L’Épouse, l’amante et la secrétaire

Promotion canapé.

Trop vouloir fouiller dans les bas-fonds du catalogue roman porno de la Nikkatsu, pour offrir au public néophyte un éventail suffisamment ample de sa pléthorique production, risque de nous conduire à l’interrogation. Ne sommes-nous pas en train de passer à côté de l’essentiel ? Certes l’exotisme d’un Konuma mineur (Hong Kong Requiem) ou la comédie SF de Takita (5 secondes avant l’extase) n’auraient en d’autres circonstances probablement jamais pris place en nos rayons, fussent-ils passablement dépourvus dans le genre. Mais combien d’œuvres similaires ne donneraient-on pas pour un inédit de Kumashiro ? C’est un peu la réflexion qui me traversait l’esprit à l’issue de la vision de L’Épouse, l’amante et la secrétaire, vaudeville érotique nous entraînant de plain-pied au cœur du monde du travail à la Japonaise.

Une société industrielle, dont on ne sait toujours pas quel est l’objet à la fin du film, dirigée par un patron phallocrate (Junichiro Yamashita), vient de recruter sa nouvelle sous-directrice en la personne de la jeune et jolie Mademoiselle Kuwano (Junko Asahina). La jeune femme, qui doit sa promotion confortable à sa liaison torride avec son supérieur, entend néanmoins faire ses preuves à l’occasion de la signature d’un important contrat avec un entrepreneur étranger. Pour ce faire, elle a sa petite idée. Ne reculant devant aucun sacrifice, elle va même jusqu’à recruter une lycéenne prétendument vierge, en guise de cadeau de bienvenue. Mais elle s’aperçoit vite que son patron l’utilise et n’est qu’un affreux coureur de jupons n’hésitant pas à la tromper avec sa secrétaire, tout en manipulant sa propre femme, fille de l’actionnaire principal.

À la baguette de ce remake avoué de la comédie féministe Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, on trouve un artisan du genre, Katsuhiko Fujii. Entré à la Nikkatsu en 1958, il fait partie de la première génération des auteurs du genre. Rarement brillant, cet ancien assistant du prolifique Masahiro Makino est davantage connu pour son goût douteux pour les tortures militaires (voir ce qu’endure Naomi Tani dans Cruelty : Black Rose Torture, 1975) ou ses adaptations corsées (près d’une dizaine) de l’univers SM de l’écrivain Oniroku Dan ; sans oublier ses piratages de classiques de la littérature érotique européenne dont Lady Chatterley in Tokyo (1977) et Tokyo Emanuelle : Private Lessons (1975). Débutant en 1972 par le premier volet de la série Office Lady Journal (OL Nikki), il travaillera, à l’instar d’un Konuma, quasi exclusivement dans le genre jusqu’à son extinction, signant près d’une cinquantaine de roman porno.

On est ici bien loin d’un érotisme de la suggestion, qui cherchait sans cesse le renouvellement de ses formes durant ses débuts resplendissants, grâce aux modelés subtils et raffinés des lumières opérées par les mains de certains des plus grands directeurs de la photographie du cinéma Japonais. Il suffit pour s’en convaincre de revoir le chef d’œuvre que constitue Osen la maudite (1973), éclairé par l’immense Hideo Kumagai. L’époque est désormais à l’exploitation explicite, à l’image du rôle tenu par l’arriviste Kuwano, interprétée par la starlette Junko Asahina qui, même si elle paye de sa personne, est loin de posséder la grâce ou la personnalité de ses aînées. L’érotisme y est fruste et vulgaire, les corps filmés platement deviennent régulièrement fracturés de gros plan intrusifs ne laissant guère de place à l’imaginaire vagabond. Des plans qui cherchent à s’approcher toujours plus prêt de l’interdit hypocrite d’une censure, gage de floutage, devenant de plus en plus dérisoire face aux excès de l’époque. Le cadre alterne ici entre bureaux aux couleurs ternes et lumières frontales ; et appartements modernes aux accents arts déco. Mais les positions restent invariablement ordinaires, tout autant que la mise en scène de Fujii, dont seule la fantaisie de certaines situations laisse transparaître une certaine légèreté.

Faussement féministe, L’Épouse, l’amante et la secrétaire caricature à outrance l’image du paternalisme d’entreprise pour mieux distiller ses moments salaces, dans lesquels on croise au hasard de péripéties scabreuses, un étranger raffolant de vierges en uniforme marin ou un vieil érotomane fantasmant sur les poils pubiens des suédoises. Il y a bien quelques moments cocasses, comme cette séquence en montage parallèle montrant la femme du patron subissant les assauts de son mari à l’étage, alors que la secrétaire se fait violenter par trois agents d’entretien au sous-sol. Mais lorsqu’une relative dramaturgie point au moment où les trois femmes se retrouvent près de l’ascenseur, fondant en larmes de se sentir ainsi bafouées ; l’auteur en annihile toute trace par une bande-son disco envahissant le métrage de bout en bout. Aussi la domination féminine qui s’exerce en dernier ressort apparaît davantage comme une plaisanterie polissonne de plus, qui ne sert que de plat de résistance au climax coquin et “partouzeur” du récit qui s’achève dans la bonne humeur et la futilité.

Comédie graveleuse au vaudeville approximatif et peu crédible, L’Épouse, l’amante et la secrétaire reste un divertissement sans grande ambition, déployant ses registres éculés pour servir de soupape aux fantasmes de salarymen engoncés dans le carcan d’une pression salariale étouffante. Une bagatelle de plus ,aussi inodore qu’inconséquente.

Dimitri Ianni | 9.04.2010 | Japon

L’Épouse, l’amante et la secrétaire est prévu en sortie DVD avec sous-titres français le 5 Mai 2010 chez Wild Side, au sein d’une collection intitulée l’Âge d’Or du Roman Porno Japonais, et qui comportera 30 titres. A noter que l’ensemble des films de la collection a fait l’objet d’une restauration numérique.

Remerciements à Benjamin Gaessler, Cédric Landemaine et Wild Side.

aka New female recruits : From 5pm To 9pm, Onna shinnyushain 5-ji kara 9-ji made, 女新入社員 5時から9時まで | Japon | 1982 | Un film de Katsuhiko Fujii | Avec Junko Asahina, Junichiro Yamashita, Hitoshi Takagi, Miki Yamaji, Nami Misaki, Yuki Yoshizawa
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