La Guerre des mondes

N’y allons pas par quatre chemins, le dernier bébé de
Steven Spielberg est un énorme chef-d’œuvre. Le mot
pourra paraître trop gros pour certains, ridicule pour
d’autres... laissez-les dire. Ce film est une réussite à
tellement de niveaux, que cela en devient indécent pour
le reste des réalisateurs en fonction autour du globe.

La marque des grands réalisateurs est de savoir sans
arrêt se réinventer, et surprendre le public là où
celui n’attend justement plus aucune surprise. La
première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on
s’apprête à aller voir un film de Spielberg où il est
question d’extraterrestres, est sans nul doute que ces
derniers soient de gentils petit gars. Oubliez tout çà
 ! War of the Worlds n’a rien d’un film léger à la ET. Loin de là au contraire, c’est une œuvre d’une
noirceur sans pareil. Le genre de noirceur qu’il est
étonnant de retrouver dans un blockbuster US de l’été.
Justement : sous ses aspects de grosse
machine, War of the Worlds est bien plus que ça. Avant
d’être un film spectaculaire, c’est un film social.

Ce sont ici les tréfonds de l’âme humaine qui sont
exploités dans tout ce que celle-ci a de plus sombre.
Spielberg se lâche et range les bons sentiments au
placard. Certaines des séquences - notamment celle de l’attaque de la voiture des héros par une foule en colère - vous fera penser très vite à celle de l’attaque du camion dans L’Armée des morts. La foule y est ici sans visage et animée par un seul sentiment - celui de la
haine. L’homme, dans des situations extrêmes, peut se
montrer encore pire que n’importe quel animal. Spielberg l’a compris, et le démontre avec une violence peu commune pour un réalisateur tel que lui. Si l’on aurait donc pu s’attendre à un bridage, il n’en est rien. Mais ce
n’est que la partie émergée de l’iceberg. La vraie
force de l’histoire se cache dans l’interprétation de
Tom Cruise et de sa petite famille. Car bien avant
d’être l’histoire d’une attaque extraterrestre contre
la Terre, War of the Worlds est l’histoire d’un homme
qui réalise ce que c’est d’être un père, et ce qu’il
peut être amené à faire pour protéger ses enfants.
Les épreuves que Cruise traverse durant ce film
auraient de quoi en laisser plus d’un pantois. Ce qui
frappe aussi dès le départ est le traitement accordé à son personnage. Pour un acteur de son calibre, on pouvait craindre que celui-ci soit tourné en héros ou en une sorte d’icône américaine défendant les valeurs de l’oncle Sam.Rien de tout cela n’arrive dans le film. Nous sommes face à un homme, avec ses forces et ses défauts comme vous et moi ; il
est profondément humain et c’est cela qui rend
l’attache émotionnelle envers l’histoire encore plus forte.

L’émotion justement est au rendez-vous, car on ne peut
s’empêcher d’avoir un pincement au cœur en voyant
certaines images et en repensant à ce qu’elles réveillent
dans l’inconscient collectif. De l’attaque du 11
septembre à l’exode de population pendant la Seconde
Guerre Mondiale, Spielberg utilise l’Histoire
américaine et mondiale de façon très intelligente dans
le film. Là où d’autres réalisateurs auraient sorti
les clichés pour mettre en avant la vaillance au
combat des soldats de l’oncle Sam, il nous donne ici
une image bien plus humaine de ces foules
hétéroclites et multiculturelles. Ce ne sont pas juste
des américains, mais des êtres humains comme tout le monde. L’absence de patriotisme à la con sert grandement
la puissance dramatique du film. Depuis quelque pays que
ce soit, on peut connecter sa propre histoire à ce
parcours dramatique.

Mais il faudra alors s’armer d’une certaine dose de
courage car certaines séquences resteront dans
votre esprit bien après la fin du film. L’attaque du 1er
tripode et sa violence sèche, jusque là improbable pour
un Spielberg, l’attaque de la voiture par la foule,
les parallèles avec le 11 septembre, la scène de la
rivière... tout tend à créer un climat d’horreur
psychologique. Le voyage des héros s’avère aussi
éprouvant pour eux que pour nous. C’est là la plus
grande réussite du film. On est avec les héros du
début à la fin, la connexion s’établit très vite, on
s’y reconnaît et on ne les lâche plus. De telles
réussites dramatiques sont rares de nos jours. Mais au-delà de la portée intellectuelle du film, il y a
la portée grand spectacle et cinématographique tout
court, et dans ce domaine Spielberg fait de nouveau des
étincelles. Jusque-là, Robert Zemeckis et d’autres
s’amusaient à chaque film à redéfinir la grammaire
cinématographique. Spielberg démontre ici qu’il est
bel et bien capable de le faire lui aussi, et de façon
encore plus splendide que ses confrères. La scène de
la fuite en voiture est un monument de mise en scène,
autant que du point de vue des effets spéciaux.
L’intégration blue-screen et image live se révèle
bluffante. Dans le suspense classique aussi, Spielberg
fait des prouesses. Une scène reminiscente de
l’attaque des raptors vous glacera ainsi le sang... Je pourrais parler encore des heures de ce film,
mais même les plus longues déclarations d’amour ne
suffiraient pas à dire tout le bien que je pense de ce
chef-d’œuvre.

Réussir sous couvert d’un film d’été, une aussi
parfaite étude de l’être humain et de ses travers en
temps de crise, frôle le génie absolu. Spielberg frappe
fort avec ce film, tellement fort que même 24 heures
après la fin de la projection, j’en suis encore sur les rotules. Un chef-d’œuvre !!!

Marcus Burnett | 8.07.2005 | Hors-Asie

La Guerre des mondes est sorti sur les écrans français le 6 juillet dernier.

aka War of the Worlds | USA | 2005 | Un film de Steven Spielberg | Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Miranda Otto, Tim Robbins, Rick Gonzalez, Yul Vazquez, Lenny Venito, Lisa Ann Walter, Morgan Freeman
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