La vengeance est à moi

Imamura nous entraîne dans le Japon des années 60, nous plonge dans la démence exemplaire d’un homme, Iwao Enokizu (Ken Ogata), qui passe de la petite escroquerie au crime abject.
Après une période de plusieurs années sans fiction, où il tourne des documentaires pour la télévision, Imamura se passionne pour l’histoire relatée par Ryuzo Saki. Inspiré d’un fait réel, le drame nous conduit dans de nombreuses villes où le criminel sévit, s’attaquant à qui bon lui semble, sans réels mobiles. Imamura d’ailleurs ne s’appesantit pas sur les causes, il se contente de manipuler le microscope, en faisant brièvement référence à une humiliation familiale qui a détruit l’autorité paternelle.

Iwao a perdu cette notion précieuse, lorsque son père (Rentaro Mikuni) a été battu par des militaires, pour ne pas avoir obéi à un ordre de réquisition de son bateau de pêche. Après avoir séjourné en maison de correction et en prison, il officie comme interprète pour l’armée américaine, et finit par revenir à la maison avec son épouse, bouddhiste qu’il convertit au catholicisme. Décontenancé par le comportement de son mari, qui multiplie les arnaques, et finit par se retrouver une nouvelle fois en prison, elle entretient une relation trouble avec le père d’Iwao.
Dehors, les ennuis continuent pour Iwao, qui parcourt le Japon et commet des crimes, en s’octroyant le titre d’universitaire, de juriste, pour tromper les gens et leur soutirer de l’argent. Si la police finit par le démasquer, elle ne parvient pas pour autant à démasquer les mobiles de cet homme, dont le seul but semble être l’extériorisation de la violence meurtrière et sexuelle. Une volonté d’affirmer son être, de donner un sens à son existence, d’assumer sa bestialité, dans un Japon aseptisé et au sein d’une famille chrétienne, qui se refuse à accepter l’évidence des instincts humains, en privilégiant davantage le refoulement et l’hypocrisie.

A travers l’exposé froid des faits, Imamura s’intéresse une nouvelle fois à la marginalité, et à la banalité de l’horreur. Il utilise des procédés utilisés d’ordinaire dans le documentaire, en datant notamment les actes du criminel et en signalant les endroits où il les a perpétrés. Le tour de force réside dans le fait, qu’à côté de ces aspects réels horrifiques, Imamura se permet de rendre le personnage comique, sympathique, et finalement familier. Paradoxalement, il apporte un peu de bonheur dans la vie d’une jeune femme, qui finit par connaître son secret et l’accepte. En retour, elle apaise ses ardeurs.

C’est là le génie du réalisateur, qui ne réduit pas l’être humain à un seul trait de personnalité, mais le contemple dans son entière complexité.

Sébastien Bondetti | 19.05.2004 | Japon

Dispo en DVD HK All Zone, sous-titré en anglais, chez Panorama Ent. / Shochiku Co.
Audio : Dolby Digital 5.1 Surround, Dolby Digital Stereo
Vidéo : Widescreen 1.85:1
Bonus : Filmographie, biographie du réalisateur

La vengeance est à moi est par ailleurs disponible en DVD NTSC japonais zone 2, sans sous-titres.

aka Fukushu suru wa ware ni ari - Vengeance is Mine | Japon | 1979 | Un film de Shohei Imamura | Avec Ken Ogata, Rentaro Mikuni, Chocho Miyako, Mitsuko Baisho, Mayumi Ogawa, Nijiko Kiyokawa
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