Last Witness

Force est de constater qu’après un nombre conséquent (pour un occidental) de films coréens regardés, l’effet de surprise ne joue plus. Cet émerveillement naïf devant un cinéma totalement inconnu et ô combien original, esthétique et intelligent est de moins en moins présent et joue certainement en faveur des premiers films visionnés, qui restent mes préférés. Ainsi, on retrouve beaucoup de Tell Me Something dans Last Witness. Même genre, le polar, grande ressemblance des personnages principaux et de grosses similitudes dans la trame et son déroulement. Jugez plutôt :

Le détective Oh, sorte d’Inspecteur Harry local, enquête sur le meurtre d’un drogué, anciennement membre de la police militaire et chargé de la chasse aux communistes durant la guerre de Corée. Au cours de son investigation, il plonge malgré lui dans un passé peu glorieux : celui de la déportation sur l’île de Geoje de milliers de prisonniers de guerre nord-coréens. Certains d’entre eux ne semblent pas étrangers aux crimes qui sont perpétrés aujourd’hui...

A la manière de Tell Me Something, l’enquête de Oh est hantée par le passé. Un passé qui de plus passionne les coréens et en fait un des thèmes les plus utilisés au cinéma : la guerre de Corée et la séparation des deux pays (Shiri, JSA,...). Au cœur de l’intrigue, tant policière qu’amoureuse, elle donne une certaine profondeur à l’histoire, y apporte une caution historique, l’illusion d’une réalité. L’originalité ici réside dans la mise en images des témoignages, vivants ou scripturaux, sous la forme de longs "flash-back". Véritable film dans le film, les évènements du passé s’intègrent de manière parfaite à une enquête parfois compliquée et en augmente ainsi la lisibilité et la compréhension. Ces passages sont bienvenus pour rompre la routine qui s’installe rapidement dans la trame policière, peu originale et par laquelle on se sent étrangement peu concerné. C’est donc ce contraste volontaire entre une banale investigation et un passé très prenant (tour à tour romantique et violent) qui fait le film et lui donne sa cohérence, tant sur le fond que sur la forme.

Une forme très travaillée, même selon les (très élevés) standards coréens. Le réalisateur (Bae Chang-Ho) et son directeur de la photographie (Kim Yun-Su) ont réellement réussi leur coup et leur film est visuellement magnifique, tout simplement. L’utilisation du ralenti, de la louma ou de la plongée est tout sauf tape-à-l’œil et témoigne d’une vraie recherche esthétique qui donne de beaux morceaux de bravoure (une poursuite à travers les bambous et une spectaculaire évasion). Un soin particulier a également été apporté aux couleurs et à la lumière, la douceur nostalgique (éclairage laiteux avec, couleurs pâles et bleutées) s’opposant à la violence du présent (éclairage dur, reflets brillants et couleurs sombres à dominante noire). La forme s’adapte pour renforcer le contraste entre les deux facettes de l’histoire. L’ambiance un peu irréelle qui règne dans les séquences "flash-back" (certains tons semblent avoir été retouchés volontairement) rend le point de vue de celles-ci hautement subjectif, au contraire de l’aspect policier qui nous est présenté de manière très détachée. Cette dernière n’est qu’un moyen commode de dévoiler, couche par couche, un passé qui devient le véritable moteur de l’histoire et saura, grâce au couple réalisation/photographie et un découpage astucieux, impliquer le spectateur. Son attention est attirée vers ce qui est vraiment important : pas une enquête au déroulement poussif et à l’issue incertaine, mais une histoire d’amour passionnée et dramatique, sublimée par le contexte guerrier dans lequel elle naît.

Une romance impossible portée, outre une très belle bande originale, par des acteurs magnifiques (en particulier Ahn Seong-Gi, déjà remarqué dans Nowhere to Hide), même si l’on peut reprocher un maquillage approximatif qui peine à vieillir des personnages censés prendre cinquante ans. Le résultat en est même parfois ridicule (Lee Mi-Yeon, 32 ans, uniquement affublée de rares cheveux blancs), et cela décrédibilise tout le cœur du film. Le reste du casting est (à mon avis volontairement) transparent, y compris le jeune détective dont le personnage de "justicier" est si peu esquissé qu’il traverse le film avec une décontraction qui lui va plutôt bien.

Reste que si le film a du mal à établir son ambivalence (passé/présent, drame/policier), il est exécuté avec suffisamment de savoir faire pour que l’on puisse avoir envie d’en être le témoin. Et d’espérer, pour le plaisir de tous, ne pas être le dernier...

David Decloux | 11.09.2002 | Corée du Sud

Last Witness est disponible en édition double DVDs en (vraie) zone 3 coréenne. La copie est, comme d’habitude, magnifique. Son 5.1 et DTS (plus une piste stéréo), sous-titres coréens et anglais s’ajoutent à une image anamorphique sans défaut de master ou de compression. Les bonus (le contenu du second disque) sont malheureusement, comme d’habitude également, non sous-titrés. On pourra quand même profiter des making-of, quasiment muets, des différentes bandes annonces (qualité médiocre), et de deux clips musicaux (dont une version de Imagine chantée par un coréen ?). Et en plus, des tonnes de textes divers (ne m’en demandez pas plus)...

Corée du Sud | 2002 | Un film de Bae Chang-Ho | Avec Lee Jeong-Jae, Lee Mi-Yeon, Ahn Seong-Gi
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