La Cabane dans les bois

Jules, Dana, Curt, Holden et Marty, quintuor de stéréotypes du cinéma de genre américain – respectivement blondasse, vierge à conquérir, athlète de service, prince charmant et stoner célibataire – embarquent dans leur camping-car pour rejoindre la cabane dans les bois d’un cousin de Curt. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que la bicoque isolée - tout droit sortie de l’album de jeunesse de Sam Raimi, et forte des mêmes contradictions de volume que la caravane d’Emilio Estevez dans Alarme Fatale – est le terrain de jeu d’une étrange corporation qui contrôle chaque détail de leur séjour, dans le but de les transformer en victimes d’un slasher syndicaliste au nom de quelque opération de la plus haute importance.

L’empreinte de sieur Whedon sur le premier long métrage de Drew Goddard, scénariste sur Buffy, Angel et Lost mais aussi auteur du Cloverfield emballé par Matt Reeves en 2008, est évidente dès ses premières minutes, alors que trois ingénieurs teintent d’emblée un supposé film d’horreur d’humour corporatiste et de préoccupations pré-parentales. Dans le ton forcément, puisque la juxtaposition du quotidien et du fantastique, du rire et de l’horreur, a toujours fait le sel du Buffyverse ; à l’image aussi, puisque l’une des blouses blanches est celle de la belle Amy Acker, qui ne daigne venir devant une caméra presque que pour Joss Whedon ; mais dans l’insolence de l’écriture surtout, qui jette immédiatement à la poubelle le providentiel twist du cinéma fantastique post-Sixième sens que constitue la scénarisation du film dans le film. La Cabane dans les bois fait donc immédiatement cohabiter le slasher décérébré et sa propre mise en scène, façon Scream 3 mais avec nettement plus de velléités humoristiques.

Le problème – si tant est qu’il y en ait un - étant que si l’on s’amuse de voir Curt – incarné par Chris Thor Hemsworth – passer d’un avis judicieux (rester groupés) à une attitude suicidaire cliché (se séparer) sur la simple intervention de phéromones diffusées à distance, on ne saurait en même temps ressentir un véritable effroi face à l’assaut de la famille zombifiée d’une jeune morte-vivante au bras mutilé, sous la pourriture de laquelle on reconnait sans peine l’incroyable Jodelle Ferland (Silent Hill, Seed). Le choix de Goddard et Whedon de traiter simultanément le film d’horreur contemporain et sa déconstruction, railleuse et souvent délicieuse (la teinture blonde de Jules, chimiquement altérée, qui la transforme en pétasse ; les interventions d’ingénieurs qui expliquent autant de lacunes d’écriture et autres deus ex machina ; le ton péremptoire et flippant du pompiste au milieu du nulle part ; le jeu sur l’éclairage, les hormones et la températures dans les sous-bois pour inciter Anna Hutchinson à dévoiler ses atouts ; le ras le bol de la supériorité des scénarios asiatiques) se fait forcément au détriment du premier. La Cabane dans les bois, c’est flagrant, se refuse à incarner le film d’horreur qu’il construit.

Mais cela est indéniablement volontaire, ainsi que le dévoile cette célébration d’ingénieurs – ceux-là même qui parient en début de métrage sur la forme que va prendre l’antagonisme de nos « héros » - persuadés d’avoir remporté la partie, qui nous condamne à ignorer un affrontement qui constituerait d’ordinaire le climax du scénario horrifique. Goddard et Whedon ont soupé des traditions héritées du film d’horreur eighties autant que des égarements d’Eli Roth et ses potes, et préfèrent étaler leur humour violent et sans contrainte, celui-là même qui a permis à David Boreanaz de s’incarner en marionnette le temps d’un épisode d’Angel. Et cette fulgurance ébouriffante en fin de métrage, anthologie brillante et condensée de l’imagerie horrifique contemporaine, véritable catharsis, d’incarner une purge explicite des figures éculées du genre (ainsi qu’un détournement sympathique de l’image de la licorne), mille fois plus enthousiasmante que l’habituel catalogue de sévices [1]. Un défaut d’incarnation devient alors évidente qualité.

On pourrait tout de même reprocher à l’écriture d’être un peu spartiate et dirigiste – les héros ne sont en réalité pas dans le schéma classique du slasher (Jules n’est pas blonde, Curt n’est pas décérébré mais brillant, Marty est défoncé mais surtout lucide) mais sont manipulés pour y rentrer, ce que l’on ne percevrait pas complètement si l’on ne nous le disait pas – mais ce serait oublier que, sans prétention mais avec une ambition largement atteinte (filer une beigne au cinéma de genre populaire), La Cabane dans les bois est une singulière et très divertissante réussite. Qui porte en plus en son cœur généreux, dans la séquence qui amène les protagonistes à choisir, bien malgré eux, de stupides zombies pour ennemis, bon nombre de schémas horrifiques chéris que l’on adorerait voir taillés en pièces avec la même intelligence.

Akatomy | 3.04.2013 | Hors-Asie

La Cabane dans les bois est disponible en DVD, Blu-ray et j’en passe, en France comme ailleurs.

[1Que l’on aime bien quand même, hein, ne vous méprenez pas !

aka The Cabin in the Woods | USA | Un film de Drew Goddard | Avec Kristen Connolly, Chris Hemsworth, Anna Hutchison, Fran Kranz, Jesse Williams, Richard Jenkins, Bradley Whitford, Amy Acker, Jodelle Ferland
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