Lakeside Murder Case

Masques sociaux...

Shunsuke Namiki, directeur artistique dans une agence de pub, entretient une relation adultérine avec Eisako, une jeune et jolie photographe... mais cette relation n’est plus vraiment un secret pour sa femme, Misako, dont il est officieusement séparé. Shunsuke doit rejoindre Misako et sa fille en dehors de Tôkyô, à un entretien aux allures d’examen d’entrée dans un très prestigieux cours privé. Là-bas, deux autre couples accompagnent leurs enfant. La tension est palpable, et les questions posées par le tuteur Tsukumi mettent mal à l’aise Shunsuke... Mais le calme que dégage la villa isolée fait retomber la tension, et tout le monde semble enfin se relaxer. Eisako, prétextant un oubli de sa part, apporte un pli à Shunsuke ; surprise générale dans l’assemblée, la tension est à nouveau palpable. Eisako s’en retourne dans son hôtel. Alors que Shunsuke part la retrouver, il ne parvient à la joindre, et décide donc de rentrer à la villa. A peine est-il revenu, qu’il fait face aux deux autres couples entourant sa femme. D’une pâleur cadavérique, le visage grave, celle-ci lui annonce qu’elle vient d’assassiner Eisako...

Autant vous l’avouer tout de suite, je fais partie de l’apparente minorité de spectateurs qui semble apprécier les films de Shinji Aoyama ; qu’il s’agisse de son brillant premier long-métrage Helpless, de son chef-d’œuvre inspiré par un morceau de Jim O’Rourke Eurêka, de son incursion dans le monde des petits malfrats Chinpira, ou encore de sa traversée de l’univers de Maiku Hama dans l’excellent et onirique La Forêt sans Nom, le cinéaste possède une réelle vision des choses passionnante dont il est difficile de s’échapper, pour peu que l’on se laisse happer par ses mises en images envoûtantes. Avec Lakeside Murder Case, une adaptation du best-seller de Keigo Higashino, Aoyama délaisse un cinéma que certains qualifieront d’ "auteurisant" pour se focaliser sur une sorte de thriller aux allures de pamphlet sociétal d’une rare acuité...

...si au premier abord Lakeside Murder Case a tout du parfait thriller Hitchcockien, il glisse très rapidement vers des horizons beaucoup plus proche du brûlot à l’encontre de l’éducation au Japon, qu’il s’agisse de celle fournie par le système éducatif au même titre que celle des parents. Aoyama utilise le meurtre pour atteindre une sorte de climax paroxystique, voire métaphorique, sur la société nippone contemporaine qui veut que pour réussir il faut être le meilleur, quitte à recourir à la pire chose dont soit capable l’être humain : le crime. Les adultes présents dans Lakeside Murder Case sont l’archétype même, à la limite de la caricature, de ce dont sont capables des parents pour que leurs enfants soient les meilleurs, et qu’aucun obstacle n’entrave leur chemin. Au beau milieu de ce monde d’apparence, le personnage de Shunsuke fait figure d’humain indomptable, lui qui ne comprend pas la méthode de pensée élitiste dans laquelle semble être embourbée la micro-société qui l’entoure. L’ "amour filiale" des parents prêts à tout pour que leur rejeton devienne l’élite de la société de demain... Aoyama s’en amuse, et dissèque non sans un certain humour -noir- les us et coutumes de ses compatriotes en exagérant à outrance leurs traits de caractère, les transformant en de véritables monstres qui semblent dénués d’une quelconque once d’humanité.

Si la mise en scène de Shinji Aoyama se fait ici plutôt discrète, c’est certainement pour laisser aux acteurs la possibilité de donner le meilleur d’eux même ; ainsi, le casting énorme de Lakeside Murder Case explose à l’écran, de l’immense talent de Koji Yakusho, en passant par Akira Emoto, stupéfiant de froideur et de machiavélisme, Hiroko Yakushimaru (qui marque peut-être enfin son véritable retour sur grand écran) belle et touchante, Etsushi Toyokawa, à la fois inquiétant et rassurant, ou Shingo Tsurumi qui endosse à merveille le rôle du pleutre père de famille, sans état d’âme dès lors qu’il s’agit de la réussite de son fils...

En s’immisçant dans l’univers ultra-codifié du thriller, Shinji Aoyama lorgne plus volontiers du côté des pamphlétaires que de celui des romanciers ; Agatha Christie rôde, mais la critique noire et cinglante d’une société malade y prédomine, sans parler du poids qu’elle met sur les épaules de ses enfants dès le plus jeune âge. Lakeside Murder Case s’extirpe finalement du film de Genre pour devenir une réflexion à voix haute de la part d’un auteur-réalisateur... bref, une chose est sûre, Lakeside Murder Case n’est pas le film qui réconciliera Aoyama et ses nombreux détracteurs.

Note : cette chronique évitant de "spoiler", elle omet volontairement bon nombre d’éléments.

En salles au Japon depuis le 22 Janvier 2005.

Site Officiel : http://www.lakeside-mc.com/

aka Reikusaidomaadaakeesu - Reikusaido Mâdâ Kêsu | Japon | 2004 | Un film de Shinji Aoyama | D’après le roman Lakeside écrit par Keigo Higashino | Avec Koji Yakusho, Hiroko Yakushimaru, Etsushi Toyokawa, Akira Emoto, Shingo Tsurumi, Hiroko Maya, Kaoru Sugita, Fukumi Kuroda, Yuko Mano
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