Le jardin secret

Et hop encore un film du bonheur...

Sakiko est une petite fille bien sage, tellement sage qu’elle ne fait rien de la journée, au grand dam de ses parents. Elle végète, se légumifie, s’endive - bref prend racine assez rapidement, il faut avouer. Sakiko ne supporte qu’une chose, n’aime qu’une seule activité : compter l’argent et compter à nouveau, et recompter ensuite une nouvelle fois. Elle aime tellement cela, que lorsque qu’un jeune homme l’invite à dîner, elle ose lui demander l’argent qu’il avait mis de côté pour payer le restaurant. Tout ceci étant naturel pour elle. A la fin de ses études secondaires, elle n’a toujours pas trouver sa voie. Sa mère, consciente de l’oisiveté maladive de sa fille, lui conseille de prendre un travail dans une banque, là où elle pourra compter de l’argent toute la journée, toute sa vie.

Mais au bout de six mois, Sakiko déchante : ce qu’elle tient dans ses mains, ce n’est pas Son argent mais celui des autres. La pauvre est tellement désemparée qu’elle en vient à souhaiter qu’un hold-up ait lieu pour la sortir de cet état de dormance avancé. Chose souhaitée chose due ; en moins de temps qu’il n’en faut pour le voir des malfrats soulagent la banque de 5 millions de dollars, et prennent en otage la "bienheureuse" Sakiko. Ni une ni deux, la voiture des gangsters parvient à la forêt, et rencontre un arbre qui envoie tout ce beau monde valdinguer dans une série de tonneaux. Sakiko est éjectée, avec une valise jaune, dans un fleuve qui va la mener à un lac souterrain. Là elle se servira tant bien que mal de la valise comme flotteur avant que cette dernière ne coule, laissant ainsi Sakiko surnager seule. Durée totale de la séquence en salles : 16 secondes...

Heureusement pour la malheureuse, des touristes la trouvent et la voilà propulsée au devant des actualités, comme la rescapée héroïque de cet hold-up. Mais voilà : tout redevient comme avant et Sakiko passe ses journées à regarder la télé, faisant croire qu’elle est toujours blessée au cou. Quand un jour elle apprend que les 5 millions de dollars restent introuvables, son sang ne fait qu’un tour. Cet argent elle doit le retrouver, il est à elle - après tout c’était elle l’otage, non ?

Sakiko mettra tout en œuvre pour récupérer "son" bien, même s’il faut aller pique-niquer avec ses parents près de l’endroit où elle fut sauver. C’est ainsi que, munie d’une carte faite maison, elle s’enfonce dans la forêt et se perd. Retrouvée trois jours plus tard, à moitié morte, elle ne s’avoue pas vaincue. Consciente de son inexpérience, elle décide de s’inscrire à l’Université du coin en cours de géologie. De ce fait elle connaîtra la région, le sol, et tout ce qu’il faut prévoir pour ce genre d’expédition. A partir de là les périples, les obstacles, les désillusions vont s’accumuler ; mais vous devez commencer à connaître Sakiko, il lui en faut plus, ooohh oui beaucoup plus pour l’arrêter.

Véritable pamphlet sur l’accomplissement de soi, la visualisation du but et donc le dépassement de ses propres limites, Himitsu no Hanazono est une comédie brillante qui n’a de cesse de nous étonner, de plans en plans et de situations en situations.

En effet, Sakiko est une piètre exploratrice. Qu’à cela ne tienne, ses cours lui apporteront l’expérience requise. Ses économies lui serviront à acheter le meilleur matériel qui soit. Par ailleurs, outre ses études, elle prend des cours de natation, de plongée, d’alpinisme... en fait tout ce qui va lui permettre d’accéder au but qu’elle s’est fixé : retrouver l’argent. Ses dépenses inconsidérées et irréfléchies l’emmènent jusqu’à la banqueroute ; et alors quoi !! Elle devient serveuse, puis chanteuse en petite tenue dans un Lingerie Bar pour maintenir son train de vie, et ce n’est pas le refus d’une avance sur sa bourse d’études ou l’effondrement du sol de son appartement qui vont l’empêcher de mettre la main sur la valise jaune, pardon sur Sa valise jaune. Tous les moyens lui sont bons je vous dis : escalader une montagne en Australie, voler de l’argent lors d’un transfert de fonds, il lui faut cette valise non de non !!

Bref son opiniâtreté et sa grande persévérance font d’elle une héroïne incomparablement touchante, qui propulse le film au panthéon des plus grandes comédies qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie. En fait, Himitsu no Hanazono devient jubilatoire dès l’apparition de Sakiko - pardon de Naomi Nishida.

Modèle de formation, Naomi Nishida ne tarda pas (comme toutes d’ailleurs) à se lancer dans la comédie. Son rôle dans le mythique drama Sayonara Ozu Sensei aux côtés d’Asaka Seto lui apporta la reconnaissance du public, mais c’est son rôle dans Himitsu no Hanazono qui fit d’elle une star. Rôle récompensé à juste titre par le Prix d’Interprétation du Festival International du Film d’Hawaï.
Par la suite, Naomi Nishida a joué furtivement dans deux films de Sabu. Tout d’abord dans le très récent Koufuku no Kane où elle est mariée à Susumu Terajima (rien que ça !!) et antérieurement dans Monday où elle jouait la petite amie énumératrice des quartiers de Tokyo, d’un Schinichi Tsutsumi survolté. En 2002, elle devient la fille de Kenji Sawada dans l’énorme Katakurike no Koufuku de Takashi Miike (un bien bel article à lire d’ailleurs !). L’année d’avant, elle tient le rôle de la journaliste de service dans Godzilla 2000 Millenium (prochainement dans nos pages c’est promis !!). Elle donna également la réplique à la mythique Mitsuko Baisho dans le très remarqué Out.

A ses côtés, nous avons la chance d’avoir Go Riju, acteur/réalisateur de son état, dans le rôle d’Edogawa, l’assistant du Professeur. Il réalisa entre autres un des épisodes de la série Mike Hama, et plus récemment Chloe qui au vu du scénario et de son casting (Masatoshi Nagase, Rie Tomosaka, Shinya Tsukamoto et Shinji Aoyama) mérite sans doute que l’on s’y intéresse. On a pu le voir au générique d’Elephant Song, cette fois-ci en tant que réalisateur.

Le professeur Morita est quand à lui incarné par Taketoshi Naito et il nous prouve que manger des cailloux n’est pas dangereux pour la santé, ni même les lécher.

Autour de tout ce monde et derrière la caméra se trouve Shinobu Yaguchi. Yaguchi fut un grand artisan du 8mm, un bien beau format puisqu’il tourna coup sur coup Frustrater en 1986, Kaikisen (The Tropics /1987), Asaki Yumemishi (Flimsy Dreams /1989), Suisen Terebi (The Water capped TV), Ame On-na (Rain Woman /1990). Deux ans plus tard il passe au 35mm avec Hadashi no Picnic, film que j’ai failli avoir en DVD pour mon anniversaire. Plus récemment il réalisa le très mouillé Waterboys avec notre Naoto Takenaka en entraîneur de natation synchronisée.

Himitsu no Hanazono est drôle, rythmé, et contagieux. A voir et revoir dans n’importe quel état...

Takeuchi | 17.04.2003 | Japon

Le film est passé à la Maison de la Culture du Japon mercredi (9 avril) dernier, et il n’en existe guère qu’une VHS allemande.

aka Himitsu no Hanazono - My Secret Place - My Secret Cache - Sakikos Geheimer Schatz | Japon | 1996 | Un film de Shinobu Yaguchi | Avec l’extraordinaire Naomi Nishida, Taketoshi Naito, Go Riju
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