La Colline aux coquelicots

Si la qualité des dernières productions du studio a été largement inégale, l’arrivée du nouveau Ghibli reste un petit évènement en soi. Et l’on commence, bon gré (Arrietty) mal gré (Terremer), à se faire à l’absence de plus en plus marquée du grand Miyazaki. Ici, toutefois, le maître décide d’épauler plus fortement son réalisateur de fils Goro en signant le scénario, après un très décevant Les Contes de Terremer qu’il avait presque entièrement délégué. Et contre toute attente, c’est au niveau de l’histoire que le film pêche le plus…

Umi fait vivre tant bien que mal la pension tenue par sa grand-mère, marquée par l’absence d’une mère souvent partie et d’un père mort au combat en Corée. Un jour, la jeune lycéenne fait la connaissance de Shun. Rédacteur en chef du journal de l’école, il est bien décidé, avec un groupe d’irréductibles, à en sauver le foyer étudiant délabré. Les deux adolescents sont irrémédiablement attirés l’un par l’autre. Mais leur idylle est semée d’embûches.

Les studios Ghibli nous ont toujours habitués à compenser l’apparente simplicité des histoires de leurs films avec la complexité d’un univers fantastique et une grande richesse poétique. Probablement par parti pris, la Colline aux coquelicots ne contient aucun de ces éléments et ce manque de magie fait ressortir la faiblesse d’un scénario cousu de fil blanc. Le film oscille constamment entre l’histoire personnelle d’Umi et son action au sein du groupe d’étudiants pour sauver le foyer. La deuxième est de loin la plus engageante et prétexte aux scènes les plus jubilatoires du film, comme la première visite d’Umi au « Quartier Latin », le nom du bâtiment à l’abandon. Ce manque de focus nuit à la cohérence de l’ensemble et laisse au spectateur un sentiment mitigé d’inachevé. Umi est emportée de situations en situations, certaines sans apport pour l’histoire ou la présentation des personnages. Le réalisateur ne semble pas avoir la patience, comme le faisait si bien son père, de laisser filer une scène, d’exploiter un lieu, un objet ou un personnage pour en tirer le meilleur parti, narratif ou artistique. J’aurais adoré un Ghibli dédié au monde « quasi fantastique » du Quartier Latin, fatras hétéroclite d’objets exotiques, de clubs étudiants et de personnalités hautes en couleur.

Cette dérive féérique visant à conférer à un objet (ou un bâtiment) le statut de personnage vivant, pourtant très Ghibli, est circonscrite ici, par le choix surprenant du réalisateur. La Colline aux coquelicots est probablement l’un des films du studio le plus ancré dans son pays d’origine ainsi que dans une époque réelle. Aux lieux et temps indéterminés de la plupart des productions antérieures, l’œuvre revendique fièrement son origine japonaise, et l’inscrit dans un après-guerre (mondiale et de Corée) traumatisant pour le pays du Soleil levant. Le contraste entre une Yokohama encore rurale et une capitale bourdonnante et électrique, l’explosion d’une industrie naissante représentée par les paquebots et les fumées des usines de bord de mer créent une atmosphère saisissante et portent les thèmes récurrents de la modernisation et de repères ancestraux qui se troublent. Cet ancrage nostalgique dans une réalité historique, bien que rédhibitoire pour le monde magique des chefs d’œuvres de Miyazaki père, est pourtant une réussite. Il permet de creuser l’origine et les motivations des personnages qui en obtiennent une vraie épaisseur et véhiculent une réelle émotion.

Le soin apporté aux arrières plans et aux graphismes en général renforce encore cette impression documentaire et fait en outre de l’œuvre un vrai plaisir pour les yeux. Les décors sont visuellement somptueux et d’un exceptionnel niveau de détail, en particulier dans les scènes d’intérieur. La même attention a été portée à la réalisation, qui évite les plans fixes et suit constamment des personnages en perpétuel mouvement. Peu de calme, en effet, pour nos héros qui montent et descendent en permanence (sur la colline, dans le Quartier Latin, à Tokyo, …), poursuivis par une caméra dynamique et dont le rythme compense en partie l’intérêt limité de la trame narrative. Un rythme qui se retrouve également dans une bande jazzy du plus bel effet, en accord parfait avec le parti pris historique, cet après-guerre fourmillant et américanisé. On sent que Miyazaki, via cette cadence presque trop rapide, hésite entre renaissance salutaire et modernisation débridée. La légende veut que le coquelicot soit la seule fleur qui puisse repousser sur les champs de bataille. C’est également la fleur du souvenir, d’où un équilibre délicat à trouver.

C’est ce même équilibre entre narration et animation qu’on aurait souhaité que le réalisateur trouve ici. Avec quelques séquences jubilatoires, son dessin léché mais une trame trop légère, l’ensemble donne un Ghibli inégal mais qui fait un film agréable. Goro Miyazaki gravit encore la colline de son apprentissage. Le sommet, pour son prochain métrage ?

David Decloux | 6.01.2012 | Japon, Animation

La Colline aux coquelicots sort sur les écrans français le 11 Janvier prochain.
Un grand merci à Zvi David Fajol et WayToBlue.

aka Kokuriko-zaka kara - コクリコ坂から | Japon | 2011 | Un film de Goro Miyazaki | Scénario de Hayao Miyazaki et Tetsurô Sayama
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