L’Evaporation de l’homme

L’éditeur Choses vues continue de faire découvrir des œuvres jusque-là inaccessibles de Shohei Imamura, l’un des cinéastes japonais les plus intéressants à émerger dans les années 60. Il propose depuis début novembre les DVD de plusieurs de ses documentaires, dont En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus et Karayuki-san, ces Dames qui vont au loin. Un an plus tôt, Choses vues avait déjà commercialisé la galette numérique de L’Evaporation de l’homme.

La frontière entre fiction et documentaire est devenue poreuse ces dernières années, sous l’impulsion de cinéastes comme Jia Zhang-Ke. Dans cette « fiction d’une non fiction », selon ses termes, Shohei Imamura s’interroge sur le caractère artificiel de la séparation entre vérité/documentaire et mensonge/fiction.

Tadashi Oshima, agent commercial, a disparu de la surface du Japon comme plusieurs milliers de ses compatriotes chaque année. Ce phénomène, le réalisateur japonais souhaite le comprendre en partant à sa recherche. Accompagné de la fiancée du disparu, il mène une véritable enquête de police auprès de ses collègues de travail, de sa famille et de ses connaissances afin de mieux cerner la personnalité de Tadashi. Le portrait qui en ressort n’est pas très flatteur : faible, malhonnête, porté sur la dive bouteille, pas très bon dans son travail...

Observateur curieux et attentif de la société japonaise, Shohei Imamura ouvre dans la première partie du film une fenêtre sur le Japon du boom économique des années 60. Venus de la campagne, certains jeunes, femmes et hommes, comme Tadashi, émigrent en ville pour travailler dans des PME aux pratiques paternalistes : discours moralisateur avant le début du travail, déjeuner en commun... Pater familias, le patron aide ses employés à se loger, mais officie aussi comme « marieuse ».

Plus extraordinaire encore, le frère aîné de Tadashi, qui est resté à la campagne, a gagné une télévision, mais ne veut pas l’installer. Cela ne se fait pas pour l’unique raison que les riches des alentours n’en possèdent pas !

L’enquête sur Tadashi le mène également à s’intéresser aux relations qu’il entretenait avec des hôtesses de bar, autre pilier de la vie d’un salaryman. L’idée de son film, L’histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar, pourrait très bien avoir germé lors de ce tournage.

Le film bascule au moment où la vérité sur la disparition de Tadashi semble éluder l’équipe du documentaire. Elle décide alors de la découvrir en s’aidant de la fiction. Quelle pourrait être la raison qui aurait finalement poussé cet homme à disparaître ? Une hypothèse ô combien classique est avancée : l’existence d’une autre femme encore inconnue. Hasard ou mise en scène, elle découvre à ce moment-là que la sœur ainée de la fiancée du disparu est une femme entretenue et qu’elle a rencontré seule Tadashi.

La confrontation tendue entre les deux sœurs offre la séquence la plus sensationnelle et la plus célèbre du film. La plus jeune accuse sa sœur d’avoir fréquenté son fiancé, mais celle-ci, malgré l’appui d’un témoin, soutient mordicus que c’est faux. "Qu’est-ce que c’est la vérité, M. Imamura ?" demande l’une des sœurs. "Je ne sais pas", lui répond le cinéaste.

Il fait ensuite la démonstration de la difficulté à faire la différence entre mensonge/fiction et vérité/documentaire, en levant le voile sur les dessous de la scène, comme un prestidigitateur qui livrerait les secrets du numéro qu’il vient de réussir. Difficile en effet de faire la part de vérité, de mensonge, la part du rôle que nous jouons parfois dans notre vie quotidienne ou celui adopté face à une caméra.

La vérité de cette critique, exercice éminemment subjectif, n’est bien sûr qu’une parmi d’autres.

Kizushii | 23.11.2012 | Japon

Remerciement à Francis Lecomte chez Choses vues.

aka 人間蒸発, Ningen Johatsu ⎜ Japon ⎜ 1967 ⎜ Un film de Shohei Imamura ⎜ Avec Shigeru Tsuyuguchi, Yoshie et Sayo Hayakawa, Shohei Imamura
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