Le Costume

Certains films sont dignes d’être vus, racontés (pas jusqu’à la fin, rassurez-vous, je ne ferai pas comme les auteurs du "synopsis" dans le dossier de presse, qui vous annoncent comme un rebondissement du film ce qui en constitue, en fait, l’épilogue), commentés et revus après commentaire... Et si celui dont je veux vous parler ne nous vient pas d’aussi loin à l’Est que ceux dont vous lisez plus souvent les chroniques en ces lieux, il reste que je vous emmène, avec Le Costume (dont le titre international, Chic, est à mon avis bien meilleur), sur le territoire de l’ex-Union Soviétique, et plus exactement dans une république située sur les bords de la Mer Noire (on imagine bien ça en Crimée).

Le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà été remarqué en France, il y a quelques années, pour son Luna Papa, fable que l’on pourrait qualifier de "kusturicienne". Les images y mêlaient réalisme et fantastique ; la vache volante de la fin du film n’était, notamment, pas sans rappeler le poisson, volant également, d’Arizona Dream. Quant au scénario, habile combinaison de road movie, de film d’aventures et de portraits beaucoup plus intimistes, il permettait aux acteurs d’afficher une large palette de leurs talents, pour donner, au bout du compte, un film des plus réjouissant.

Dans Le Costume, Khudojnazarov (il paraît qu’on doit le prononcer Kudoïnazarov) mélange un peu moins les genres. Ou alors, cela est fait avec moins d’extravagance, alors que le sujet est au départ plus joyeux que dans Luna Papa, qui traitait d’honneur familial. Le sujet, justement : les protagonistes principaux sont trois jeunes gens qui vivent dans une petite ville du sud de la CEI, au bord de la Mer Noire (le réalisateur est kirghize). Un jour, l’un d’eux découvre, dans la vitrine du magasin le plus chic de la ville, un magnifique costume de coupe italienne. Il s’empresse de faire part de sa découverte à ses camarades, et ils décident tous trois qu’il le leur faut absolument. Après une tentative avortée de vol, ils se rendent à l’évidence : la seule possibilité est d’acheter le costume. Ils se lancent donc dans divers petits boulots et petites combines pour arriver à leurs fins.

Je ne vous en raconterai pas plus sur l’histoire du costume, qui constitue le fil rouge du film (les intrigues individuelles des jeunes gens constituant alors la vraie histoire), et en devient peu à peu un élément central. Le début de film alterne les moments virevoltants et très gais (lors d’une scène de course dans la ville et jusqu’au magasin, on se prend à repenser à certaines séquences des 400 coups de Truffaut) et ce qui préfigure déjà, mais sans qu’on la devine (si on n’a pas lu ce satané synopsis du dossier de presse), sa fin moins heureuse.

En mélangeant, pendant l’intégralité du film, les moments de bonheur et les heures plus noires, c’est une véritable peinture de la vie que nous offre Khudojnazarov. Et Le Costume est ce que l’on pourrait qualifier de "coming of age movie". Il est vrai que le passage à l’âge adulte se produit rarement de manière aussi marquée qu’ici, mais chacun pourra retrouver des sentiments ressentis pendant ces années de doute, cette période trouble où l’on n’est plus enfant, mais pas encore adulte.

Enfin, et cela a beaucoup fait pour moi, l’ensemble du film baigne dans une atmosphère nostalgique mais jamais larmoyante (pas de pathos, Dieu nous en garde !) qui lui confère une poésie un peu désenchantée. Une scène notamment me revient à l’esprit : une valse ou un tango (il n’y a pas de musique, et le danseur vient de boire une quantité irraisonnée d’alcool fort, alors allez savoir !) en compagnie d’une chaise sur la terrasse d’un hôtel, au bord de la Mer Noire... Après s’être montré "kusturicien" et "truffaldien", Khudojnazarov se donne des airs de Fellini, mais sans qu’on puisse lui en vouloir pour ces emprunts-hommages, qui complètent de manière fort agréable une réalisation itou, en nous offrant de très jolies images.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé Le Costume, et je ne saurais que trop vous inviter, si vous en avez assez des blockbusters américains, à aller déguster ce film vrai. Moi, en tout cas, j’y courrai dès qu’il sera sorti !

Une autre fois, je vous parlerai d’un jeune réalisateur suédois, Lukas Moodysson, dont le troisième film, Lilya 4-ever, sort en ce moment sur les grands écrans français.

Lester D. Shapp | 13.04.2003 | Hors-Asie, Russie

En salles à partir du 30 avril 2003...

aka Chic | Russie / France / Allemagne | 2001 | Un film de Bakhtiar Khudojnazarov | Avec Ivan Kokorin, Artur Povolotsky, Alexander Yatsenko, Andrei Panine, Ingeborga Dapkunaïte
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