Le Grondement de la montagne

Mariée avec Shuichi, Kikuko vit chez ses beaux-parents, dont elle s’occupe avec beaucoup de soin. Son couple bat de l’aile, son mari préférant aller fricoter dès sa sortie du travail et revenir fin saoul chez lui pour s’écrouler sur son tatami. Elle supporte de moins en moins cette lente suffocation conjugale, même si elle entretient de très bons rapports avec son beau-père, Shingo. Compliquant la situation, sa belle-sœur débarque un jour à l’improviste chez ses parents avec ses deux enfants car elle ne peut plus supporter un mari qui lui a été imposé. Shingo va essayer de lutter contre les forces centrifuges qui s’exercent sur sa famille.
 
Même si Shingo est le patron d’une entreprise, où travaille également son fils, ses préoccupations appartiennent à ceux d’une famille japonaise ordinaire, sujet de prédilection du cinéma de Mikio Naruse.
 
Personnage principal de la famille, Shingo est aussi la figure centrale de l’histoire. Il partage cette position avec sa bru, interprétée par Setsuko Hara, l’actrice fétiche de Yasujiro Ozu. Mikio Naruse est fréquemment associé à celui-ci, les deux metteurs en scène s’étant illustrés dans un genre particulier, le Shomen-geki.
 
Ce couple est le seul à avoir une véritable complicité, ingrédient essentiel à sa réussite. Elle est évidente dès leur première apparition et Shingo montrera régulièrement combien il est attaché à sa belle-fille. Ce sentiment partagé agace sa fille, qui se juge mal aimée par son père. Leur histoire d’amour platonique empêche ce film très pessimiste sur la relation homme/femme dans le couple, de prendre un tour trop désespéré.
 
Shingo se sait au crépuscule de sa vie et voit sa famille se déliter sous ses yeux. Lui et sa femme évoquent le suicide d’un couple âgé, se demandant qui écrirait la lettre expliquant leur geste. Kikuko nous apprendra par la suite qu’il a été malade un an plus tôt et semble-t-il sérieusement. La mort est l’un des thèmes importants du film car cette perspective explique en grande partie le comportement du patriarche.
 
L’heure est désormais pour lui au bilan et son constat est celui d’un échec. En tant que chef d’une famille japonaise des années 50, il souhaite que sa lignée se prolonge. Ce qui suppose que son fils ait des enfants. Mais cet échec est surtout celui du mariage traditionnel au Japon, désormais inadapté aux évolutions de la société. Cette inadaptation avec les malheurs qu’elle entraine est le thème majeur du film.

Le Grondement de la montagne est à l’image de sa photographie, que l’on doit à Masao Tamai. Si elle peut sembler de prime abord commune, elle est composée avec précision, ce qui lui donne tout son éclat. Mikio Naruse a développé un style de mise en scène sans prétention, fondé sur l’accumulation des détails et une construction bien étudiée, qui lui permettent d’explorer toute les richesses d’un thème.

Ce récit, adapté d’un livre du même nom de Yasunari Kawabata, comprend ainsi trois couples légitimes, auxquels il faut ajouter le couple Shingo et Kikuko, ainsi que celui de son mari et de sa maitresse. Cette structure permet au cinéaste de donner une vision complexe des relations conjugales en illustrant plusieurs facettes de ce thème.

Le personnage de la sœur constitue pour Kikuko un avertissement sur ce que pourrait lui réserver son futur. Fourvoyée dans un mariage avec un homme que son père lui a choisi et qu’elle n’aime pas, elle ne montre aucune empathie envers les enfants nés de cette union.
 
Le Grondement de la montagne s’achève sur une scène de 8 minutes dans un parc de Tokyo où Kikuko et Shingo se retrouvent tandis que d’autres couples se baladent en arrière plan. Ils sont désormais sortis du chemin étroit et délimité par des palissades où nous les avions fréquemment aperçus pour rejoindre un paysage ouvert. Visuellement, le cinéaste nous montre que Kikuko a désormais recouvré sa liberté.

Kizushii | 18.12.2018 | Japon

Le Grondement de la montagne fait partie d’un box de 5 films en DVD ou Blu-ray de Mikio Naruse édité par Carlotta. S’y trouvent également Au gré du courant, Quand une femme monte l’escalier, Une femme dans la tourment et Nuages épars.
Remerciement à Elise Borgobello chez Carlotta Films.

aka 山の音 やまのおと | Japon | 1954 | Un film de Mikio Naruse | Avec Setsuko Hara, Ken Uehara, Sō Yamamura , Teruko Nagaoka, Yōko Sugi, Chieko Nakakita, Yasuko Tan’ami, Reiko Sumi
Time and Tide
Les Éternels
Les Funérailles des roses
Kazuhiro Soda
The Story of Woo Viet
Une Femme dans la tourmente
Les 7 samouraïs
Ishii & Ishii
Whispering Sands
WXIII - Patlabor the Movie 3
Crows Zero II
Africa addio
Tetsuo II : Body Hammer
Un Yakuza contre la meute
Toy Reanimator
Les disciples d’Hippocrate
La véritable histoire de Wong Fei Hung + L’héroïne rouge
L’Expérience
Metalhead
Frailty
Dagon
Pole Pole Higashinakano - Motohashi Seiichi, Ohara Osamu & Doi Kouchi
Don’t Cry, Mommy
Yanmama Gambler
Erotibot
Tamala 2010 - A Punk Cat in Space
Raging Angels
Half Twin
Vexille
Pukar