Last Train Home

Chaque année à l’occasion du nouvel an chinois, les gares de l’Empire du milieu sont prises d’assaut par les travailleurs qui veulent profiter de quelques jours de congé pour aller revoir leur famille. La police, parfois aidée par l’armée, doit canaliser une véritable marée humaine ; certains plans du documentaire sont particulièrement impressionnants.

Mais derrière ces images spectaculaires, le vrai sujet de Last Train Home est la désagrégation des liens familiaux, provoquée par l’exode économique forcé des travailleurs, des campagnes vers les villes. Là où se trouvent travail et argent. Cette émigration a provoqué l’éclatement des familles, des parents et des enfants, des maris et des femmes.

Fan Lixin s’est intéressé au destin de la famille Zhang, dont le père et la mère travaillent dans une usine de confection à plusieurs jours de train de leur village natal du Sichuan. Ils ont deux enfants - une fille, Qin, âgée d’une quinzaine d’années, et un garçon, plus jeune - qui sont élevés par la grand-mère. Comme pour les autres travailleurs migrants, le nouvel an est l’une des rares occasions où tous les membres de la famille se réunissent. Il est donc hors de question de ne pas prendre le train.

Mais cette séparation forcée n’est pas sans conséquence sur le tissu familial. Le réalisateur montre le fossé qui s’est creusé entre les parents et les enfants, dont ils n’ont pu s’occuper de l’éducation. L’éducation est pourtant au cœur des préoccupations des parents. Après avoir embrassé leurs enfants, la première question qu’ils leur posent concerne leur carnet de notes. Tu es le cinquième de ta classe, tu aurais pu mieux faire, se voit reprocher régulièrement le plus jeune. Travaille dur, tu trouveras un bon travail et gagneras de l’argent, tel est le mantra des parents. Car s’ils se sacrifient, c’est pour assurer l’ascension sociale de leurs descendants.

Le sentiment d’abandon est double. La mère se reproche d’avoir "abandonné" sa fille dès son plus jeune âge. Elle est confrontée à un dilemme : rester travailler en usine pour gagner l’argent nécessaire afin que ses enfants reçoivent une bonne éducation, ou repartir dans son village natal pour s’occuper d’eux. L’ainée, qui a été élevée par ses grands-parents, leur reproche de n’avoir rien fait pour eux et de ne penser qu’à l’argent. Même son expérience en usine ne lui fera pas changer d’avis, sur ses parents qui s’usent la santé à travailler sur une machine à coudre.

Le réalisateur a particulièrement soigné l’aspect esthétique de son documentaire. Et Fan Lixin n’a aucune raison de ne pas le faire : la campagne du Sichuan à l’aurore est magnifique, et il n’y a aucune raison de le cacher. Malheureusement, il dramatise trop certaines scènes. A cet égard, la description du départ de Qin pour aller travailler pour la première fois en ville est exemplaire. Fan Lixin n’est plus alors documentariste, mais metteur en scène. Il nous montre de la pluie s’écoulant d’une gouttière, un plan magnifique de la campagne au lever du soleil, rapidement suivi par celui d’une citée industrielle sous un plafond de nuages gris. Qin semble passer du paradis à l’enfer, version industrielle. La situation de cette demoiselle de 17 ans parlait pourtant d’elle-même, sans qu’il soit besoin d’en rajouter.

Kizushii | 4.04.2010 | Chine

Last Train Home a été présenté au cours de la 32ème édition du Cinéma du Réel (2010), dans la catégorie Premiers films.

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