La rose sauvage

1932 est une année chargée pour Sun Yu qui outre La rose sauvage réalisera deux autres films, L’aube et Du sang sur le volcan qui ont également été présentés à Chaillot. Comme souvent chez lui, une jeune femme occupe la place centrale du récit. Un rôle qui sera ensuite dévolu à son actrice fétiche Li Lili, mais qui pour l’occasion est endossé par Wang Renmei, également une célèbre danseuse de l’époque. Un goût pour les danseuses dont il fait bon usage...

Au cours de la scène d’ouverture du film, Wan Renmei, à la fois sensuelle et garçon manqué, rayonne de bonheur alors qu’elle virevolte à travers le village suivie par une volée de gamins. Par le charme de ses actrices, mais également de ses acteurs dans ce film, sa technique du montage et de la caméra, Sun Yu transmet d’une manière admirable au spectateur l’énergie, la joie de vivre de ses personnages. Il en donnera encore la preuve plus tard au cours du film lors d’un magnifique travelling suivant les principaux personnages cheminant dans Shanghai, bras dessus, dessous.

La rose sauvage conte la romance entre une jeune femme habitant un village de pêcheurs et un jeune peintre qui appartient à la jeunesse dorée de Shanghai. Suite à la disparition du père de la petite paysanne, le peintre tente sans succès de l’introduire dans la bourgeoisie shanghaienne. De dépit, il quitte sa famille et en compagnie de la rose va partager le sort des classes laborieuses.

Film muet, La rose sauvage offre certaines scènes que l’on ne rencontre qu’à cette époque de l’histoire du 7ème art. Les larmes de l’héroïne brillent ainsi d’une lueur quasi-surnaturelle, alors qu’elle s’escrime sur son métier à tisser en pensant à son amoureux abandonné à Shanghai. Quant aux regards qu’ils s’échangent...

Mélodrame social, l’humour n’est pourtant jamais bien loin. Ainsi notre cendrillon étrennant pour la première fois des souliers va semer la zizanie dans la soirée organisée par le père du peintre pour la bonne société shanghaienne.

Mélodrame social qui se veut également un appel à la résistance. Au défilé des enfants armés d’épées de bois au début répond celui des engagés volontaires sur lequel se clôt le film. L’action est précisément datée par les événements historiques de l’agression japonaise en Mandchourie de septembre 1931 (ils s’empareront de Shanghai au début de 1932). Fidèle à la tradition réaliste, à laquelle il appartient, d’une partie de la production de l’époque, Sun Yu y intègre des scènes tournées à Shanghai lors de ces événements.

Si une partie de la production shanghaienne des années 30 peut être qualifiée de néoréalisme avant l’heure, les similitudes des poses de Silvana Mangano dans Riz Amer et celle de Wang Renmei dans La rose sauvage, choisie pour la photo de l’affiche "La Chine à Chaillot" sont surprenantes. La gracieuse danseuse chinoise ne dégage cependant pas autant de sensualité que La Mangano.

Diffusé à la Cinémathèque Française (Paris) dans le cadre de la rétrospective "La Chine à Chaillot en 100 films".

aka Ye Meigui | Chine | 1932 | Un film de Sun Yu | Avec Wang Renmei, Jin Yan, Ye Juanjuan, Zheng Junli, Han Lan’gen
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