaboul est un concentré d’Afghanistan. Un collègue taxi au visage mongol trahit son appartenance à l’ethnie hazara [2]. Quant aux petites filles du taxi, elles pourraient tout aussi bien être françaises. Les soubresauts de l’histoire récente ont marqué la ville de leurs empreintes, mais pas seulement les lieux. Parfois entre collègues taxi, les tensions entre les différentes communautés remontent à la surface.

Barmak Akram a conservé son « œil » de documentariste. Pas de démonstration, pas de jugement, Khaled est un homme comme les autres avec ses doutes, ses moments de faiblesse et de grandeur. Par une multitude de détails (le gaz acheté au kilogramme , la télévision fonctionnant sur une batterie de voiture...), le réalisateur fait, sans jamais surcharger le trait, un tableau détaillé de la société afghane actuelle.

Avec une administration dépassée par l’ampleur de la tâche – il s’agit de remettre debout un pays exsangue – et des organisations non gouvernementales qui font ce qu’elles peuvent pour le soutenir, les kaboulis s’en remettent à leur sens de la débrouille. Si aucun biberon n’est disponible, une bouteille de Coca-Cola fera bien l’affaire.

Quant à la femme afghane, elle reste symboliquement sans visage dans ce tableau public composé quasi-exclusivement d’hommes. Une femme se définit en creux : par ce qu’elle ne peut pas faire et non par ce qu’elle a le droit de faire. Elle n’a droit à une existence qu’au sein de la famille, où elle se découvre et où on la découvre.

L’enfant de Kaboul a été présenté en compétition au cours de la 11ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2009). _ Date de sortie sur les écrans français : le mercredi 29 avril 2009.

[1Soviétiques en afghan.

[2Les hazaras sont un peuple d’origine mongole habitant le centre montagneux et sec de l’Afghanistan. Ils sont de confession chiite

aka Kabuli Kid | Afghanistan | 2008 | Un film de Barmak Akram | Avec Hadju Gul, Chafi Sahel, Leena Alam, Messi Gul, Valery Schatz,t Amélie Glenn
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