La Nuit de la Mort !

L’image&son vous réserve parfois de sacrées surprises comme celle d’une projection improbable ; en ce qui me concerne, la dernière en date remonte à hier soir. En effet, pris d’un élan de courage, je me décidais à réveiller l’ultime VHS qui dormait dans un placard depuis plusieurs années. Sur l’étiquette, j’avais inscrit : "LA NUIT DE LA MORT (vieux film d’horreur français)". Tout un programme...

Tourné en trois semaines, pour un malheureux million de francs, La Nuit de la Mort ! est ce que l’on pourrait appeler un film de cinémathèque ; le genre d’objet cinématographique à ne pas mettre entre toutes les mains pour cause d’incompréhension sévère, qui renferme cependant de bonnes idées dans un produit globalement moyen, pour ne pas dire médiocre. Commençons d’ailleurs par cet aspect : pour être tout à fait clair, c’est monté avec le cul et souvent joué avec les pieds, ce qui n’a pas été sans provoquer chez moi quelques éclats de rire, à l’image du culte "Déjà dix heures !" de Thierry Lhermitte dans Notre univers impitoyable ; les connaisseurs apprécieront la référence. Pourtant, passé ce temps d’adaptation nécessaire pour intégrer le fait que l’on n’est pas devant une production bien ficelée mais bien devant une tentative d’auteur à trois sous (la tentative, pas l’auteur), les défauts de forme s’estompent pour finalement laisser place aux qualités de fond.

Résumons rapidement : la jeune Martine débarque un matin dans une maison de retraite pour y travailler comme gouvernante. Dès le lendemain, sa devancière disparaît mystérieusement. Au fil des semaines, Martine va rassembler plusieurs indices qui vont la mener vers les conditions réelles de cette disparition : la directrice de l’établissement et ses pensionnaires se nourrissent de chair humaine afin de ralentir le travail des années sur leurs propres corps...

Le film de vieux serait-il finalement un sous-genre, comme le W.I.P ou le film de freaks ? En tout cas, il y a du potentiel, surtout dans le domaine de la flippe. Ajoutant une touche d’humanité (et donc de conscience) au côté inévitable et lent du zombie, le vieux peut effectivement générer l’angoisse, surtout lorsqu’il attaque en groupe ; les plans fixes présentant les pensionnaires en train de s’avancer vers la caméra pour rejoindre leur dîner humain ont ce je-ne-sais-quoi de dérangeant qui vous donne froid dans le dos. Au rayon des antiquités cannibales, certains me renverront peut-être au Rabid Grannies de la Troma, mais le registre est bien différent. Certes, La Nuit de la Mort ! joue également du gore, mais il ne s’agit pas d’une succession gratuite d’effets à vocation divertissante. Bien que fortement limité par les contraintes de temps et d’argent, on sent que le réalisateur a tenté de soigner la forme des principales scènes du film ; en travaillant la composition du cadre à l’aide d’ombres/lumières artificielles, en donnant une cohérence à sa piste sonore par l’intermédiaire de thèmes récurrents aux accents baroques, Raphaël Delpard a probablement lorgné du côté de Dario Argento.

De plus, le scénario tient à peu près la route puisqu’étonnamment, je ne me suis pas détaché du récit, curieux de savoir finalement à quelle sauce Martine allait être mangée... On pourrait même rapprocher les dernières minutes du film au survival-horror, tant le personnage évolue de piège en piège, à l’image d’une Alice au pays des cauchemars.

Bref, La Nuit de la Mort ! n’est pas le film du siècle, ni de l’année, ni même de la semaine, mais sous l’aspect d’un bon vieux nanar français, il dissimule pourtant une tentative courageuse de fable gore, suffisamment intéressante pour se déplacer en cinémathèque ou sortir une VHS de sa léthargie.

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