La Pègre

Après avoir vu sa sortie en France retardée, puis cantonnée à une distribution restreinte, l’édition du DVD de La Pègre est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir ce film. Pour résumer, la quatre-vingt dix-neuvième réalisation d’Im Kwon-taek, c’est Les Affranchis de Martin Scorcese vu par Oliver Stone, le flamboiement des deux réalisateurs américains en moins.

Le célèbre réalisateur coréen retrace l’ascension au sein de la pègre d’un adolescent, Choi Tae-wong, de 1957 jusqu’au début des années 1970. Venu venger l’un de ses « hommes », tabassé par des adolescents appartenant à autre lycée, il se fait planter un couteau dans la cuisse en venant les défier sur leur terrain. Le surin toujours en place, il poursuit le coupable jusque chez lui afin que celui-ci retire lui-même l’arme. Son destin sera dès lors lié à cette famille d’un politicien démocrate, qui va l’adopter et dont il tombe amoureux de la fille, Hae-ok.

Im Kwon-taek s’est lancé dans un ambitieux projet. La Pègre est à fois une « Success story », un film de gangsters et un film sur le couple qui s’inscrit dans le contexte de près de 30 ans de soubresauts politiques en Corée du Sud. Le film est organisé autour des grandes dates de cette période (la démission de Syngman Rhee en avril 1960, le coup d’état militaire de Park Chung-hee en mai 1961, la naissance de la quatrième république à la fin de l’année 1972...). Il ne s’agit pourtant pas de réaliser une fresque historique, mais de dénoncer la corruption de cette époque.

Notre gangster prospère grâce à sa collusion avec les services secrets (KCIA), dont il finance les protégés politiques en échange de l’attribution des contrats de construction de l’armée. Son enrichissement est calqué sur celui de la Corée, ou plutôt d’une partie de sa population. Le film se termine d’ailleurs peu après l’établissement de la constitution « Yusin » ("renouveau"), qui voit le renforcement de la dictature. Le pays du Matin Calme va alors se spécialiser dans les exportations pour doper son développement et devenir l’un des 4 dragons asiatiques. Le pouvoir ne va pas pour autant abandonner les vieilles recettes. Sous sa protection, Choi Tae-wong va s’engager dans cette nouvelle voie pour continuer à s’enrichir. Sans les nommer, Im Kwon-taek dénonce les chaebols, qui ont fait leur fortune grâce au soutien des dictateurs.

A l’inverse des films de gangsters classiques, la pègre coréenne décrite dans cette production ne contrôle pas les hommes au pouvoir, mais est contrôlée par eux. Choi Tae-wong et son « boss » Chang-pil vont en faire l’amer expérience. Ils ne sont pas les maîtres du jeu comme ils le pensent et ne détiennent pas le monopole de la violence. La pègre n’est pas celle que l’on croit, explique la femme de Choi, Hae-ok, la dictature coréenne est bien pire car elle se drape dans le manteau de la (extrême-)droiture. Hae-ok symbolise la Corée, coincée entre son mari gangster aux ordres de la dictature, mais qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer, et ses aspirations démocratiques héritées de son père. Les deux personnages sont plusieurs fois séparés avant de se retrouver finalement, mais il faut payer le prix du sang.

Ce film représente également l’occasion pour Im Kwon-taek d’évoquer le monde du cinéma de cette époque qu’il a bien connu. Après la prise de pouvoir de Park Chung-hee en 1961, qui lance une campagne contre le vice et la corruption, Choi Tae-wong se range des voitures et souhaite produire des films. Censure (pas de scènes d’amour trop osées ou de critiques de l’armée américaine), acteurs et actrices qui tournent dans plusieurs films en même temps, etc. le cinéma coréen traverse une époque d’appauvrissement culturel. La production va être monopolisée par les films anti-communistes et les quota-quickies.

Si certains films coréens récents, pourtant prometteurs, sont plombés par trop d’esbroufe, Im Kwon-taek nous offre une mise en scène classique et économe. En un seul plan, le réalisateur coréen en dit autant que plusieurs minutes de dialogue. Ainsi lorsque Choi Tae-wong retrouve Hae-ok, dont il avait été séparé, et apprend que son père ne veut pas qu’il fréquente sa maison et donc sa fille, on le voit s’éloigner dans une plan large quasiment vide... Quant aux scènes d’actions qui parsèment le film, elles sont sèches et efficaces.

L’édition DVD de La Pègre sera disponible à partir du 19 avril dans la collection Asian Star. Les bonus comprennent des extraits de films de Im Kwon-taek, mais surtout une interview en deux temps de Pierre Rissient, très bon connaisseur du cinéma asiatique et d’Im Kwon-taek, qu’il a d’ailleurs conseillé sur le montage de La Pègre, par Jean-Pierre Dionnet, directeur de la collection. Au cours d’une introduction de dix minutes, Pierre Rissient présente les principales thématiques du film. Dans un entretien de même durée à la fin du film, Pierre Rissient élargit son propos en évoquant la longue carrière d’Im Kwon-taek.

En même temps que La Pègre, Asian Star sort le film le plus connu en France d’Im Kwon Taek, Ivre de femmes et de peinture, l’excellent PTU de Johnny To, La Mélodie du Bonheur avec des zombies de Takashi Miike, Happiness of the Katakuris, Dragon from Russia de Clarence Ford et La Voie du Jiang Hu de Wong Chin-po.

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