L’homme sans passé

Quel bonheur, et ce n’est vraiment rien de le dire - et encore moins de l’écrire que de le voir (il vaudrait mieux dire vivre !!!) - que L’homme sans passé !! Qui peut réussir le tour de force de faire que le spectateur sorte du film la rage au ventre, le cœur rempli d’espoir, et les oreilles remplies d’un miel onctueux provenant de douces et poignantes, mais aussi dansantes mélopées issues du passé précisément !! Un seul nom en ce triste début de millénaire, où la mémoire courte et la vue basse règnent sans partage sur notre monde en ruines, AKI KAURISMAKI !

La Finlande n’est pas terre d’oubli, qu’on se le dise puisqu’elle a enfanté Aki Kaurismäki. Voici un homme capable, à travers l’art de l’illusion par excellence qu’est le septième art, de nous livrer une fable réaliste et revigorante. Armé de sa simplicité, d’une sensibilité incroyable (qui imprègne chaque séquence de ce film si ce n’est chaque plan !), d’un sang froid qui lui permet d’éviter le comique bouffon pour ne pas déflorer son propos, et de cette acuité d’un regard juste et acide sur notre société (occidentale), nous montrant l’impasse dans laquelle elle se jette un peu plus chaque jour... De cette alchimie aux ingrédients les plus simples surgit l’essence de la vie parmi cette folle humanité : survivre malgré tout et aller de l’avant pour peut-être trouver de l’amour ?

Voilà ce que nous offre l’Homme cinéaste Kaurismäki, d’une efficacité incomparable dans son travail !! "Pas de détours, droit au but, et raconter vrai" - telle pourrait être sa devise... Je m’emporte me direz-vous. Ce n’est pas faux, mais bordel, il faut de l’enthousiasme nom de dieu !!! Mon propos certes n’est pas très humble, au contraire de celui de Monsieur Aki Kaurismäki, et si ces lignes s’égarent dans le délire, elle n’en sont pas moins les plus sincères servies par votre dévoué serviteur c’est-à-dire bibi !! Et je serais le plus crétin qui soit si je ne vous parlais pas des acteurs de ce merveilleux film. Je ne citerais pas les noms, ils sont tous incroyables ; serait-ce cette trop fameuse (ou fumeuse) "froidure" nordique qui les rendrait capables de jouer de façon aussi juste et subtile !? Mais sous les apparences trompeuses, jamais l’émotion n’est contenue, elle déborde constamment. Voilà donc un film-école pour tous les acteurs en herbe.

Est-il utile de préciser que la mise en scène est parfaite ? Avec ses fondus aux noirs pudiques qui la ponctuent avec un agréable à-propos, elle donne un rythme subtil qui évite toutes longueurs possibles à ce récit... Et la bande son ?... magnifique ! Une fois de plus la simplicité dénuée de tout artifice, est au rendez-vous. Résultat : c’est un pur régal pour le spectateur - écoutez le passage au bandonéon, la séquence où la directrice du centre de l’Armée du salut (jouée par Annikki Tähti, grande chanteuse populaire finlandaise) chante pour la "nouvelle famille" du héros. Mais attention pour le rocker averti ou nostalgique c’est aussi un festin aux saveurs uniques !! Car Aki Kaurismäki sait partager tous les trésors de jeunesse de sa génération. Ainsi, en bon fan de la déferlante blues et rock des années soixantes, il vous fera peut-être ressortir vos costumes de tuniques bleues, afin de vous faire "faire le tremblement" jusqu’au bout de la nuit. (NdlA : ce langage cabalistique ne s’adresse qu’aux amateurs éclairés, mais je l’espère aussi, saura susciter de la curiosité chez les profanes avides de bonnes choses. Je m’étalerai sur le sujet à une prochaine occasion.)

J’imagine qu’arrivé à ce stade de votre lecture un doute vous assaille... le mec qui écrit ces lignes doit adorer ce film ? Bravo !!!!! Vous avez gagné... une poignée de mains et l’obligation d’aller voir ce film. Seuls, l’énarque-inspecteur des finances le plus endurci et le plus abruti des "bobos" (et sûrement mes voisins du dessus) pourraient rester insensibles à L’homme sans passé et ne pas en saisir la subtilité et la profondeur.

Bref, je résume, de la bonne musique (dont du bon rock), de merveilleux acteurs, un fond de religion, une fable débordante d’émotions, farcie au bon humour, le tout orchestré par un Homme génial d’une sensibilité sans pareil,... y’en a encore qui hésitent à voir ce film ??? Vous savez quoi ? Tant pis pour vous, on vous aura prévenus !!!

Bon ok, j’ai pas fait de résumé, le voilà (en même temps je n’ai pas parlé de la religion et de ses représentations dans le film, c’est que je ne suis pas le plus calé en christianisme, païen que je suis, pis j’ai pas le temps, j’ai sommeil, peut-être un jour dans un supplément, en attendant vous vous ferez votre propre opinion). C’est l’histoire d’un homme qui descend d’un train, sort d’une gare, s’assoit sur un banc, et se fait aplatir la cafetière par trois connards désireux de le dépouiller. Laissé pour mort, sans papiers d’identité, il se réveille subitement dans un hôpital, amnésique, se fait instantanément la malle, et démarre ainsi une nouvelle vie. Voilà, alors contents ? Non ? Alors débrouillez pour voir absolument L’homme sans passé, ça ira mieux après.

P.S. : jeu-concours - le premier qui trouve combien de fois j’ai écrit "Aki Kaurismäki" dans cet article aura la grande satisfaction d’avoir gagné, et le droit à une réponse via email à mon charabia cabalisticomusical !!

Kaelu San | 10.03.2003 | Hors-Asie

Peut-être encore en salles... sinon vous devrez attendre une sortie DVD !

aka Mies vailla menneisyyttä | Allemagne / Finlande | 2001 | Un film de Aki Kaurismäki | Avec Markku Peltola, Kati Outinen, Juhani Niemela, Kaija Pakarinen, Sakari Kuosmanen
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