La Petite balle lancée par un nain

La Petite balle lancée par un nain L’histoire de Kim, un nain, de sa femme et de ses trois enfants dans la Corée des années 70. La famille vit dans un bidonville, Hengbokfong (« bonheur »), situé au milieu des marais salants dans lesquels la majeure partie de la population locale travaille. Le plus grand des fils (interprété par Ahn Sung-ki) sort de prison et rejoint les siens, bien décidé comme son petit frère et sa sœur, à travailler pour offrir à leur père le repos qu’il mérite enfin. Raillé par beaucoup, Kim entend pourtant bien continuer à travailler tant qu’il le pourra. Mais la troupe de cirque dont il faisait partie est dissoute ; il trouve alors un emploi, détestable, en tant qu’ouvreur pour un bar, vêtu d’un habit ridicule. Son aîné refuse d’accepter qu’il s’humilie de la sorte et trouve un travail dans une fonderie. Lui qui avait pourtant promis à l’amour de sa vie, aujourd’hui call-girl, de poursuivre ses études pour sortir de ce monde... Un jour, un industriel décide que le bidonville doit être rasé, les marais salants comblés au profit d’une usine. Les familles de Hengbokfong ont un mois pour se reloger, avec les quelque 500 000 Wons de dédommagement qui leur sont proposés - sachant qu’à l’époque, un appartement de petite taille coûte déjà plus de dix fois plus. Peu à peu, Kim perd pied dans ce monde qui refuse de l’aider à s’intégrer et survivre, et se prend à rêver de partir pour un pays imaginaire, situé sur la Lune : le pays des nains. Mais la prise de la réalité sur les rêves est tenace et autrement plus cruelle...

Loin du « tout entertainement » qui règne aujourd’hui en maître dans le pays, le cinéma coréen des années 80 est un cinéma social et engagé ; un paradoxe quand on sait que la censure est alors bien présente. Parent proche sur beaucoup d’aspects du cinéma d’Im Kwon-taek de la même époque, le film de Lee Won-se, adaptation du roman homonyme de Cho Sehui [1], est un portrait sans concession du coût humain de l’industrialisation forcenée de la Corée du Sud, dans la seconde moitié des années 70.

Quelle ironie que ce nom de Hengbokfong... Pourtant effectivement, lorsque La Petite balle lancée par un nain s’ouvre sur le retour d’Ahn Sung-ki au domicile familial, les habitants du bidonville semblent, à l’image de Kim, heureux, d’une certaine façon. Ou tout du moins, fiers : ils ont travaillé toute leur vie, ont élevé leurs familles dans le respect des valeurs humaines, ont construit leurs maisons de leurs propres mains. Kim est un père fatigué - de sa différence, du travail, de l’exclusion - mais aimé de ses enfants et de sa femme, qui ne semblent vivre que pour lui, au mépris de leur propre personne. La figure de l’exclu parmi les exclus peut paraître extrême, dispensable au discours du réalisateur, pourtant la figure du nain, père merveilleux et seul être qui s’accroche, jusqu’à la folie, à ses rêves, est remarquablement utilisée par Lee Won-se, sans jamais forcer le pathos : elle est celle de la petite personne, au sens physique comme au sens social. Kim offre un point de vue différent, presque à hauteur d’enfant sur ce monde impitoyable, dans lequel les femmes s’offrent aux hommes pour vivre, dans l’espoir de trouver un riche avec qui s’acoquiner, et les hommes travaillent pour une misère, jusqu’à l’épuisement, l’alcoolisme ou la folie - voire un peu de tous. Pendant ce temps là, le pays se construit sur leur dos.

Parmi tous les personnages qui accompagnent Kim dans sa descente sociale inexorable, le fils interprété par Ahn Sung-Ki - déjà doté d’une présence remarquable à l’écran - est le plus intéressant. Il porte silencieusement sur ses épaules la responsabilité des difficultés économiques de sa famille, même si ce fait n’est jamais clairement explicité, tout au plus induit par cette promesse faite à l’amour de sa vie de mener ses études à bien, qu’il n’a pas pu tenir. C’est sa gestuelle tout entière qui traduit son fardeau, Ahn Sung-Ki peinant presque à se déplacer ; un handicap qui devient réel lorsqu’il tente de travailler dans une fonderie et se brûle le pied. Sa sœur aussi est l’un des vecteurs sociaux les plus marquants du film, allant jusqu’au meurtre pour tenter de conserver, coûte que coûte, la maison, précaire, qui symbolise leur vie qui l’est tout autant.

La Petite balle lancée par un nain est un film triste. Car cette balle du titre est un véritable appel au secours silencieux, celui d’un homme qui aimerait être reconnu par son pays - comme élément culturel et économique notamment, le sel étant un atout historique de la région - tout autant que par les siens, n’être jamais pris de haut. Mais cette balle retombe, sans que personne l’ait attrapée en vol : c’est alors Kim lui-même qui chute, littéralement, symbole d’une nation prête à sacrifier les siens pour s’affirmer au plan international. Il faut attendre les dernières scènes du film pour qu’enfin la ville moderne apparaisse à l’écran : les paysages ruraux, exclusivement horizontaux, s’éclipsent au profit d’un déplacement vertical dans l’ascenseur d’un building. Une ascension impersonnelle, qui marquera la fin d’une époque comme de toute une communauté. Kim, lui, aura tenté de s’élever aussi, de se rapprocher de ses rêves : mais la verticalité lui demeure interdite, le condamnant, par le retour brutal à l’horizontalité de cette terre saline et méprisée, à la mort.

La Petite balle lancée par un nain a été diffusé au cours de la 28ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), dans le cadre du Focus Corée : Corée au coeur.

[1Disponible en français au éditions Actes Sud.

aka 난장이가 쏘아올린 작은 공 - Nanjeongiga soaolrin jakeun kong - A Ball Shot by a Midget - A Small Ball Shot by a Dwarf - Le petit jongleur | Corée du Sud | 1981 | Un film de Lee Won-se | Avec Jeon Yeong-ja, Ahn Sung-ki, Kim Chu-ryeon, Geum Bo-ra, Jeong Yeong-san
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