Le cahier

Dans la famille de cinéastes iraniens Makhmalbaf, nous avons le père, Moshen, la mère, Marziyeh, la soeur aînée, Samira et depuis 2007, il faut ajouter la cadette, Hana [1], dont Le cahier est le premier film.

Le cahier s’ouvre sur le dynamitage des Bouddhas de Bamiyam par les talibans. Les bouddhas se seraient effondrés de honte s’y l’on en croit le titre du film en anglais. Joyaux du patrimoine afghan et mondial, ils étaient le symbole de la splendeur disparue de la civilisation du pays. Un pays retombé dans l’obscurantisme de la vision fondamentaliste de l’islam du Mollah Omar, pour qui la représentation humaine est insupportable. Le régime des Talibans ne leur a survécu que quelques mois avant de s’effondrer sous les coups de boutoirs des bombardements des B52 américains, version moderne du courroux des dieux.

Baktay, une fillette de six ans, vit dans la vallée qui est dominée par les alcôves désormais vides où les deux statues géantes étaient abritées. Elle entend son voisin Abbas réciter les lettres de l’alphabet et souhaiterait comme lui aller à l’école. Sa mère absente lui demandé de surveiller son petit frère, mais ce n’est pas le principal problème. Pour pouvoir aller à l’école, il faut posséder un stylo et un crayon, mais comment faire sans argent ? Il en faudrait pourtant plus pour faire renoncer Baktay.

« Y en a même qui seront noirs, petits et moches et pour eux ça sera très dur ! », avertissait Coluche dans un de ses sketches. Baktay a des traits mongols, mais sa bouille ronde ne laissera aucun spectateur insensible, elle est petite mais cela n’est pas grave car elle va grandir. En revanche, elle part dans la vie avec d’autres handicaps : c’est une fillette née en Afghanistan et d’origine hazara, donc de rite chiite dans une région majoritairement sunnite. [2]

Par le biais du parcours semé d’embûches de Baktay pour atteindre sa salle de classe, Hana Makhmalbaf illustre la difficulté pour les fillettes afghanes d’accéder à l’éducation. Elle ne doit pas compter sur les hommes, car petits ou grands ils lui mettront des bâtons dans les roues. « Fais la morte et tu seras libre », lui conseille son petit voisin à la fin du film, saisissant raccourci qui fait froid dans le dos de la condition de la femme en Afghanistan.

Atteindre simplement l’école pour une fille n’est pas non plus une mince affaire d’autant plus qu’elles sont moins nombreuses que celles destinées garçons. Sans compter qu’une fois parvenu au but, les candidates se disputeront âprement les places disponibles. Mais bon, on finit toujours par s’arranger - surtout si on s’est emparé du rouge à lèvre de maman faute d’avoir pu acheter un crayon !

Le film s’adresse plus spécifiquement à public jeune, mais il ravira également les plus grands, même s’il pourra leur sembler un peu trop didactique. Ce sont pourtant des jeux d’enfants qui devraient les mettre mal à l’aise.

La tension atteint son acmé au moment où Baktay est victime d’une embuscade tendue par les gamins du village, qui, comme la plupart des mômes de leur age, jouent à la guerre. Ils se prennent à ce moment-là pour les talibans et menacent de la lapider parce qu’elle n’a pas le visage couvert. Jusqu’où iront ils ?

Batkay exhibe des traits de caractère finalement très afghans. Comme son peuple, qui ne veut se laisser dicter sa conduite par personne, les plus grands empires, les Britanniques aux XIXème et les soviétiques au XXème, en ont fait l’amère expérience, elle veut rester en charge de son destin. Hana Makhmalbaf représente elle-même un espoir pour ses voisines afghanes. Elle met des films en scène et plus de la moitié des étudiants de son pays, l’Iran, sont des femmes.

Diffusé dans le cadre de la sélection Continent « J » de la 30ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), Le cahier est sorti en France le 20 février 2008.

[1Pour être exhaustif, il faudrait ajouter le frère Maysam, mais il n’a pas encore réalisé un long métrage.

[2Les hazaras sont un peuple d’origine mongole habitant dans le centre montagneux et sec de l’Afghanistan, de confession chiite, ce qui leur à valu d’être opprimés et parfois massacrés par les talibans qui les considèrent comme des hérétiques.

aka Buda as sharm foru rikht | Iran | 2007 | Un film de Hana Makhmalbaf | Avec Nikbakht Noruz, Abbas Alijome
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