Le Chemin des lucioles

"Est-il possible de réaliser un film faisant partager la tristesse d’une vie mais qui donnerait aussi le courage d’exister à ceux qui le verraient ?..." - Ken Takakura

1989, la fin d’une époque. Le Japon est bouleversé par la mort de l’empereur Hirohito, avec laquelle se termine l’ère Shôwa. Shûji Yamaoka, un pêcheur approchant l’âge de la retraite, apprend le suicide de l’un de ses vieux amis, Fujieda. Il se remémore alors sa jeunesse au sein d’une escadrille de kamikaze, et fait le bilan de sa vie passée, présente et future...

Il est des films dont on ne ressort pas émotivement indemne. Hotaru est de ceux là...

Ouille ! Cet article risque fort d’être classable dans le domaine du ressenti cinématographique [1] si cher à Sancho... Ben oui que voulez-vous, lorsqu’un film me prend aux tripes, j’ai beaucoup de mal à exprimer des idées claires et structurées à son sujet, certainement par peur de ne pas parvenir à retranscrire les émotions qu’il m’a procuré... allez, je stoppe l’auto-analyse ! Alors donc, par où commencer ?... Bon, tout d’abord, Hotaru est le dernier film en date de Yasuo Furuhata, réalisateur âgé de soixante-huit ans à qui l’on doit notamment l’incontournable Eki (1981), le non moins fameux Yasha (1985), le plus discutable Shôgun Iemitsu no Ranshin : Gekitotsu ! (Shogun’s Shadow /1989) ou encore le très beau Poppoya Tetsudo-En [2] (1999). Dans Hotaru, ce dernier aborde plusieurs thèmes chers aux japonais, sans pour autant s’appesantir sur l’un d’entre eux ; des relations nippo-coréennes à la seconde guerre mondiale, en passant par le nationalisme, les kamikaze, l’ "esprit japonais", l’amour dans le couple, la maladie, le suicide, etc... Plus encore que le destin d’un couple traversant les périples d’une vie bouleversée par le second conflit mondial, Furuhata nous dépeint celui d’une nation toute entière.

Hotaru est conçu à la manière d’un puzzle. Un puzzle étrange puisque rétroactif tout en ayant un effet sur le futur... je m’explique ; le point de départ du film, en dehors de la mort de l’empereur, est le suicide de Fujieda. Ces deux évènements combinés rappellent à Yamaoka une période de sa vie aujourd’hui lointaine, dont il garde toujours les nombreuses stigmates. Qu’est ce qui a bien pu pousser son vieil ami à commettre l’irréparable et ainsi priver sa petite fille de la présence d’un grand père ?... Difficilement, Yamaoka va se replonger dans ses souvenirs, enfouis au plus profond de son être, de sa chair...

Comment refermer des cicatrices béantes depuis un demi siècle ?... Peut-être en acceptant de revivre la blessure avec suffisamment de recul pour comprendre. Seulement, ce type de voyage introspectif ne peut pas se faire sans aide, et c’est en la personne de Tomoko, sa femme, que Yamaoka va trouver son guide. Véritable personnage fort du film, cette femme usée par ses dialyses quotidiennes, fait preuve d’un courage et d’une joie de vivre qui en font la plus belle des femmes l’espace d’un instant...

C’est l’acteur Ken Takakura, instigateur du projet, qui après avoir vu une émission télévisée sur Tome Torihama, une femme ayant vouée sa vie aux jeunes kamikaze de la base de Chiran, décide de se rendre sur place accompagné de Yasuo Furuhata. Les deux hommes vont se rendre compte à quel point les tragédies passées avaient encore un impact sur bon nombre de personnes les ayant vécues, autant de souffrances et d’émotions qui "devaient être transmises"...

Ken Takakura interprète Shûji Yamaoka, le pêcheur de Kagoshima, dont les rêves de jeunesse furent volés par un conflit qui le dépassait. Sobre, digne, beau, il donne à son rôle toute l’étoffe, toute l’émotion dont il pouvait avoir besoin. Quant à Tomoko, sa femme, c’est l’immense actrice Yûko Tanaka (Yasha, Arashigaoka - Onimaru, Osaka Monogatari) qui lui prête ses traits ; Belle, est l’adjectif qui la caractérise le mieux... que dire de sa prestation, parfaite, toute en retenue, elle incarne cette femme qui a dû abandonner toutes ses illusions et ses désirs d’être mère...

En dehors des interprétations brillantes de la totalité de la distribution, la réussite d’Hotaru vient également de la magnifique photographie signée Daisaku Kimura (Eki, Yasha, Poppoya Testudo-En), qui rend hommage aux majestueux paysages enneigés de Kagoshima. Sans oublier la très belle partition de Ryouichi Kuniyoshi (Bakumatsu Jyunjyoden, Poppoya Tetsudo-En), présente tout en restant discrète.

"Un film permet de conserver la trace d’une vie. Le temps qui s’efface n’a alors plus de prise. Chacun peut accéder à cette mémoire..." - Ken Takakura.

PS : Un grand merci à Céline Petit !

Kuro | 21.11.2002 | Japon

En salles !!! (à partir du 4 décembre)

DVD (pas vu) | Toei Video | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Son : 5.1 ou Dolby Surround | Ce DVD ne contient que des sous-titres japonais.

Site Officiel japonais du film: http://www.toei-group.co.jp/hotaru
Site officiel de la ville de Chiran: http://www.town.chiran.kagoshima.jp

[1Cf. articles Gojoe et Pistol Opera.

[2Cf. article.

aka The Firefly - Hotaru | Japon | 2001 | Un film de Yasuo Furuhata | Avec Ken Takakura, Yûko Tanaka, Isao Natsuyagi, Kimi Mizuhashi, Seietsu Ozawa, Mizuho Takasugi, Yoshimi Imai, Ayako Kobayashi, Kiichi Nakai, Ryûji Harada, Renji Ishibashi, Tomoko Naraoka, Hisashi Igawa, Nenji Kobayashi
The Bodyguard
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Dernier train pour Busan
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Les Garçons de Fengkuei
Green Green Grass of Home
A Road to the Banchou
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Shichinin no Otaku
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